GIFT OF HORACE W. CARPENTER RECUEIL DE VOYAGES ET DE DOCUMENTS; , POTR SERVIR A i : HIST O IRE DE LA G HOG,R APtfli^ "** Depuis le xin e jusqu a la fin du xvi e si^cle . LE DISCOURS DE LA NAVIGATION DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER i>" DE DIEPPE Voyage a Sumatra en 1529 ^Description de I isle de Sainct- f Dominigo Publi^ par M. CH. SCHEFER, MKMBRU DE L I>STITUT PARIS HRXEST LER-OUX, EDITEUR 28, RUE BONAPARTE, 28 M.D.CCC.LXXXIII RECUEIL DE VOYAGES ET DE DOCUMENTS pour servir A L HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE T)epuis k XIII jusqiia la fin du XVI siecle P U B L I li Sous la direction dc MM. CH. SCHEFER, membre de 1 Institut et HENRI CORDIER IV LE DISCOURS DE LA NAVIGATION DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER, DE DIEPPE IMPRIM A AXGERS, CHEZ BURDIX ET c . RECUEIL DE VOYAGES ET DE DOCUMENTS POUR SERVIR A L HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE Depuis le xm e jusqu a la fin du xvi e sicle DISCOURS:,: DE LA NAVIGATION DE DE DIEPPE Voyage a Sumatra en Description de risk de Samct jr Dominigo Public par M. CH. SCHEFER, MEMBRE DE I. lNSTlTUT PARIS ERNEST LEROUX, EDITEUR . RUE BONAPARTE, 28 M.D.CCC.LXXXIII G-50 LJNEA DEL E Q__V I INTRODUCTION 778219 INTRODUCTION Jean Tannentier, ne a Dieppe en 1494, fut I un dcs homines les plus distingues do cette pk iade de navigateurs et de poi lcs qui brilla en Nonnnndie d un si vif eclat pendant la premiere moitie dn XVP siecle. II etait plus connn jusqu d ces dernieres annees par scs travaux litte- raires et ses compositions poetiques que par les voyages lointains qu il entreprit pour le compte dn celebre armateur Jean dingo 1 . Pierre Crignon,qui raccompagnadans toutes i . M. Estancelin a public en 1832 dans ses Rccherches sur les voyages et decouvertcs des navigateurs Normands en Afrique, dans les Indes oricn- talcs et en Amerique, la relation du voyage de Parmentier a Sumatra. M. Vitet en a extrait les passages relatifs a la reldclie du Sacre et de la Pensee a Madagascar et aux Maldives et au sejour a Sumatra et il les a insc rcs dans le vo lume qui contient I liistoire de Dieppe. (Histoire des anciennes villes de France, tome II, pages 6j-m. M. Margry dans les Navigations franchises et la revo lution maritime du xiv e au xvi e siecle (Paris, iS6j)a consacre quelques pages a Parmentier dans le chipilre intitule Le chemin de la Chine et les pilotes de Jean Ango, pages iSj-222. L arlide de la Biograplne Unii crseUe ii INTRODUCTION ses navigations ct I assista dans ses derniers moments sur la cote de Sumatra, partageait son gout pour les belles- lettres, el il ncus rend de son merite cepredeux temoignage : El brief, son gentil esprit estoit toiisiours occupe a quel- que ccuvrc de vertu ; il desitoit fort I onncnr en toiites choses. Parquqy il prenoit labeur et s esforcoit defaire plus, ct de sunnonter tons aultres en toutes les choses dont il sc dcmentoit. Et combien qu il n ait pas beaucoup haute les cscollcs, si toutesfois estoit-ilcognoissant en pliisieurs sciences que le grand precepteur et metis tre d escolle, par grace infuse, luy avoit eslargi. Cestoit, ajoute-t-il, tine perle en rhetorique francoise et en bonnes inventions tant en rithinc quen prose. II a compose pliisieurs chants royaulx et ballades et rondeaux exaltes en Tuy, pliisieurs bonnes et excellentes moralites de farces et sermons joieulx et en grande quantite. Jean Tarmentier fut, en cffet, Lanreat des Talinods de Rouen en 1517, 1518 et 1528 . II gagna le chapeau au Tuy de I Assomption Notrc-Dame a T)ieppe en 1520, sous Robert Pigne, pour avoir compose un chant royal, et en 1727, sous Robert Le c Bouc, il recut la couronne pour inexact. M. Eyries qui I a rcdige, s est borne a copier les quelquesrenseignemeni.; donncs par Deuiarquets dans ses Mcmoires chronologiques pour scrvir a 1 his- toire de Dieppe et a celle de la navigation frangoise. Paris, 1785, tome /, page in. i. Ball in, Palinods, dans le Recucil dc 1 Academie de Rouen (annee 1843) T. XXX7I, page 48. Ballin, suite a la notice sur les Palinods, pages 13-15. Deuxieme suite, pages 26 cl suivaiiles . INTRODUCTION 1:1 un ciiilre chant royal dont je m citcrai qnc cc premier vers : Sitr F Ocean grosse mer mondaiuc. II avail, en cctte meme annce, compose line momerieponr cele brer la paix conclue entre Francois T et Henri Fill. David Assclim en a donne nne description detaiUee tiree d nn memoire qu il avail entre ks mains ; il reprodnit Jes devises en vers ecrites sur des tableaux portes par Samson, Cincinnatus, Aristote, Cidron, Enclide et Tnbal qni fign- raient dans k cortege ainsi qne Godefroi de ^Bouillon, David, Josne, Judas Macchabe, Hector, Jules Cesar et Alcxandre. Arrive^ au lien on la momerie se devait faire, dit ^Asscline, I Honnenr et la Vertu recilercnt im dialogue en vers pour celebrer la paix et le bonhcnr qnc faisaient esperer 1 amitie scellce entre les rois de France et d Angleterre. On etait venu de Rouen, de Paris, d Abbe ville pour assist er a cette representation . La meme annce, le jour de I Assomplion, Tarmentier faisait representer la moralite a dix personnages, imprimee par les soins de Crignon en i^i .En 1528, ilpubliait la 1. Les Antiquitez et Chroniques de la ville de Dieppe, par David Asseline, prestre, p- .bliees par MM. Hardy, Guerillon et I abbe Sau-rage. Dieppe, 1874, tome I, [ages 224 et siii-vantes, 2, Moralite tres excellente a Phonneur de la glorieuse Assumption Nostre- Dr.me, c est assavoir : Le bien naturel, le bien gracieux, le bien vertueux, la bien parfaicte, la bien humaine, les trois filles de Sion, le bien souverain, le bien triumphant, composee par Jan Parmentier, bourgeois de la ville de Dieppe. Et jouee audict lieu le jour du puy de ladicte Assumption, Fan de iv INTRODUCTION tradiiction de FHystoire Catilinairei de Salhtsle et il hi dediait a Jean Ango aiiqitd il fait savoir qn il na d antre but en lid offrant son travail que de Je distraire tin moment dc la vigilante solicitude snr ks affaires pnbliques de ceste ville de Dieppe, et qne non obstant I expiration dn temps en quay tn as este gonvernenr et conseiller d icelk, ayes fervcnteuient tousionrs persiste et persistes ay vaqner jonrncllement, et de mienlx en miculx, a I honncnr du T^py nostre sire, proffit et ntilite des manant^ et habitans d icelle. A la ineme epoqnc, il recevait, au Tny dc la Conception de Notre-Dame de Rouen, le lys pour nn chant royal commenc.ant par ce vers : Par le hault del en sa creation. Cest probablement en cette annee 1528 que Parmcntier passa par Poitiers oil il comptait voir Jean Bonchct. Les deux poetes m purent se rencontrer. Bouchet adressa d Tarmentier la missive qui suit : grace mil cinq cens vingt-sept. Maistre Robert Le bouo, Baillif de la dictc ville, prince du puy et maistre de la dicte feste pour la troisiesme annee. Cette mordlite a ete reimprimee en 1839 ^ ans a collection Silvestre. i. L Hystoire Catilinaire composee par Salluste hystorien remain et translated par forme d interprctation d ung tres bref et elegant latin en nostre vulgaire francois par Jan Parmentier, bourgeois et marchant de la ville de Dieppe. luiprime par Synwn Dnloys pour Jean Pierre de Tours. Le privilege donne a Paris, le i-j jinn 1528 est signi : Par le Roy, a la relation du Conscil, Riviere. In-4, $6 feuillets. II en a paru en 1536 line edition in- 16 qui se vendait ct 1 enseigne de Saint-Nicolas. INTRODUCTION v EPISTRE XLIII EPISTRE DE L ACTEUR A MAISTRE JEHAN PARMANTIER, ORATEUR DE DIEPPE, LORS PASSANT PAR POITIERS Va lettre, vet soubdaln par brief sentier, Tc presenter au seigneur Permanficr. Courrouse suis, poete altiloquent , Historian, orateur eloquent, Dont tu nepuysfaire cy demonre e, Pour veoir celuy dont la plume doree A tant ecrit, tant en prose qu en vers Si beaulx traicts^ eloquens et Olivers One ce porteur de ta grace benigne M a mis en main, on chose si tres digne De gloire et lo^fai veu que de deux moys Asse^ louer Vouvrage ne pourroys En merciant la tienne seigneurie T)ont luy a pleu ton art d oratcrie A moy montrer qui tout ignorant suis. Mais cela vient comme penser je puis De ta bonte qui a s$avdr excite Les apprentis comme Tulle recite ; Plus nen auras, car dujour le bout chet Forsqueje suis ton serviteur Bouchet. Void la reponse de Parmentier : EPISTRE XLIIII RESPONCE DUDICT JEHAN PARMENTIER AUDICT BOUCHET N arrcstc Id Ire, en cheuiin ne en voye, Tant que Boucbet entre tes mains tc voye. VT INTRODUCTION Pere conscrit mi scnat d* eloquence, Dont les propos de haute consequence Out decor e. le langage francois Par ton s$ avoir bien eslcu dung franc ctoi::, Mon cueur est triste ct a dnc il importun Queje nay eu quelque ieuips opportun Pour captiver soub^ l\nnbre de ta grace OueJque raison scntencieuse ct grasse Pour illustrcr mon mcditatif dos En qui sf avoir nest pas trop bien enclos. Mais Dieu ctydant sou^ attente espere e Viendra Je temps ct Fbcure desirec One nous verrons plus gralieitx loisir A contenter 1 ung ct Faultre dcsir Et moy qui suis ires desireux dapprendre Lors je pourray de toy quelque fruict prendre En demourant ton scrvitr.nr enticr Et escolier petit Jean Parmcnticr . Dans le cows de son voyage a Sumatra, Tarmeutier avail commend la tradnction de Jugurthe ; il comp- tait y met Ire la dernier e main a son ret our en France ct la dcdier au Roi. Dans la derniere periode de la traversec, les privations et les maladies avctient ebranle le moral des equipages de la Pensec et du Sacre : Voyant , dit Crignon, plusienrs de ses gens desplaisants et fasclm d cstre i. Epistrcs morales et familieres du Traverseur. A Poictiers, clic^ Jacques Soncbet a I imprimerie de la Celle et devant Us Cordeliers, et ci Venseigne du Pelican par lehan et Engnilliert de Marnef. i $43, in-fol., tome II, folio XXXIII v. INTRODUCTION vn sur U uier si loiigtcmps, dont il y en avail largement de repentants par un regret des alses passees, il a compose un petit traictc on exortcttion contcnant les mcrvcilJcs dc Dieu ct la dignite dc I ljomme pour leur donncr cueur dc per- sister ct sesforcer a parfaire la dictc navigation oil il a estc tousioiirs bicn obey et revere dc scs gens. Lcqnel iraictc avcc ung chant royal par luy compose sur la Patenostre, en manure de paraphrase prcmicrcmeut et dcvant tonics aultrcs sera id mis com me la plus belle piece et le plus excellent chapitre de tonic la description. La traduction de I histoire de la conjuration de Catilina est le seul ouvrage que Parmentier ait public, mais Yannce mcme de son rctonr en France, Crignou faisait imprimcr les poesies composes par son ami pendant son dernier voyage, et qu il avail pieuscmciit recueillies; il y ajontait la moral ite a dix persouiiages rcpr esc nice a Dieppe le jour de I Assomption de I au 1527 ct sa de pJoraiion sur la mort des deux freres Jean et Raoul. Tclles sont les ocuvres litieraircs dc Jean Parmentier \ i . On trotive des chants royaitlx dans les manuscrits sitivants conserves a la Bibliotbeqiie Nationale. Collerta ex nggere prope immense exquisitiora carmina rythmica lege et vernaculo idyomate compacta que ad Christipare virginis oras solennes, omnis clapsis allata sunt. Sunt autem huiusmodi regales quos vocant cantos, ballade, item rotundelli ; postremum occupant locum epigram- mata lingua latina. Mss. fr. 2205, foL 37 et 108. Chants royaux et rondeaux, ancien vianuscrit d Antoine Lancelot, 2202, fol. 77. Desmarqiiets, qui parle des talents litteraires dej. Parmentier , dit qn il a ete un grand mathematicien et un excellent niarin... 11 a donne encore pi u- sieurs poesies et la premiere niappemonde de la terre entiere. Memoires chrono- logiques, tome II, page 10. vni INTRODUCTION Elks jouissciient pannl scs conicmporains d une haute cstime. Nous avons rapporte Ics lonanges emphatiqucs de Jlouchet ; tin autrc aiiteur dn XVI C siecle, normand comme Tannenticr, Tierre dn Val, n hesite pas a le placer ainsi que Crignon, an nombre des meilleurs poet esfr annals . Dam / Avis aux lecteurs benevolez place an commencement de son Puy du souverain amour, il fait connaitre I ori- gine et I organisalion de ce concurs et il ajoute ces mots : La nimphe de bonne renommee parvenue aux Champs- E sly sees faict son debvoir de semondre les poctes et oratenrs francoys en ces lieux transferee, comme maistre Attain Charretier, Le Moyne de Lyre, Greban, lehan de Meum, de Loris, Georges 1 adventnrier, Mesclrinot, Cretin, lelmn Marot, Permentier, maistre Thomas le Prevost, lelmn le Maire, Crignon et autres excellents facteurs, qiiasy emer- veille^ des entreprinses des facteurs de ce temps present 1 . La Croix du Maine se borne a citer le recueil des poesies de T>ar men tier dont Crignon a fait imprinter le texte, et an XFIII e siecle I abbe Goujet lui a consacre dans sa Bibliothcque francoise 2 ime courte notice dont les details sont exclusivement tires de / Epistre de Jean Bouchei et du prologue place par Crignon en tete du volume public en 1531. Les voyages de Parmciiticr ct ses traiwix comme cosnw- 1 . Theatre mystique de Pierre Du Val et des libertins spirituels de Rouen c.u XVP siecle, public, par Ernile Ticot. Tan s, 1882, pages 89-90 . 2. Bibliotheque francoise ou histoire de la litterature francoise par Table Goujet, tome XI, page 338. INTRODUCTION ix graphe meritcnt autant que scs compositions litteraires d attirer et de fixer I attention. II estoit, dit Crignon, Ion cosmographe et geographe, et par luy ont este compose^ phisienrs mappes mondes en globe ct en plat et plusieurs cartes marines sur lesquelles phisienrs ont navige seure- nicnt. Si nous nous en rapportons au temoignage de Savary, Jean Tarmeniur anrait en 1520 conduit des navires de Dieppe en Amcriqne, et il serait k premier Franfais qui anrait aborde au T^resil 1 . Outre ce voyage, il await etc a Terre Neuve, aux Antilles, a la cote de Terre Fenne et a cclle de Guinee*. En 1528, il proposa d Jean Ango une expedition d Sumatra et aux Moluques, et son projet etait mcine de pousser jusqu d la Chine. II voulait avoir I honncur d etre le premier navigateur fran^ais qui anrait explore les lies de I ocean Indien et none des rela tions commerciaks avec les conlrees dont les Portugais 1. En 1520, trois freres appele^ les Tcymentiers decouvrirent irrs le cap Breton, I isle de Fernanbonrg ou Us cbargerent leurs vaisseaux de riches mar- chandises et ensuite, Us firent encore un voyage en Guinee et aux Moli/qnes. Le Parfait negociant par le sieur Jacques Savary, buitieme edition. Paris, 1721, in- 4, tome I, page 203. 2. Ces voyages ont etc fails par Tarmtnticr de 1520 a 1526. La date en est fixce par cette phrase de la dedicace de / Histoire Catilinaire a Jean Ango. Telles chases (I histoire romaine) sont dignes d estre Men digerees et a telles chases je sfay lien qne tu prendrais plaisir, si tu venlx ting petit excuser la ntdesse de mon langage, en cousidcrant que rhetoriqne m a ung petit delaisse, pour autant que depuis six ans en (a en commenceant soul^ ton service, cosmographie ma faict exercer sa pratique, sur les grosses et lour des fluctuations de la mer qui n est doulceur ne plaisir. Tarmentier se maria dans le courant de 1528. Crignon nous donne ce rensei- gncmcnt dans sa D^ploration. x INTRODUCTION defendaient, avcc nn soin jaloux, I acces ctux navires dcs autres nations de I Europe. S il lui etait donne de revenir de cette expedition, il estoit lien deliberc, dit Crignon, luy retourne en France, d aller cherchcr sil y a ouverture an nord et descouvrir par Id jusques an su. L amour du gain ri etait pas k mobile qui faisait entreprendre a Par- Dientier line expedition si longue ct si perilkuse. II nous apprend lui-meme qn il ne fnt guide qne par k desir de la crloire du Roi, de I honncnr de la France et le soin de son o * propre renom. TDirai je avcc Horace on Juvenal, En concluant soubs ung propos final Oiie. aux Indes vays pour fuir povreie? Cest argument est faulx et anormal. Faulte d" argent ne me peult faire mal , Point ne la crams, car fay plus povrc est? ; Sur quel propos suis je done arrcste, Ouand fay concen voyage si pesant? Alors raison contente mon esprit Disant ainsi : Onand ce vouloir f esprit T)e te donner tant de curieuse peine Cela tufeis afin quhonneur teprit Comme Franfoys qui premier entreprit Tie parvenir a terre si loingtaine, Et pour donner conclusion certaine Tu Ventrepris a la gloire du Roy Pour faire honneur an pays et a toy. Jean Ango agria les propositions qui lui furent faites, et Jean et Rcionl Parmcnticr se chargerent par contract INTRODUCTION xr d accord parfaict avec noble homme Jean Ango, grenetier ct viscomtc de ^Dieppe et ses parsonniers, de mener et con- duire d I aide de Dieu, par la cognoissance des latitudes et I elevation du soldi et autres corps celestes, deux navires dudict ^Dieppe, dont leplus grand estoit nomine la Pensee du port de deux cents tonneaux, et le moindre le Sacre du port de six-vingts, Men equipped et garnis de toutes choses requises necessaires pour jaire le diet voyage ainsi que on me avoit diet. Les deux navires partirent de Dieppe le jour de Pdqucs 28 avril i)2y et firent une traversee heureuse jiisqu d la hauteur du cap de Bonne Esperance ou Us furent assaillis par une tounnente. Je rapporterai id les conditions indi- quees par Thcvet et que les navigateurs du XV f sleek jugeaicnt indisper.sables pour mener d lonnefin le voyage des iles de la Malaisie. Lequel ayant passe (le cap de Bonne Esperance), on commence d changer de vent et voiles, d fin de gaigner chemin vers la grande isle de Sumatra et tirant tousiours vers I est qui cst le levant, on recognoist ordinairement quelques isles esquelles on se pent pourvoir de vivres et munitions. Et fault icy noter que la navigation est plus dangcreuse dcpuis que I on a passe depuis ledit prouiontoire jusques aux isles Moluques, sans comparaison que le chc- min que Von suit depuis I Espaigne jusques au nusme pro- montoire, pour ce que la mer y est toute couvcrte dune infinite de pctites isles, rochers et baturcs et aussi que le courant y est plus roide et impcliicux de tout le inoude. XII Par ainsi, ceux qui entreprendront ces voyages loingtains, fault qu ils se fournissent en premier lieu de bans vaisseaux et bicn calfeutre^ et qu ils client munitions pour deux ans a- tout le moins. A ids entrepreneurs, il lair est besom nest re sujets a maladie et moins addonne^ a la gorge. Car autrenient sasseure qui fait le moins d exce^ qu il ne lui va pas de moins que de la vie; veil quil y a des conirees en la longueur de ceste plage principalenieut depuis les isles du Cap Verd qui jusqiies a huit degre^ par deed I Equateur oil les maladies sont fort frequentes et ordi- naires, surtout a nous Francois, Allcmans, Anglois et autres qui sommes septentrionaux. Et ne puis vous en donner autre exemple, sinon quede inoii temps, estans alle^ trois navires d Angleterre jusqiies an Benyn qui est neuf de- gre^ deca la ligne et d la riviere et pais de Manicongre qui est par deld la ligne, y pensans trafiquer de Vor, maniguette, morfi^ et autre chose, les pauvres gens y furent surpris d une telle maladie causce on par le clmngement de viandes, ou par la trop grande infection de I air, que presque tout I eqiiippagefut perdu : de deux cens personncs n en escJjappa qu environ dix sept matelots qui tons ne passassent lepasde la mort, et ceux qui se sauverent furent contraints d aban- donner les deux phis grands de lairs navires et s aider du plus petit pour retourner en Angleterre. Autant en print d certains navires francois, Van mil cinq cens soixante-un, lesquels avoient dresse une telle entreprise que les susdicts*. I. Andre. Tbevct, La Cosmographic universelle, Paris, i}"]}, in- f ol, lomcl, folio 418 recto el verso. INTRODUCTION xni Les maladies commencbrent a faire des victimes a lord de la Pensce et du Sucre, apres que ces deux navires eurent double k cap de Bonne-Esperance, et une reldcbe de quelques jours stir la cote ocddentale de Madagascar fut signalee par le massacre des gens de I equipage qui s etaicnt aventurcs a terre. Les freres Parmentier se hater ent de seloigner de ces parages inhospitaliers, et apres avoir rcconnu deux des Comores oil la prudence ne leur permit pas d aborder, Us mouillerent devant I une des lies du groupe des Maldives ; eufin, apres une trover see conlrariee par les calmes quils rencontrerent sous la Ugne, Us arri- verent le merer edi iy octobre 1529 en vue de I archipel de Tannah-Balla sur la cote ocddentale de Sumatra. Je crois devoir faire connaitre id sommairement les evenements dont cette He a ete le theatre depuis le commencement tin XVI* siecle. L ile de Sumatra etait connue des geographes du moycn age sous le nomdejave la mineure. Marco Polo qui y avail ete retenu pendant cinq mois par les vents contraires, lui a consacre un chapitre renipli de details d une grande exacti tude) et il mcntionne particulierement les royaumes de Fcrllec (Perlak), de Basam (Tasey), et la tribu anthropo- phage des Balak. L orthographe des noms propres cites par Marco Polo nous donne la conviction que ses renseigne- ments lui ont ete founds par des marchands et des mar ins arabes qui frequcntaient les marches de la Mai aisie depuis le muvieme siecle denotre ere, et quiavaient reussi a converter xiv INTRODUCTION a I islamisme les rod/as do la cote du nord-cst de 1 ile 1 . An commencement du XV e sleek, Nicolo de Conti, ne d Chioggia dans TEtat de Venise avail, pendant vingt-cinq ans, parcouru TInde ct la Malaisic. II avail etc contraint, pour echapper a la mort, d embrasser la foi musulmane ; a son retour en Italic, il s etait, en 1444, rendu a Flo rence aupres du Tape Eugene IV qui, apres I avoir reconcilie avec I Eglise, lui avail impose, comme penitence, robligation de faire tin recit veridique de tout ce quil avail vii dans ses voyages. Le Pape chargea le Pogge, son secretaire, de rediger en latin la relation de Nicolo de Conti. Le roi de Tortugal Emmanuel reusssit a sen pro curer une copie, el il charged Valentim Fernande^ d en publier une tradnction portugaise qui put ctre consnltee par les capitaims ct les pilotes engages dans les navigations de I Extreme-Orient. T(amnsio tronva cette version si defec- tneuse et si incorrecte quil hesita long temps d la faire tra- dnire en italien, et a I inserer dans son recueil de voyages. Du reste, les renseignements donnes par Nicolo de Conti sur Sumatra sont d une extreme concision . Un Genois, 1 . Le livre de Afarco Polo citoyen de Venise, consciller prive et commlssaire imperial de Khoubilai-Khaan, etc., public par M. Paitthier. Paris, 186}, ll a partie, pages 565-568. The book of ser Marco Polo the Venetian, edited by Colonel Henry Yule. C. B. Londres, iS/j, toiw II, pages 264-289. 2. La relation de Nicolj de Conli a etc. inseree par Rainusio dans sa collec tion de voyages, Venise, 1563, tome I,fol. ^8-^45. Une edition en a c te publiee en iSSo a Cbioggia par M. C. Bitllo dans I ou- irage qui porte le litre de : La vera patria di Nicolo de Conti e di Giovanni INTRODUCTION xv Hiei onimo di SanStefano, seproposa, en 1496, de se rendre a Malacca. Le navire a bord duquel il etait embarque fut contraint de reldcher soit a T^asey, soit a Pedir. L associe de Hteronimo etant venu a monrir, le prince musulman qui resident dans la ville devant laquelle le bailment avail jete I ancre voulnt se saisir, en vertu du droit d aitbaine, de tonics les marchandises qui sy trouvaient. La confiscation ne fut evitee que grace d I intervention du cadi qui con- naissait la hngue italienne. Hieronimo di San Stefano rendit compte de son voyage d Giovan Jacobo Mainer dans une lettre ecrite de Tripoli de Syrie d la date du i er sep- tembre 1499. Ce document a ete place par T(amnsio a la suite de la relation deNicolo de Conti. Enfin, nn Bolonais, Ludovico Varthema, quittasapatrie en I annee ijoj. Aprcs avoir parcouru la Syrie, I Arable, la Terse et les Indes, il entreprit le voyage des lies de la Malaisie et visita Suma tra. *A son retour en Europe il debarqua d Lisbonne en i$oj ; les services qu il avail rendus dans I lnde aiix Tortngais, et les renseignements precis qu il four nit au roi Emmanuel sur les richesses des contrees de I Extrcmc- Orient determinerent ce prince a le crcer chevalier. A son Caboto; studj e documenti. La traduction de Vahntim Fernande^, imprimee a Lisbonne, se trouve h la suite du Marco Polo. En voici le titre : Marco Paulo. Ho liuro de Nycolao Veneto. O trallado de him genoves das ditas terras. Lo privelegio del Rey nosso senhor q nenhuu faga a impressam destc liuro nen ho venda em todollos se regnos et senhorios sem licen^a de Valentim Fernandez so pena contenda na carta doseu previlegio. Ce volume cmtitnt 106 feuillets. La relation de Nicolo di Conti s etend du feuillct 78 au feuilkt Q;. xvi INTRODUCTION retour en Italic, Varthcma publia, en 1510, la relation de ses voyages. 1)ans les annees suivantes, les editions et les traductions s en multiplierent et elks firent connaitre a toute I Europe les aventures du celebre wyageiir*. II est probable que les recits de Varthema detenninerent Emmanuel a fonder des etablissements dans la Malaisie. II confia, en effet, en ijoS, a Diogo Lope^ de Siquiera le commandeinent d une escadre de quatre navires destines a une expedition a Malacca. Siquiera part it de Lisbonnc le $ avril et atteignit le 4 aoiit suivant I ile de Madagascar oil II avait ordre de sarreter. II en cotoya la partie meri- dionale, et il y recueillit les gens qui avaient survecu a J. Gome^ d Abreu, mort de desespoir sur cette terre loin- taine. A son arrivee a Cochin, Siquiera jut Men accueilli par le vice-roi tf Almeida qui mit a sa disposition tin navire commande par Garcia de Sou^a. Cette escadre prit la mer le 8 septembre i$o<},et apres unelieureuse trover see, elle parut devant Pedir dont le radja accepta I alliance du Portugal. De Pedir, Siquiera se dirigea sur Tasey, puis sur Malacca oil il essay a d etaUirune factorerie; rec.ufavo- rablement d\ibord par le Sultan Mohammed, il cchippa avec peine aux embuches de ce prince qui tenta de le faire tuer par trahison d son lord. II disposait de trop pen de i. Itincrario de Ludovico de Varthema bolognese nelloEgypto, nclla Surri.i. nella Arabica deserta et felice; nclla Persia, nella India et nella Ethio pia. Stampato in Roma per Maestro Stephino Guillerdi de Loreno et Maestro Hercale de Nani Bolognese, ad instant la di maestro Lodovico de Henriois Corncro Viienlino. Nd anno M. D. X. a di VI de decemliri, 1/1-4 INTRODUCTION xvn forces pour ponvoir tircr vengeance de la mort des Portu- gais massacres dans la ville; il se determina a reprendre hi route de I lnde et cclle du Portugal on il revint rendre compte an roi des peripeties de son expedition. Emmanuel ne vonlut point resler sons le coup d un echec. II fit partir de Lisbon ne tine noircclle flotte : a son arriveedans I Indc, die fut retenue, pendant quelqne temps, par Alphonse d Albuquerque qui ivulut en prendre le commandement. Les on^e navires qui la formaient qnitterent Cochin le 2 mai ijn d abonlcrent succcssivement a Tedir et a Pascy on d Albuquerque jugea a propos d intcrvenir dans les competitions des rctdjas. A son retonr de Malacca, son escadre jut assaillie par de violentcs teinpctes; la capitane sombra stir les rocher.s de Timiang : nne par lie de I equi- page peril; dans les fiots, et Albuquerque avcc quelqnes homines renssit d grand -perne d gagner snr un radean la cole de Pasey. Un ant re navire ayant coule dans le port de Timiainen, Albnqnerqne ne put coiilinuer son voyage qn en conrant mille dangers. f Barws, dans la qnatrieme Decade de son hisloire de I Asie, nous a trace le tableau des evenementsdont Sumatra Jut le theatre et il nous a conserve les noms des capitaines qniy abordercnt. II cite parrni ciix Fernando Tere^ d Au- dradequi toucha d Pasey, en ij 16, en se rendanten Chine: trois annees plus tard, Duarte Barbosa, embarqne d bord de la Vittoria, visita la cote septentrionale de I ile. En 1520, T)iogo Tacheco jut envoy e de Malacca pour dcconvrir les iles d or que I on disait exisier a I ouest dt xviii INTRODUCTION Sumatra. Le brigantin qni accornpagnait son navire peril dans un coup de vent a la hauteur de Daya. Pacheco aborda a Tlarous, puis il continna son exploration, fran- chit le detroit de Tolimban qni separe Java de Sumatra, el revint a Malacca apres avoir, le premier parmi Ics Euro- peens, fait le tour de Vile. L annee snivante, il entreprit line nouvelle expedition, mais ayant relclcM a Barons, il fnt massacre par les Malais ainsl que tons Jcs gens de son equipage. La situation des Portugais etait fort critique dans la partie nord-est de I ile : un navire commande par Gaspard d Acosta avait fait naufrage dla pointe d Atchin; la car- gaison avait ete pillee et les matelots avaient ete tues on faits prisonniers ; Joao de Lima avait en le meme sort dans la rade de cette ville. Les Portugais, pour retablir le prestige de leurs armes, prirent le parti de detroner le sultan Zeinel qui s etait rendu maitre de Tasey et,pour atteindrece but, ils accepterent le secours du radja d Arou. Zetnel perdit la vie dans une bataille sanglante et Albuquerque etabht comme radja a *Pasey un prince anquel Itarros donne le nom de Orfacam, quise reconnut vassal du roi de Portugal et fit clever, a ses frais, un fort que devait occuper une garnison de cent soldats portugais. Sur ces entrefaites, un esclave du nom d Ibrahim auquel le radja de Pedir son maitre avait confie le gouvernement de la province d Atchin se revoltait contre ce prince , le battait et le forc,ait a se refugicr d Pasey. Andre Henri que^ gouverneur du fort, prit en main la cause du radja INTRODUCTION xix dcposscde et tenta, sans succes, de chasserlerebelle de laville de Pedir. Profitant de I avantage quil venait d obtenir, Ibrahim fit marcher son frcre Radja Leila contre Pasey qui fnt emportee d assaut et dont les habitants fur ent passes au fil de I epec. Radja Leila somma alors Andre Henrique^ de hi llvrer les radjas de Pedir et de Day a quil avait,pris sous sa protection, et sur le refus d Henrique^ il investit le fort. Les Porlugais soutinrent pendant plus d une annee un siege qui fut marque par de nombreuses peripeties ; Us durent evacuer le fort en desordre en abandonnant leur artilJerie et knrs munitions. Ce succes assurait d Ibrahim la possession iiicontestee de toute la partie nord de Suma tra, et elle lui permettait de soutenir la lutte contre les Tortugais. Ce sont probablernent deux ambassadeurs d Ibrahim que Roncinotto vit, en 1529, d Clrira^oiiils s etaient rendus pour engager Chdh Tahmasp d rompre la paix quil avail conclue avec les Portugais 1 . Pendant que I. Roncinotto etait courtier de Domenico Triuli, fixe au Caire. II entreprit en i $29 un voyage dans les differ entes parties de I Orient. Sa relation a ete inscrce sous le litre de Viaggio di Colocut dans le recueil des Viaggi fatti da Venetia alia Tana, in Persia, in India, ptiblie a Venise en 1543. Les notes de Ronci notto sont redigees d une maniere tres confuse et les noms propres sont defigures de la facon la plus barbare : quelques-uns, ecrits d une maniere illisitte, sont laisses en Ulanc dans le texte imprime. Roncinotto nous dit que, pendant son sejour a CJrira^, il vit arrirer dans cette mile deux ambassadeurs de I ilc de Sumatra ou Trapobane. lls apportaient a Cbdb Tahmasp des pierreries et sur I out des rubis qui valaient un tresor, et une grande quantite de perles. Le souverain de la Trapnbane engageait le Sophi a rompre les liens d amitie qui I unissaient aux Tortugais : ccs ambassadeurs assuraient que ceux-ci avaient etc fort maltraitts par les habitants de Sumatra. Roncinotto se rendit, en 1532, de Calicut a Sumatra oil il sejourna pendant quin~e jours. K Sono in quella, dit-il, quattro Re xx INTRODUCTION la cote uord-est dc Sumatra etait k theatre de ccs hostilitcs, line expedition de pirates, part ie en ij2} dc Sofala, avail, an dire de Thcvct, debarque a Ticon et pille cette ville. Cest a la fin de cette periode tronblee que c Parmentier atteignit h cote occidentale de Sumatra. Avait-il connais- sance de la situation precaire des Tortugais et esperait-il les supplanter dans un commerce dont Us s ctaient attri- bue Ie monopole? Avait-il le pro jet d etablir un comptoir sur la cote? Je ne le pense pas, car il nous declare lui-meme dans son Exortation que son projet ctait de conduirc ses navires jusqu aux ports de la Chine. La pcrfidic et Yavi- ditc des officiers du radja de Ticon entraverent toutcs les transactions commercial cs, et la mort de Jean et de T^aoul Parmcntier en privant 1 expedition de ses chefs, vintanean- tir les esperances fondees sur cette premiere tentative dc rapports directs cntre la France et les iles si riches de la Malaisie. II nous reste, du moins, de ce voyage commence sous d heureux auspices et termine d unefacontragique, un journal qni nous fait connaitre les incidents de la vie de bord pendant un voyage au long cours au XVl e siecle et les perils auxqueh etaient exposes les uavigalcurs, en cher- di corona, tutti maumetani ct c abundantissima d ogni cosa et massimc d oro et gioie. E posta sotto l Equinociale et pero e di acre perfctissimo : viveno quclli huomini cento cinquanta anni molto prosperosamente : sono in quclla notte citta ; le case son bassc, piccole, coperte de legname e lc principal citta sono Pinoi, Jupiter, Priapidis. Viaggi alia Tana, in-S, i$45, folio 1 08. Je reconnais dans ccs mots tres de-figures de Tinoi, Jupiter, Priapidis Jes noms des 1 illes de Ticon, Indraponre, ct Triamau. INTRODUCTION xxi chant a nouer des relations avec ks peupks astucieux et feroces des lies de I Ocean Indicn. Ce journal et la relation de Ticou qui le suit ont etc redigcs par Pierre Crignon, le fdele compagnon de Jean Parmentier. Crignon etait un lettre, et il avail ete, comme son ami, laureat au puy de I Assomption a Ttieppe et an puy de la Conception Notre-Dame a T(ouen\ II etait ainsique lui bon esprit et profond en la science de astrologie et cosmo- graplrie. II composa, en 1534, un traite sur ks varia tions de I aiguille aimantee quil de dia a Vamiral de France Thihppe dc Chabot . Cest en qualited astrologuc, cest-a- 1 . La Croix du Mains se Ivrne a citer le nom de Crignon. Coupil, Chaput, Crignon, Crayon, dii-il, 1ous quatre poetes francois du temps de Lays XII. Bibliotheque francoise, etc., "Paris, 1772, tome I, page 161. Crignon rcniporta plnsieurs prix aupuy de la Conception de Rouen, et sesvers ont ete imprimes dans Ics rccueils de cette academic. Dieppe, a cette epoque, etait une ville remplie de poetes. Elle avail ses pnys de la Conception, ses mitourees de la miaout, ses solerets de la Nativite et ses mysteres. Precis analytique de 1 Aca- demie de Rouen, annee 1834. Lcs chants royaux et rondeaux (ms. fran. de la Bibliotheque Nationale 2202) contiennent des pieces de vers de Crignon, folios 47, 48, 49 et 84. On en trouve aussi trois dans le. Collecta ex aggere prope immenso exquisitiora carmina rythmica (mss. fol., 2205 fol., 26, 29 et 78. Enfin on a imprime deux chants royaux de Crignon dans le recueil intitule : Palinodz, chants royaulx, Ballades, Rondeaulx et epigrammes a 1 honneur de 1 Immacule e Conception de la toute belle Mere de Dieu, Marie (patronne des Normans) presentez au puy a Rouen composez par scientifiques personnages desclairez par la table cy dedans contenue. Imprime a Taris. Us se vendent a Paris a I enseigne de I Elephant, a Rouen devant Saint-Martin a la rue du Grand-Font et a Caen, Froide rue a I enseigne Sainct-Pierre, in-8, pages 51-52. 2. M. Delisle a entre les mains le livre d un pilote dieppois nomine Crignon qui est un ouvrage dedie a I amiral Chabot en 1534 et oil il est fait mention de la dedinaison de I aimant. Histoire de 1 Academie royale des sciences. M. D. CC. XII. Taris, 1 714, 111-4, page 18. J ai cherchecet ouvrage de Crignon xxii INTRODUCTION dire d officier charge des observations astronomiques, qu il fut embarque a bord de la Pensee. Le journal du bord et la relation nous font connaltre les noms des personms qui eomposaient I etat-major de la Pensee et du Sacre. Outre les capitaines, nous voyons figurer comme astrologue du Sacre maitre Tierre Maiickrc dont les observations sont souvent comparees a celles de I astrologue de la Pensee ; des maitres, deux chapelains, un argentier et deux inter- pretes dont I un etait Portugais, et I autre un Francais nomme Jean Masson qui savait la langue malaye. Le nom de Crignon ne figure ni dans le journal, ni dans la rela tion. II etait cependant le personnage le plus important de la Pensee apres Jean Tarmentier, et nous voyons celui-ci preoccupe de le soustraire a tout peril lorsquil cut ete envoye a terre a Ticou comme otage, et que I inimitie du Chahbender de cette ville en rendit le sejour perilleux pour les Francois. dans tontes les Mniotheques publiques de Tarts; mes efforts pour le trouver on ete infructueux. Je le regrette d autant plus que dans sa dedicace a I amiral "Phi lippe de Chabot, Crignon devait donner quelques details sur ses ouvrages. On conserve au Depot des cartes et plans de la marine urn note de Delisle portant pour titre : Des auteurs qui ont ecrit sur 1 aiguille aimantee. On y lit : u Pierre Crignon de Dieppe a fait un livre qui n a pas ete imprinte et qui m est tomle entre les mains. II est intitule : La Perle de Cosmographie. // contient, entre autres, un systeme de I aimant par lequel I auteur croit avoir trouve le secret des longitudes. On y voit aussi la plus ancienne observation que je sache sur la decli- naison de I aimant ; c est a Dieppe qu elle a ete faite, le 2 mars 1534; il met mime la maniere dont elle a etefaite. C est aussi le premier qui park de la ligne de direction, c est-a-din sur 1 aiguille qui ne decline pas. II en fait son premier tneridien. INTRODUCTION xxm On pouvait supposer que Crignon etait I auteur du journal et de la relation, en remarquant la correction du style, et certains passages qui denotent un lettre familier avec ks auteurs de 1 antiqnite classique. Le premier mai, ecrit-il, larekvee, vismes force bonites et albacores faire de grands saults stir Teau et des petits poissons voler en I air et crois que Cupido les avoit esmus a festiner et eux resjouir an premier jour de mai. Apres avoir note line tourmente qui assaillit les navires par Je travers du cap de Bonne- Esperance, il ajoute : et crois que le dieu JEolus accom- pagne de Favonius et d Africus Libo faisoit on celebroit ks nopces de luy et de Thetis, fort delibere de la faire Men danser. Mais, un passage du prologue place par Cri gnon en tele de TExortation change ces preemptions en une certitude absolue. II y dit : Je, qui tousiours ay accompaigne Jedict Parmentier en tons perils et danglers durant ledict voyaige et jusques au dernier jour, aim que J un de ses plus prives et familliers amys, pour la recreation de tons nobles et vertueux esperit^ qui se dekctent et pren- nent plaisir a veoir et ouir parkr de la cosmographie et en ce, conteinpler et adviser ks merveilks que Dieu a faict au del, en la terre et en la mer, ay bien voulu en obtempe- rant aux importunes requestes d aucuns mes amis fami- liers, rediger par escript la dicte navigation et voyaige et icelle description mettre et produire en lumiere afin que le nom desdicts Tarmentiers ne demeure pas ensepvely avec kurs corps en la dicte isle de Samatra, mais que en trium phant sus la mort, Us puissent revenir en la memoire des xxiv INTRODUCTION homines par renommee et louange immortelle*. Ccs paroles ne laissent subsister aucun doute : Crignon est le redact cur du journal de la navigation dejean c Parmentier et de la relation de Ticou. Je nhesite pas non pins a lui attribner le recit des voyages d un grand capitaine de Dieppe, insere dans k troisieme volume du recueil de Rimusio. Lcs notices placees en tete des relations publiees par. T^amusio nous font connaitre I activite de ses recher- ches et sa sollicitude, toujours en eveil pour se procurer les renseignements qui pouvaient Jeter quelques lumieres snr les pays de J Orient et les contrecs nouvellement decou- vertes aux Indes occidentals. Rien ne lui coutait pour les acqucrir, et il avoue qiiil dcvait parfois se contenter de copies incomplctes on defectuenses ; il signale meme les lacunes existant dans les manuscrits qui lui etaient envoy cs. Ramusio a du, sans aucun doute, avoir connaissancc des voyages de Parmcntier en Amcrique, a la cote de Guinee et a Sumatra : il na point ignore les Iravaux de Crignon, et c est au fidele compagnon des frcres Tarmen- tier quil a du demandcr la description des pays quils avaient visites ensemble. Nous ne possedons point la rela tion des premiers voyages de Jean Parmentier, mats le tableau des mceurs et des coutumes des habitants de Ticou, place a la fin du journal du bord tenu par Crignon, est I . La relation de Sumatra a etc re.mplacee par la Moralite a dix personnages, Crignon ne nous fait pas connaitre la cause de ce cbangement. INTRODUCTION xxv celui qul se trouvc dans la traduction italienne. Les menus phrases y sont reproduces mot pour mot . M. Harrisse, se fondant sur cefait que Cartier a decou- vert settlement en 1534 la baye des chasteaux ou detroit de Belle Isle mentionnee dans le voyage du grand capitaine, suppose avec raison que cette relation n a pu etre ecrite par Par men tier. Mais il nest point improbable que Crignon, qui devait se tenir au courant de toutes les decou- vertes geograpbiques et de tons les travaux relatifs a la cosmographie, ait introduit dans son memoire nn fail posterieur a la mort de son ami. Les archives de la maison de Jean Ango auraient pu nous fournir sur les premiers voyages de Parmentier et sur les expeditions maritime* des Normands au commencement du XVP siecle de pre- cieux renseignemcnts. Malheureusement, le bombardemenl de Dieppe, en 1694, a ancanti tons ces documents. Un examen meine sommaire de la carte placee a la suite du Discours du voyage d un grand capitaine de Dieppe apportc nne nouvelle preuve a rattribution de ce recit a Crignon. Toutes les denominations y sont donnees en francais : nous voyons figurer la terre d Aru, 1 entree des Basses, la coste de Manancabo. L orthographe des points de la cote ou mouillerent le Sacre et la Pensee est la meme sur la carte que dans la relation; enfin, les deux navires i. Ranntsio, tome III, fol., 41 7 et suivants. M. Eslancclin a reproduit le texte de ce discours et en a donne la traduction dans ses Recherches sur les navigateurs normands, pages 195-240. xxvi INTRODUCTION aux voiles fleurdelisees qui se voient d la hauteur de Tar- chipel des ties T^atou represented certainement h Sacre et la Pensee ; ks lies ou Us aborderent avant de toucher d la cote occidentale de Sumatra sont designees sous les noms dela Formetura(7tf Parrhentiere), la Margarita (la Mar guerite) et la Louyse, noms qui leur avaient ete donnes lors de leur decouverte. Ces noms ne se relrouvent ni stir la carte dite de Henri II ni sur celles qui ont ete publiees par ks geographes jusqud la fin du XVI C siecle. Le souvenir des voyages de Parmentier ne s etait pas perdu d cette epoque. Un haut personnage, qui est peut-etre I amiral de France Honor -at de Savoye, marquis de Fillars ou Jacques de Glamorgan, seigneur de Saane et premier capitaine de la marine du Ponanl, en avait reclame la relation d Dieppe. Un Guillaume Lefevre, qui devait etre lui-meme pilote ou astrologue, la lui envoya en fai- sant observer qu il avait en plusieurs eudroits rectifte les degres de longitude et de latitude et qu il avait lu le recit du voyage au dernier survivant de I exptdition, nomme Tlastrier ; celui-ci en avait reconnu I exactitude et avait fourni quelqucs details sur les incidents qui marquerent le rctour des deux navires. Guillaume Lefevre nous apprcnd, en outre, que les six Indiens recueillis d Tile de Sainte- Helene s etablirent d Dieppe ; le dernier d entre enx, qui sy etait marie, mourut enl annee i$6y. Le second volume de la navigation de Jean Parmentier est consacre d la description de Tile de Saint- Domingue et de la cote de Nombre de T)ios. Elk ne parait point avoir INTRODUCTION xxvn eteachevee; nous riy voyons pas, en effet, figure? le cha- pitre qui devait trailer ties wonts, valUes, campaign, prairies, bois, rochers, mines, sortes et diversite^ tctnt sauvages, Indiens, Espagnols, Francois, qu autres, estans en la dite isle, avec la facon des traffics, sorties et entrees des marchandises et diversite d icelles, I abondance et la pennrie de ce qui y est, des fruits, grains, bleds, sucrcs, cottons, casses et autres choses qui y croissent, la facon des eglises et administrateurs d icelles, les justices, just icier s ct executions. J aifait suivre le recit des navigations de Parmentier de I exhortation qu il composa pendant la traversee de Mada gascar a Sumatra, et qui se rattache si internment aux penibles incidents de son dernier voyage. J ai crn devoir tirer aussi de I onbli I elcgie composee par Crignon sur la inort prematnree des deux freres dont II avail toujours etc le fidele coinpctgnon. Je place, a la fin de ce volume, le chapitre de I isle Espai- gnole on Haity qne nous tronvonsdans\Q Grand Insulaire d Andre Thevet 1 . Une lecture attentive de ce morceau ma donne la conviction qne Thevet avail eu entre les mains la description peut-etre complete de I isle de Saint c Domi- nigo qui forme la seconde partie de la navigation de Jean Parmentier. Le recit de Thevet, qui est si souvent I . Le grand Insulaire et pilotage d Andre Thevet, Angoumoisin, cosmo- graphe du Roy, manuscrit fraiifais de la Bil liotheque Nationals, 15, 452 tome I, / os iSj et suivants. xxviii INTRODUCTION sujet d caution, est asse^ exact, et il contient quelques faits inUressants. II nous fait connaitre Ics circonstances deplo- rabks dans lesquettes a peri k capitaine Testu qul com- mandait un navirc appartenant d Philippe Stro^i cl faisait, pour lecompte de cc seigneur, le commerce ou plutdl la piraterie dans les lies et sur Ics cotes du Nouveau- Monde 1 . M. Estaucelin, comme je I ai dit precedemment, a public en 18)2, dans ses Recherches sur les navigateurs nor- niands, le textedu voyage de Jean Parmentier d Sumatra, d aprcs la copie dun manuscrit appartenant alors ci M. Tarbe, libraire d Sens. Cc manuscrit, intitule Voiage aux Indes orientalles, Dieppe, 1529, est incorrect et pre- scnte des lacunes ; j en ai signale les principales dans I edi tion que je donne aujourd hd d apres un manuscrit acquit par moi d Paris, il y a dejd de longncs annees. Ce volume, relie au XFIIP siecle, debute par un ouvrage que I on appellerait aujourd hui un traite de spiritisme et portanl le litre de : Dialogue sur les Gerries et sur la nature de Tame, ecrit par F. O. Saucher le 14 juillet de 1 annee 1714. La relation du voyage de c Parmentier et la description de I isle de Saint-Dominigo forment la fin du volume ct coniprennent soixante et on^e feuillets de papier oriental de diverses couleurs, non chiffres. L ecriture moulee est fort belle et date des premieres annees du i. Cj. I article consacrca Y alias dcGuillauinc le Teslupar M. Harrissc dans (can ct Scbasticn Cabot. Tan s, 1882, pages 241-242^ INTRODUCTION xxix i siecle. Jc riai ajonteque pen dc notes pour eclaircir ou confirmer les assertions dc ^Pierre Crignon, el j ai eu soin d emprunter la plupart d entre dies aux voyages executes pendant le XVI" ou pendant les premieres annees du XVII e siecle. En mettant dc nouvean an jour le recit de I entreprisc bar die Untccen 1529 par les frercs Parmentier, j aivouln rendrc hommage a I energie et anx connaissames a la fois si variees et si profondes des homines de cette forte race du XF T siecle , et j ose esperer cine cette pensecetT inter etpre- sente par cette relation la feront favorablement accneillir par le public lettre. i er nuii 1883. DE JEAN PARMENTIER Monseigneur, |E vous envoyc, par cc present porteur, la decouverte faite par Jean ct l^aoul dits Parmentiers anx navircs de la Pensee et dn Sacrc dc Dieppe, y a quarante cinq am environ, qni fut le partemcnt du voyage; et vous plaira m excuser si fay etc longteinps a vous I envoyer, car il ma falln changer plusieurs fois le livre, pour cc que la navigation depuis leur partement de ^Dieppe jusqiies a l isle St-Laurent et I isle St-Mathias n estoit en leur degrc, et ma convenu les y mcttrc, ct par ordre. Et Id on je n aurois fait si bien mon devoir conune je devois, il vous plaira m excuscr. Et pour cc que je nc trouve ricn du rctour du dit voyage par ecrit, je me suis informe; et ay trouve un nomme Jean Tlastricr, ancien marinicr age de 2 NAVIGATION qnatre vingts am, lequel estoit pannetier an dit voyage dans k Sacre, auqud fay fait lecture par plusienrs fois de la dite navigation pour voir s il se troiiveroit confonne a ce qu il en avoit veil ; lequel, pour estre de bon entendemcnt, m a fait reponse que tout ee qui estoit an lime etoit vray ; et ma dit que le secret de la navigation estoit garde par Jes Parmentiers, et que mil des dits deux vaisseaux nc h pouvoit entendre ; sinon, apres lew dece^, a etc regarde a leurs pqpiers, ce qui est aise a croire ; car plusienrs navi- /gateiirs pensent prendre la cordc, mats Us prennent Pare - et faurvdyent leur chmin. Tlus outre, me suisenquis audit Plastrier, estansarri- ve^ en I isle St Mathias, en quel lieu bouterent leurs navi- res ; dit : a I escalle de la ville de Ticou, Id ou les dits Parmentiers et trucheinens, et quclquepartie de leurs mar- chandises furent en terre quelque temps, et furent longtenips a eux acorder avec le Chabandaire. Et rccueillircnt de la dite ville de Ticou a trois mil limes d or fin, et sept poincons de poivre rond. Les dits Parmentiers voyans que Ja traite venoit a peine, se rembarquerent eux et leurs marchandiscs. Alors, les ostages qui estoient dedans leurs vaisscaux furent fort fasche^, et, a nuit venue, tine partie des dits ostages deroberent leur grand bateau et allerent a terre, qui fut grand perte, et ne le pent on jamais avoir par amitie ne par force ; et le reste des dits ostages fut envoye dans leur bateau pres terre, leur montrant par signes que s ils ne leur rendoient leur bateau, qu ils leur couperoicnt Ja teste. Voyant quils n avoient envie de le DE JEAN PARMENTIER 3 rendrc, Ics capitaines ks firent cxccutcr par k maistre du Sacre, dont la traite fui rompue pour cette cause an dit lieu de Ticou. Six jours aprcs, k dit Jean Parmentier jut pris de maladie dont il deccda. Raonl Tarmenticr son ft ere, pilote du Sacre et k maistre de la Pensee prirent avis d eux reiourncr en line escalk nominee Triame, dont il y avoit vingt lieues en la dite isle St Mathias ; et la dite escalk se nomme en la carte marine Dieppe ; auxquels lieux ensscnt bien pen avoir trente tonncaiix de poivre rond. Inconti nent, Raonl Taruientier fut pris de maladie et deccda. Ainsi nayans plus de maistre, k tout fut en desordre, et le maistre de la Pensee mort, prirent avis aiix dits deux navires, ainsi que dit le dit Plastrier, d eux rctirer en France; ce qui fut acorde. Et firent tant par knrs naviga tions qiiils vinrent an cap de c Bonne Espcrance oil Us ancrerent et virent grand tronpeau de bestes a comes comme buffes, vachcs et nombre de gens qui les menoient ; ne fiircnt point a tcrre ; s cntrcperdirent environ un mois. La Pensee tronva I isk Ste Hekim, auquel lieu cntra, et trouva en la dite isle six Indicns que les f Portugais y avoient laisse^; recouvrcrent force rafraichisscmens, pon- lailles et antres, comme pourceaux en bon nombre, et em- barquerent ks dits six homines quils aporterent a Dieppe, dont ny a que six ans que k dernier est decide, qui estoit marie au dit lieu de Dieppe. Aprcs, ks navires se trouve- rent et sen vinrent en compagnie. Les dits navires fnrent depuis leur partement de Dieppe, a oiler a I isk St Ma- 4 NAVIGATION DE JEAN PARMENTIER thias environ quatre mois, et un mois a revenir en France ( i ) . La dite isle Ste Heleine demeure an nord onest un quart du onest du cap de Bonne Esperance en TAntarc- tique seize degre^ et un quart, qui sera I endroit OIL je ferny fin, apres avoir present e mes tres affectionnees recom- inandations et tres humbles a votre bonne grdce. P riant Dku, Monseigneur , qu il vous donne en la sienne bonne, lon- gue et heureuse vie. Escript a Dieppe le 18^ jour de decembre 1/75, de par k, Votre tres humble et tres obeissant serviteur a jamais. Guillaume LEFEVRE. i. La traverscc dura un mois depuis Sainte-Hclenc et noil pas depuis Sumatra. DE JEAN & RAOUL PARMENTIER REMIEREMENT. Nous issismes du Havre de Dieppe le jour de Pasques xxvm me jour de mars 1529, environ deux heures apres midy, que notre nef la Pensee fut mise en rade honnestement, sans tou cher; mais le Sacre toucha, et ne put issir de cette maree; et issit et fut mis en rade lamareeensuivant, apres midy. Le vendredy ensuivant, deuxiesme jour d avril, six heures apres midy, se recueillit notre capitaine Jean Parmentier et notre maistre Michel Mery et le reste des compagnons de tous les deux navires la Pensee et le Sacre. Ce dit jour apres minuit, environ deux heures du 6 DISCOURS DE LA NAVIGATION samedy troisiesme jour d avril, furent hallez les ancreset mis les voiles haut; partismes de laradede Dieppe a la conduite d un doux vent nordest qui nous conduisit joyeusement jusques au travers de La Hougue. Cette nuit, au deuxiesme quart, environ minuit, je vis en la moyenne region de Fair une flamme de feu ronde comme une boule, et en sortit une autre plus petite du dedans, etrendoit aussi grande lumiere qu un eclair de tonnerre, et dura peu sans etre consommee. Le dimanche quatriesme jour d avril, au point du jour, au nord de nous, aperceusmes 1 isle de Hinc 1 , et i . L ile de Hinc ou de Huice, est le nom donne par Alfonce, Maillart et Thevet a 1 ile de Wight. De Parian (Portland) a 1 isle du Huich y a quinze lieue s et gist la coste est et oest. L isle du Huich est une isle bien peuplee ou Ton fait les meilleures laines de chrestiente. A 1 entour de la dicte isle, y a de bons ports, a sc.avoir An- t hone( Southampton), Farcemue (Portsmouth), oil sont les grandes navires d Angleterre. Les voyages avantttreitx du capitaine Alfonce, Xaintongeois, Rouen, Theodore Maillart, 1578, f 18 v. De Porlan a jusques a 1 isle du Hinc, Trente mil dont la coste a Test oest Gist, et sy dis que bien peuplee elle est. Le lieu ou sont les laines plus exquises Qu en nul endroit, de cela vous advises. Bons ports y a icy tout a 1 entour, C est assavoir ces ports qu on dit autour. Et Farcemue ou le roy d Angleterre Meet scs grandes nefs en attendant la guerre. Et de ceste isle du Hinc icy echest, Dire combien y a jusque a Blanchct. La description de tons les portz de mer de I Univers. Manus. fr. de la Biblio- theque Nationale, 1382, f. 27. v. a Mais ayant passe le diet port (Dermouth [Dartmouth], nomine aussi Go- DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 7 vers le sud vismes Origny et Casquet 1 ; de tout le demeurant de la journee, est nordest assez modere nous conduit coyement sans branler, louans et mer-( cians Dieu du beau temps qu il nous donnoit, nousj ebatans amoureusement ensemble a danser, chanter) ou a lire les sainctes Evangiles. Au soir, le ventvintV au nordest; la nuit, je pris garde a la longitude et trou- f vay que nous n avions plus qu un degre ou deux de longitude en amontaise de dix degrez ou envi ron de la longitude de Test que j avois trouve sous le meridien de Dieppe. Le matin, nous aperceusmes au nordest de nous, cinq navires et au su trois. Le Sacre, qui mieux alloit que la Pensee, parla a un qui dist qu ils estoient du Havre neuf et alloient en Zelande. Ce jourd huy, cinquiesme jour d avril, nous mismes le cap au surouest et avions un nordest qui nous frapoiten pouppe,etpassasmes Oysant environ six heures apres midy. A 1 heure de midy, le soleil estoit a trente-neuf degrez de latitude; et eusmes bon vent toute la nuit, et le mardy jusques a midy. destel), la mer sc fait dangereusc de vent contraire a cause que les marees por tent en terre jusques au cap de Pole (Poole), qu ondit de Perlan, duquel jus ques a 1 isle du Huich on compte quinze lieues... Ceste isle est belle et grande et bien peuplee, ayant sa longueur de Test al ouest, tournant un peu au nort. . . Entre autres y a deux villes Neuf-port^(Newport) et Calbroz (Cowes). Thevet, Cosmograpbie, tome II, f 646, r. et v. i. Les isles sont 1 isle Bas, Sept isles, Garuye, Arnois, Jarze et Casquet qui entre plus avant en la mer que les autres et est une roche. Les voyages avantiirenx du capitaine Aljonce, f 16. C est sur les rochers de Casquet que perirent en 1119 les nefs qui transportaient en Angleterre Guillaume, fils de Henri I, et sa suite. 8 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le mardy sixiesme jour d avril, trouvasmes a la hauteur du soleil que nous estions a quarante-sept dcgrez de la ligne, ct fut mis le cap au surouest. Le mercredy septiesme jour d avril, courusmes au sursurouest a la boline 1 ; trouvasmes par la hau teur a midy que nous estions loing de la ligne a quarante-cinq degrez quarante-cinq minutes, et beau temps. Le jeudy huictiesme jour d avril, a sept heures devant midy, un de nos matelots nomme Robert Colas dit Gros dos, se noya en asseurant la bonnette; et ce jour, devant midy, nous vismes le cap Fine- terre; environ trois ou quatrc heures apres midy, nous eusmes vent contraire, et nous fallut mettre a la cappe jusques au vendrcdy, environ heure de nonne. Ce vendredy neuviesme jour d avril, sur le midy, norouest commcnca a souffler, et courusmes a la boline au surouest jusques au samedy my relevee 2 . Le samedy dixiesme jour d avril, vers le soir, nous vismes le cap de Fineterre environ au sur ouest de nous, et courusmes au surouest toute la nuit. 1. Boline ou boulinc, cordage attache, par le moyen dc branches, a la ralingue lateralc d une voile. Tire dans la direction del avant du navirc, i! tend a presenter mieux au vent la voile qui est orientee obliquement a la quille. Jal, Dictionnaire nautique, Paris, 1840. Vent a la boline donne par flanc aux voiles, lesquelles lors sont cnfilees de droit fil de poupe a proue, et au reiissit par excellence. Merveilhs de la nature, par le P. Rene Francois. Paris, 1629, pag. 103. 2. Le texte du journal depuis le quatre jusqu au dix avril, manque dans 1 edition publiee par M. Estancelin. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 9 Le dimanche xi me jour, nouseusmes bon vent de nord; courusmes au sursurouest, et le soir, nous courusmes au su et vent derriere allant bon train. Le lundy xn me jour d avril, nous prismes la hauteur du soleil a midy; nous trouvasmes a trente-neuf degrez dix minutes de la ligne, et tout ce jour et la nuit, courusmes au su, bon vent derriere. Le mardyxni me jour d avril, courusmes au su, vent derriere, et au commencement du soir, nous courusmes au su un quart du suest Le mercredy xiv me jour, nous suivismes nostre route a bon vent, et le soir, nous mismes le cap au su suest; nordest nous poussoit coyement. Le jeudy xv me du ditmois, fut prise la hauteur du soleil et estions a trente-deux degrez de la ligne, et fismes voile au surouest et au su. Le vendredy xvi me jourdu dit mois, vismesle cap de Nun 1 en la terre d AfTrique; au point du jour, prismes la hauteur et estions a vingt-neuf degrez de la ligne. Le samedy, xvn me jour du dit mois, fismes voile au surouest; du vent de nort. Au soleil couchant, nous vismes deux islesdes Canaries Fort AvantureetLan- celotte 2 au ouest norouest de nous. 1. Le cap de Noun, au sud de la province de Sous el Aqssa (Maroc). 2. Fortaventure ou Fuertaventura, au nord de Lancerote, a 1 ouest de la grande Canarie, est File la plus rapprochee de la cote du Maroc. L isle de Fortaventure, que nous appelons Erbanne, aussi font ceux de la grand Canare, est douze lieue s par de c,a du coste du nord-est, laquelle con- tient environ dix-sept lieue s de long, et huict de large, mais en tel lieu y a i o DISCOURS DE LA NAVIGATION Le dimanche au matin xvm me , courusmes une par- tie du jour au ouest surouest, etledemeurant du jour au surouest; la hauteur fut prise a midy a vingt-six qu elle ne contient qu unc lieue d une mer a 1 autrc. Ld est pays de sablon, et est hi uu grand mur de pierre qui comprend le pays tout au travers d un coste a 1 autre. Le pays est garny de plain et de montagnes et peut on che- vaucher d un bout a 1 autre et y trouve Ton en quatre ou en cinq lieues, ruisseaux courans d eau douce, de quoy moulins pourroient moudre, et a sur ces ruisseaux de grands bocaiges de bois qui s appellent Tarhais qui portent gomme de sel bel et blanc ; mais ce n est mie bois de quoy on peut faire bonne ouvraige, car il est tortu et semble bruyere de la feiiille. Le pays est moult garny d autre bois qui portc laict de grand medecine en maniere de baulme, et autres arbres de merveilleuse beaute qui portent plus de laict que ne font les autres arbres, et sont carres de plusieurs carres, et sur chas- cune carre a un reng d espine en maniere de ronces, et sont des branches grosses comme le bras d un homme ; et quand on les coupe tout est plein de laict qui est de merveilleuse vertu : d autre bois comme de palmiers por- tans dattes, d oliviers et de mastiquers y a grand plante, et y croit une graine qui vaut beaucoup qu on appelle orsolle ; elle sert a teindre drap ou autres choses, et est la meilleure graine d icelle que Ton sc.ache trouver en nul pays pour la condition d icelle ; et sil isle est une ibis conquise et mise a la foy chrestienne, icelle graine sera de grand valeur au sieur du pais ; le pai s n est pas trop fort peuple degens; mais ceux qui y sont, sontde grande stature, et a peine peut on les prendre vifs, et sont de tellc condition que si aucun d eux est prins des chrestiens, et il retourne devers eux, ils le tuent sans remede nul. Ils ont villages grand foison, et se logent plus ensemble que ceux de 1 isle Lancelot. Ils ne mangent point de sel et ne vivent que de chair et en font grand garnison sans saler, et la pendent en leurs hostieulx et la font seicher iusques a tant qu elle soit bien fanee, et puis la mangent ; et est icelle chair beaucoup plus savoureuse et de meilleure condition que celle du pai s de France sans nulle comparaison. Les maisons sentent tres mal, par cause des chairs qui y sont pendues : ils sont bien garnis de suit", et le mangent aussi savoureusement comme nous faisons le pain. Ils sont bien garnis. de formaiges, et si sont souverainement bons, les meilleurs que on sache es parties d environ : et si ne sont faicts que de lait de chievre, dont tout le pais est fort peuple plus que nulle des autres isles; et en pourroit on prendre chacun an soixante mille, et mettre a profit les cuirs et graisses dont chas- DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER i r degrez et demy de 1 e" quateur. Ce soir, nous eusmes nordest qui nous poussa de bonne sorte au sur- ouest. Le lundy xix mc , fismes cette voye; la hauteur fut prise a midy a vingt-cinq degrez de la ligne, et de longitude occidentale quatre degrez, et le soir, pris a 1 estoile de longitude occidentale, quatre degrez et demy. cune beste rend beaucoup, bien trentc et quarante livres. C est merveilles de la graisse qu ils rendent, et si est merveille quc la chair est bonne trop biaucoup meilleur que ceulx de France sans nulle comparaison. II n y a point de bon port pour hiverner gros navire, mais pour petit navire il y a tres bons ports : et par tout le plain pai s pourroit on faire puits pour avoir eau douce, pour arrouser jardins, et faire ce qu on voudroit. II y a de bonnes veines de terre pour labourager. Les habitants sont de du r entendement, et moult fermes en leur loy, et out esglises oil ils font leurs sacrifices. C est la plus pres isle qui y soit de la terre des Sarrasins, car il n y a que douze lieues francoises du capde Bugeder qui est terre ferme. Le Canarien ou livre (U la Conqueste et conversion faicte des Canariens a la joy et religion catbolique, apostoliqne et romaine en Van 1 402 par Messire Jeban de Betbencourt , compost par Pierre Bontier moyne de Sainct Jouyn de Mantes et Jehan le Verrier prestre, serviteur du dit de Betbencourt, publie pour la Hakluyt Society parM.N. Major, Londres, 1872, pages 133-136. LancelotteouLancerote : L islede Lancelot est a quatrelieues de 1 isle de Forte-aventure du coste de nort-nort-est ; et est entre deux 1 isle de Louppes qui est presque ronde et despeuple e, et ne contient que une lieue de long et autant de large, a un quart de lieue d Erbane dit Fortaventure, et de 1 autre part a trois lieues de 1 isle Lancelot. La viennent tant de lous-marins que c est merveilles, et pourroit on avoir chascun an des peaux et des graisses cinq cents doubles d or ou plus. Et quant a 1 isle Lancelot, qui s appele en leur langaige Tite-Roy-gatra, elle est avecques du grant et de la facon de 1 isle de Rhodes. II y a grand foison de villages ct de belles maisons, et souloit estre moult peuplee de gens. Mais les Espagnols et autres corsaires de mer en out par maintes fois prins et menez en servaige tant qu ils sont demeure/c peu de gens. Le Canarien, pages 137-138. 12 Le mardy xx me jour, suivismes cette route au sur- ouest, et beau temps, vent derriere jour et nuit. Le mercredy xxi me jour d avril, nous fismes sem- blable route; fut prise la hauteur du midy avingt et un degrez et demi. Le jeudy xxn me , par semblable et bon vent der riere, prismes la hauteur a midy vingt degrez pres de la ligne. Le vendredy xxm me , courusmes aussi un quart du surouest, et au soir courusmes au su. Le samedy xxiv me , courusmes au surouest tout le dit jour; le soir, a la fin du premier quart, vismes 1 isle Saint Jacques du Cap Vert, et eusmes calme toute la nuit; et le dimanche xxv me jour, nous environ- nasmes 1 isle pour voir s il y auroit lieu propre pour descendre afin d avoir de 1 eau 1 . A midy, prismes la i. Saint-Jacqucs, laplusgrande des iles du Cap-Vert, a une longueur de soixante milles et meme plus scion d autres rapports. Sur la partie meridio- nale, au bord de la mer, s eleve une ville ayant un bon port; elle est de- signee sous le nom de Grande Riviere. La ville est situee entre deux montagnes et elle est traversee par une riviere qui prend sa source a deux lieues dans 1 interieur. Elle a, a son embouchure, la largeur d un grand trait d arc. Au nord, se trouve une plage appelee Sainte-Marie. I/ile est couverte de montagnes escarpees et denudees. Les vallees sont bien culti- vees. Pendant le mois de juin, la pluie tombe presque sans interruption. Depuis sa source jusqu a son embouchure, la riviere dont nous venous de parler est bordee de jardins remplis d orangers, de citronniers, de cedrats, de grenadiers et de figuiers. On recolte toutes sortes de plantes potageres, mais il faut en apporter les semences d Espagne, parce qu elles ne naissent pas dans Tile. Au mois d aout, on seme le mai s, et on le recolte quarantc jours apres. On recolte egalement du riz et une grande quantite de colon avec lequel les habitants fabriquent des etoffes rayees qui sont exportees dans le pays des negres et autres lieux. Dans certains endroits autour de DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 13 hauteur et trouvasmes le soleil de pic sur nous, de cline de la ligne seize degrez huit minutes. En envi- ronnant cette isle sur le coste qui gist nord et su, ayant Test par devers la terre, nous acostasmes cette isle et nous mismes le dimanche au soir, en rade en une ance le Sacre et nous; et a soleil couchant, vismes la terre d une isle au surouest de nous, bien loin, ainsi figuree, dont nous faisions 1 isle de Fuegos ou de Feu 1 . Et le Sacre ancra plus pres de terre que nous a seize brasses, et nous a quarante cinq : et, en ce lieu, vismes une balene et des poissons vo- lans; et le Sacre pescha au lieu ou il estoit, grand plante de poissons comme sardes, vieilles et d autres bons poissons; mais nous en peschasmes bien peu, pour ce que nous estions en trop grand fond. Le lundy xxvi me d avril, apres avoir disne, nous esquipasmes nos quatre batteaux du Sacre et de nous. Et y avoit bien quatre vingts hommes tant du Sacre que de nous, bien armez et en bon ordre, pour aller querir des eaux a terre, et partirent environ neuf heures du matin. M e Jean Sasi dit le Grand Peintre Tile, on pche des tortues dont la chair a un gout fort agreable ; on pourrait faire avec leurs carapaces de bonnes pctites targes. Les maisons de la ville sont bien baties en pierres et en chaux. On y compte plus de cinquante feux. Elle est habitee par des gentilhommes portugais et espagnols qui sont fort polices. Le gouvernement est exerce pardesjuges,et leslois sont pleines de sagesse . (Geografia di M. Livio Sanuto distinta in XII libri. Vinegia, 1588, in-fol. fol. 26.) i . Le texte publie par M. Estancelin porte : dont nous faisions 1 isle de Feques ou de Per. L ile de Per appartient non point aux iles da Cap-Vert, mais au groupe des Canaries. La figure de 1 ile de Feu manque dans le manuscrit. 14 DISCOURS DE LA NAVIGATION cut la charge et conduite des aventuriers ; Nicolas Bout estoit port enseigne. AU lieu ou ils descen- dirent, y avoit force boeufs et vaches que aucuns Mores et esclaves et un Espagnol gardoient; toute- fois, ils eurent peur d eux et s enfuirent. Mais 1 Espa- gnol ou Portugais du Sacre et le contremaistre par- lerent a eux en portugais, et leur dirent que nous estions de 1 armee des navires de France esquipez en guerre pour aller aux Entilles, et que nous avions perdu notre bande f , et que nous voulions avoir des eaux et autres rafreschissemens s il y en avoit; par- quoy il y eut un Espagnol plus hardi que les autres qui araisonnanos gens, etleurdit qu environ adouzc lieues de la, estoit un portou il y avoit deux navires des Portugais qui avoient este pillez des Bretons, et qu ils venoient de Madere. Le dit Espagnol prit de la peine beaucoup pour nos gens et les mena au lieu ou ils prirent leur eau qui estoit fort difficile ; et eurent merveilleuse peine toute la journee a aller querir les dites eaux en demi barrils et les aporter jusques en la rive, car c est un lieu fort montueux, plein de rochers et de sablons, et avec ce, il faisoit si grand vent, qu ils virent en pcu d espace, un petit val converti en montagne haute, de 1 abondance des sablons que le vent y assembloit. Cependant qu ils prenoient les eaux, FEspagnol dit au Portugais du Sacre qu il luy donneroit un cabry, et qu il luy alloit I. Le texte public par M. Estancelin porte : et leur dirent que nous es tions del arrivee de dix navires de France, esquippez en guerre pour aller aux esveilles et pour que nous avions perdu notre bende. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 15 querir, dont il ne fut point trop assure, et dit a nos gens qu il alloit faire quelque trahison et querir des gens pour nous nuire et qu il vouloit s en retourner vers leurs bateaux. Toutefois, nos gens pour ce ne voulurent difTerer et emplirent leurs vaisseaux; mais le vent se creut, et furent nos bateaux en danger d estre perdus, et d un metz de mer 1 furent eschouez touthaut surles sablons, et eurentgrande peine a les renflouer, et encore plus a charger les eaux, et n eussent este deux compagnons de notre nef, Tun nomme Prontin Coule et 1 autre Vasse, qui se mirent a la nage pour conduire les vaisseaux jusques an bateau, jamais ne les eussent recueillis. Et comme nos gens tendoient a eux recueillir, virent le dit Espagnol venant de la montagne avec un cabry. Notre port enseigne luy fit signe qu il devalast; mais il n osa, parquoyildesployaune chemise etluy mon- tra; encore nc vouloit il aprocher. Pourtant le dit port enseigne accompagne de quelques autres allerent vers luy, et luy donnerent deux chemises qu il refusa plusieurs fois, et faisant present au port enseigne du dit cabry, luy dit que s il vouloit retourner le len- demain a 1 autre coste de la bee vers le nort, que sa maison y estoit et qu il leur bailleroit une couple de bceufs et des poules, et si qu il y avoit des eaux; et i. Metz de mer. Cette vieille expression ne se rencontre, dit M. Jal dans son Dictionnaire nautiquc, que dans la relation du voyage de Parnien- tier. Elle designe un paquet dc mer ou une lame violemment soulevee qui deferle sur le rivage ou sur un navire. 1 6 DISCOURS DE LA NAVIGATION les remercia grandement. Apres cela, nos gens se recueillirent a grosse peine, car il leur falloit traver- ser de hauls rochers fort dangereux, devant que trou- ver lieu facile a eux recueillir, et estoit environ dix heures de nuit quand ils arriverent. Et faut scavoir que dedans cette ance, environ demie lieue de la terre, fait bon ancrage a douze et a quatorze brasses, et y a force poisson, et est tout fond pourry et a environ vingt brasses ; mais outre vers la mer, on n y trouve plus de fond. Le mardy matin, xxvn mc jour du dit mois, nostre petit bateau, et le grand bateau du Sacre retourne- rent a terre et retrouverent le dit Espagnol et dix ou douze des autres Mores habitans de cette isle, a tout piques et arbalestes, et leur firent bon accueil; et nos gens recueillirent encore des eaux en demi barrils, et eurent des boeufs et environ cinq poules de 1 isle dont nos gens luy baillerent deux ecus a toute force, car il n en vouloit rien prendre, et les remercia fort, priant Dieu qu il nous donnast la grace de faire bon voyage, si que nous y pussions retourner encore dans un an, et que si jamaisnous y retournions, qu il nous feroit tout plein de beaux presens, et estoit fort marri qu il ne nous avoit encore mieux fait. Get Espagnol montroit bienestre maistre de tous les autres, car il commandoit, et ils luy obeissoient; et si avoit trois ou quatre femmes on filles Mores qui le servoient; ct conta a nos gens que le soir de devant, sa femme 1 avoit fort pleure, pensant que nos gens I eussent pris ou tue, pour ce DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 17 qu il retourna si tard a 1 hostel. Cependant que nous estions en cetteisle, tous les jours nous avions une raverdie de gros vent venant de la terre; et toujours vent de la terre venant de Test, qui elevoit le sablon de sorte qu on ne scavoit voir la terre, et en venoit la poussiere jusquesen nos navires qui nous gastoit les yeux. Cette islede St- Jacques estoit fort montueuse et pleine de rochers et de sablons. L Espagnol dit a nos gens qu il y avoit trois ans qu il ne pleut en cette isle. Toutefois, il y avoit tout plein d herbes fort vertes entre les rochers, et beaucoup de pourpier comme celui de nostre pays de France. II y croist force figuiers, et des pois, et des faveroles, comme ceux du Bresil; et si disent qu il y a des oranges, et qu ils en virent en la maison du dit Espagnol, qu au- cuns prirent et mangerent ; et estoient les pommes fort grosses, et croy qu il y a force fontaines, car il y a force boeufs et vaches sauvages, et les maistres craignentbien de les approcher, mais les gouvernent par de grands chiens qu ils ont. Le mardy xxvii me jour d avril, environ cinqheures apres midy, hallasmes 1 ancre et mismes les voiles, et partismes de la dite isle et fismes voile au su un quart de surouest, et au surouest, 1 espace de six heures, pour evader la terre; et le demeurant de la nuit, mismes le cap au su. Au second quart de la la nuit, vismes par plusieurs fois grands brandons de feu sortir comme d une fournaise du coupeau de 1 isle de Fuego, qui estoit bien a douze lieue s au ouest de nous, etpensasmesqu elle estoit nominee isle deFeu 1 8 DISCOURS DE LA NAVIGATION a cette cause, et qu il y a des soufrieres ainsi qu au mont Ethna 1 . Le mercredy xxvm me , fismes cette route au su, et le jeudy xxix me semblablement; prismes la hauteur a midi, a unze degrez quarante neuf minutes. La vendredy xxx me jour d avril,faisantnostre routJ au su, prismes la hauteur a midy : trouvasmes qu e> tions a dix degrez de la ligne. Le samedy, premier jour de may 1529, faisant nostre route au su, prismes lahauteur a midy, et trou vasmes qu estions a huit degrez seize minutes de la ligne, et de longitude occidental trois degrez. La relevee, vismes force de bonnites et albacores faire les grands sauts sur 1 eau, et les petits poissons voler en Fair; et croy que Cupido les avoit emus a festiner et eux rejouir ce premier jour de may. La nuit nous eusmes calme. Et le dimanche deuxiesme jour de may, calme; faisant notre route, prismes un requin ; au su, et la nuit, calme. Le lundy troisiesme jour de may, prismes lahau teur a midy a six degrez neuf minutes; et ce jour fist grand chaud et calme. i . Ilha del Fogo ou 1 ile du Feu a cause qu il y a une de ses plus hautes montagnes qui vomit des feux et des flammes, est situee a douze lieues de la pointe la plus au sud-ouest de S. lago vers le nord-ouest. II y a une rade au cote occidental, tout centre un petit chateau situe au pied d une montagne, mais le port n est pas fort commode a cause de la trop grande impetuosite des riots . Dapper, Description de I Afrique. Amsterdam, 1686. in -f. p. 498. DE JEAN ET RAOUL PARMENT1ER 19 Le mardy quatriesme jour du dit mois, calmc et force pluyes. Le mercredy cinquiesme jour de may, prismes la hauteur a midy, a cinq degrez et un quart de laligne, et de longitude occidentale quatre degrez, et eusmes calme et pluyes; et le soir, mismes le cap au sur surouest, et au surouest, et eusmes un peu de fres- cheur. Le jeudy sixiesme jour, prismes la hauteur a midy a quatre degrez et demy de la ligne, et le soir eusmes un petit de frescheur, etfismes voile au sur surouest. Le vendredy septiesme de may, prismes la hauteur a midy a trois degrez et demy, faisant cette route, le vent venant du suest. Le samedy huitiesme jour de may, prismes la hau teur a midv a trois desrrez de la li^ne, faisant notrc / O O route au sur surouest. Le dimanche neuviesme de may, veille St-Ni- colas, fismes semblable route ; la hauteur a midy fut a degre et demy de I equate-ur. Ce jour, nous vismes grandequantite de poissons volans, et prismes quatre ou cinq bonnites. Ce sont poissons gros comme la cuisse d un homme, de deux pieds ou de pied et demy de long, de la facon d un maquereau, mais la chair plus ferme et fort seche, et de bon gout. Le lundy x mc jour de may, fismes autre route au su. La hauteur fut prise a cinquante-quatre minutes pres la ligne au pole arctique. Ce jour, vismes force bonnites et poissons volans. Le Sacre prit un mar- souyn dont il nous en envoyaun quartier. 20 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le mardyxi tne jour demay, au matin, furent fails chevaliers environ cinquante de nos gens, et eurent chacun 1 acollee en passant sous 1 equateur, el fut chanteelamessede Salve sanctaparensk nottes pour la solennitedu jour, et prismesun grand poissonnomme albacore et dcs bonnites, donl ful fail chaudiere pour le souper en solennisant la feste de la chevalerie. Le matin, le cap ful mis au su sucsl; a midy, ful prise la hauteur a dix minules oulre la ligne vers 1 an- larclique, el de longilude occidenle huil degrez. Apres midy, fut mis le cap au su un quart du suesl. Le mercredy, xn mc de may, ful prise la hauteur a un degre dix minules de la ligne en Pantarctique el avionsle cap au su suesl; el nordesl ventoit. Le jeudy xm mc de may,fismes cette mesme roule el ventsemblable; la hauteur fut prise a midy a deux degrez de la ligne en 1 anlarclique. Ce jour furent prises plusieurs bonnites, entre lesquelles y en avoil deux grandes comme marsouyns, el pouvoienl avoir Irois pieds de lour par le venire, el qualre pieds el demy de long. Le vendredy xiv mc de may, fismes roule au su suesl el ventoit. La hauteur fut prise a midy a trois degrez dix-huil minutes de la ligne vers 1 antarc- tique, el de longilude occidenlalc sept degrez et demy. Le samedy xv me de may, veille de Pentecoste, fut mis le cap au suest; et nordest ventoit. La hau teur fut prise a midy a quatre degrez el demy de la igne. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 21 Lc dimanche, xvi me de may, jour de Pentecoste, fismes voile au su suest, et la hauteur fut prise a six degrez vingt-cinq minutes. La nuit, fismes voile au suest et au su. Le lundy xvn mc jour, fismes voile au su; vent d est. La hauteur prise a midy a sept degrez huit minutes; la relevee, la pluye et les grains nous prirent avec calmes variations de vents faisant aucune fois le su, le surouest, le suest. Et le mardy, xvm me de may, eusmes grandes pluyes et aucunes fois grand vent d est, et avions le cap au su et au su du suest. Le mercredy xix mc , a midy, fut prise la hauteur a neuf degrez de la ligne en 1 antarctique, et suest ven- toit, et avions le cap au su. Le jeudyxx me jour de may, fismes belle route; prismes la hauteur a midy a dix degrez et demi de la ligne, et la longitude occidentale cinq degrez. Le vendredy xxi me de may, nous dura ce temps; a midy, fut prise la hauteur a douze degrez de 1 equa- teur en 1 antarctique, et depuis huit heures du soir le cap au suest. Le samedy xxn mc jour, la hauteur fut prise a midy a treize degrez quarante deux minutes, le cap au suest. Le xxm me jour de may, jour de la Trinite, faisant semblable route, prismes la hauteur a midy a quinze degrez vingt minutes. La nuit, nous eusmes bon vent, est nordest, ayant le cap au su suest. La hauteur fut prise le lundy xxiv me jour de may, a 22 DISCOURS DE LA NAVIGATION seize degrez ct demy de 1 equateur en 1 antarctique. Le xxv mc jour de may, prismesla hauteur a midy a dix-sept degrez dix-neuf minutes en 1 antarctique, faisant notre route au su suest. La nuit, eusmes bon vent, et mismes le cap au su suest jusques au matin- Le mercredy xxvi mc de may, prismes la hauteur a dix-huit degrez trois minutes de 1 equateur, et de longitude occidentale cinq degrez. Le jeudy, jour du St-Sacrement xxvn me jour de may, la mer estoit limpe et serie, et faisoit un petit vent d est, et avions le cap au su suest. Ce jour, le capitaine, le maistre et Pastrologue du Sacre nous vinrent voir et disnerent avec nous, et furent faictes plusieurs recreations joyeuses, en louant et remer- ciant Dieu du beau temps qu il nous donnoit, et avoit tou jours donne. Le vendredy xxvm me de may, fut prise la hauteur a midy, a vingt degrez de 1 equateur en 1 antarctique. Environ midy, le vent se tourna en Test nordest ; fut mis le cap au suest et venta bon vent toute la nuit. Le samedy xxix me jour de may, au point du jour, vismes au nordest de nous une isle haute elevee qui pouvoit contenir dc rondeur, voyant en la moitie de son tour, six lieues;et prismes la hauteur a midy a vingt et un degrez sept minutes. Tout le jour, nous courusmes Test nordest, et au nord est, pour attraper la dite isle, mais le vent nous estoit escars, ct ne la scavions doubler; louyasmes jusques au dimanche matin, et quand nous vismes que nous n a- DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 23 prochions point, nous mismes le cap en Test suest. Notre capitaine nomma cette isle la France, a 1 hon- neur du Tres-chrestien Roy de France, pour ce que c estoit la premiere isle inconnue que nous avions trouvee. Cette isle est haute et montueuse, et y a un haut pic de roches du coste d ouest, et un autre comme une grosse tour au coste de Test, avec une ronde pleine comme un boulevert, et sembloit que JvJature se fust esbatue pour recreer les yeux humains ^en la diversite de ses ouyrages. En cette isle, y a di- versite d oiseaux noirs et participans du blanc et du noir . Le dimanche xxx me de may, fismes voile en Test suest. Lelundyxxxi me jourde may, semblablement; hau teur fut prise a vingt deux degrez vingt trois mi nutes de 1 equateur; de longitude occidentale deux de grez et demi; de relevee et la nuit, nous eusmes calme. Le mardy premier jour de juin, fismes voile en Test suest; la hauteur fut prise a vingt deux degrez vingt i. L ile de 1 Ascension fut decouverte leao mai 1501, jourde I 1 Ascension, par Joao de Nova Gallego, et visitee deux annees plus tard par Alfonzo Albuquerque qui lui donna le nom qu elle porte aujourd hui. Elle est montueuse ; le sommet le plus eleve est celui de la Montague verte qui est entouree de nombreux pics escarpes, separes par des gorges profondes. On trouve a 1 Ascension neuf especes d oiseaux indigenes parmi lesquels 1 oiseau fregate noir et blanc qui a quelquefois plus de deux metres d envergure. Cf. Instructions naiitiques de la cote occidentale d Afriqiie, etc., par C. Philippes de Kerhalet, capitaine de vaisseau et A. Legras, chef du service des instructions. Paris, 1874, pages 313-328. 24 DISCOURS DE LA NAVIGATION trois minutes de 1 equateur, etde longitude occiden- tale deux degrez et demy ; de relevee et la nuit nous eusmes calme. Le mercredy deuxiesme jour de juin, prismes la hauteur a vingt deux degrez quarante trois minutes; et calme, le cap au suest. Le jeudy troisiesme jour, des devant le jour, le nord commencaa soufflertemperement; fismes voile en Test suest, prismes la hauteur a midy a vingt trois degrez quinze minutes, de longitude orientale douze degrez; et bon norouest nous poussoit fermement. Le vendredy quatriesme jour de juin, fut prise la hauteur a midy vingt quatre degrez douze minutes; et bon vent derriere, ayant le cap en Test suest; et toute la relevee et la nuit, bon vent avec un peu de pluye. Le samedy cinquiesme jour de juin, fut la hauteur prise a vingt cinq degrez six minutes de 1 equateur, ayant toujours le cap en Test suest, et bon vent. Le dimanche sixiesme jourde juin, la hauteur fut prise a midy a vingt six degrez quarante neuf mi nutes ; de longitude dix huit, et bon vent jusques au lundy matin, jusques au dernier quart que les calmes nous prirent. Le lundy septiesme jour de juin, tout calme le jour et la nuit. Le mardy huitiesme de juin, calme; la hauteur a midy vingt sept degrez seize minutes en Fantarc- tique, le levant a quarante six; ce jour calme jusques a huit heures du soir. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 25 Le mercredy neuviesme jour de juin, trouvasmes de longitude orientale dix huit degrez ; vent en pouppe, le cap au suest; mais le Sacre eut empesche- ment a cause de son mast qui estoit empire par le haut et leur en fallut acourcir, parquoy ne portions pas grand voile. Le jeudy dixiesme de juin, vent en pouppe, le cap au suest, la hauteur a vingt neuf degrez et demy de la ligne en 1 antarctique, et petite voile pour attendre le Sacre. Le vendredy xi me , bon vent en pouppe venant de nordouest, et petite voile pour attendre le Sacre; 1 orient pris a quarante degrez. Le samedy xn me jour de juin, prismes 1 orient a trente sept et demy, le cap au suest ouest; le su- rouest ventoit et su; la hauteur fut prise a midy trente deux degrez vingt sept minutes ; 1 occident quatre vingt trois degrez et demi;de longitude orien tale vingt trois degrez. Le dimanche xin me jour de juin, calmc. Ce jour, vismes des oiseaux mouchetez de blanc et noir sur le dos, le ventre blanc comme bourettes, grands comme margaux, et de noirs et de gris. Le lundy xiv me calme et vent devant. Le mardy xv e calme jusques au soir. Le mercredy xvi me , la hauteur fut prise a midy : trente cinq degrez, 1 orient a quarante degrez, 1 oc cident a soixante quatorze, le midy a dix sept degrez. Et de longitude orientale, au point a la carte ainsi signe, A. et le point de la longitude a la carte, ainsi 26 DISCOIJRS DE LA NAVIGATION signe, V. Le demeurant du jour, bon vent surouest; le cap en Test suest. Le jeudy xvii mc , faisant cette route, et bon vent de surouest, la hauteur fut prise a midy a trente six degrez deux minutes; le soir, le vent se tourna an su, et au sur surouest : fismes voile en Test surest, aucuns estoient un quart moins, et fit ce jour bien froid. Le vendredy xvm me de juin, 1 orient fut pris a quarante sept degrez trente minutes, la hauteur a midy trente six degrez dix neuf minutes; Foccident a septante sept degrez trente minutes; de longitude orientale quinze degrez. Le samedy xix mc , la hauteur a midy trente six degrez cinquante et une minutes. Ce jour, vismes tout plein d herbiers sur la mer, parquoy on estimoit toujours estre pres de terre, et voyons plusieurs gros oiseaux tant blancs que noirs semblables aux mar- gaux qu on voit en droguerie 1 . Le dimanche xx me jour, 1 orient a quarante six degrez; norouest souffloit fermement, faisant voile en Test suest : et ce jour, eusmes grosse tourmente toute la nuit, et le vent changea en ouest et en ouest surouest. Le lundy xxi me jour de juin, la hauteur fut prise I. <i Margot, dit IcDictionnaire de TreVoux, nom d un oiseau de mer qui estoiseau de proie et vitdu poissonqu il prend. Onle trouve dans les mers de 1 Amerique mdridionale sur ses cotes orientales et dans les mers des Indes. Les Margots sont blancs, quelques-uns sont meles de gris, et peut- etre cette difference est-elle la marque du sexe. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 27 a midy a trente huit degrez quarante deux minutes ; apres midy, le vent s apaisa et ne fismes pas grand chemin; ouest ventoit, et avions le cap en Test un quart du su. Le mardy xxii me jour de juin, le vent se creut de- vers le second quart, tenant cette route jusques au soir qu on mit le cap en Test. Le mercredy xxm mc jour de juin, vigile St-Jean- Baptiste, la hauteur fut prise a midy a trente neut degrez et un tiers. Le soir, il fit calme; la nuit, fit bon vent d ouest, ayant le cap en Test, et par 1 estime de mon point, estions au droit du cap de Bonne Espe- rance. Le jeudy xxiv mc , jour de St Jean, le vent fut grand et y eut tourmente, le vent venant du nordouest et fimes petite voile et n avions que le borset haut 1 . Levendredyxxv me jour, le vent vint d ouest; fismes voile en 1 est jusques a minuit; le demeurant de la nuit, mismes le cap en 1 estun quart du norouest; la hauteur a midy trente neuf degrez trente cinq mi nutes. Le samedy xxvi me fut mis le cap en Test nordest; surouest ventoit, et tout le demeurant du jour le vent au surouest, et fismes voile en Test nordest. Le dimanche xxvn me jour de juin, la hauteur fut prise a midy a trente huit degrez quatre minutes, et ne fit pas grand vent le demeurant du jour. i. Borset ou bourcet cst le nom que les marins de la Manche donnent au mat et a la voile de misaine. 28 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le lundy xxvm me jour de juin, la hauteur fut prise a midy a trente huit degrez dix huit minutes; vent de nord creut, et avions le cap en Test nordest, et la relevee, y eut grosse tourmente. Le jour St Pierre, apres disner, il passa un grand metz de mer par dessus le chasteau-gaillard, et n osoit en porter voile, et dura jusques au soir. Le mardy penultieme de juin, jour St Pierre et St Paul, faisoit bruine et grosse tourmente et ne fut point prise la hauteur. Le mercredy dernier jour de juin, a midy, fut prise la hauteur a trente six degrez deux minutes. Ce jour fismes voile en Test nord est, et bon vent toute lanuit. Le jeudy premier jour de juillet, fit la plus grosse tourmente que nous eussions encore point cue depuis notre partement de Dieppe. Et croy que le Dieu Eolus accompagne de Favonius et d Affricus Libo faisoient ou celebroient les noces de luy et de Thetis fort deliberez de bien faire danser. Et plu- sieurs grands poissons comme marsou ins et chau- derons s assemblerentpar grandes troupes ; et mesme notre nef et nous tous dedans dansions d une haute sorte. Apres midy, fut mis le cap a Test un quart du nordest, fismes environ de quinze lieue s; le cap fut mis en Test, et le demeurant jusques au landemain midy vallut environ vingt lieue s. Le vendredy, la hauteur fut prise a midy a trente cinq degrez et demi, et bon vent de surouest ayant le cap en Test jusques au point du jour, et le demeu rant du jour en Test nordest. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 29 Le samedy troisiesme jour de juillet, la hauteur fut prise a midy a trente quatre degrez cinquante quatre minutes, le temps beau et quasi calme faisant Test nordest. Le dimanchequatriesme jour de juillet, faisant cette route, la hauteur de trente quatre degrez trente trois minutes; nordouest ventoit; le vespre, petit vent, et toute la matinee quasi calme, et toutes les voiles haut. Le lundy cinquiesme, fut .prise la hauteur a midy a trente quatre degrez vingt sept minutes; nord ouest ventoit, petit vent. Le mardy sixiesme, on ne fit pas grand chemin. Le mercredy, encore moins. Le jeudy huitiesme jour de juillet, environ quatre heures apres midy, le vent creut au nordouest, et au ouest; et fismes voile au nordest, et au nordest un quart du nord. Le vendredy neuviesme, la hauteur fut prise a midy, a trente deux degrez cinq minutes, etbonvent sur- ouest, faisant le nordest un quart du nord. Le samedy dixiesme, et le dimanche xi me , calme et le lundy xn mc aussi. La hauteur fut prise a midy a trente degrez sept minutes. Ce jour matin, fut pesche une grande satroulle ayant bien six pie.ds de dia- metre et pouvoitbien contenir un barril depoisson; on en cuisit, mais elle apetissoit au cuire de plus de quatre pieds, et devenoit plus dure que nerf de beuf, et si n avoit pas bon goust, parquoy on jetta presque tout a la mer. 30 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le mardy xm me jour de juillet, nefismes pasgrand chemin, et le vent vint au nordest, et nous fallut mettre le cap au nord nordest. Lemercredy xiv me jourde juillet, la hauteur fut prise a midy avingt sept degreztrois quarts, et fismes notre route au nordouest par contrainte du vent; et la rele- vee,le cap fut mis au nordouest un quart du nord, et calme. Le jeudy xv me , le cap au nordouest et au ouest un quart du nordouest. Le vendredy xvi mc jour, aussi calme. Le samedy xvn mc jour, le cap au nordest; nord ouest ventoit; petit vent. La hauteur fut prise a midy a vingt sept degrez cinquante sept minutes. Le lundy xix mc jour, la hauteur prise avingt cinq degrez et un tiers, le cap au nordest un quart du nord. Le mardy, xx me jour de juillet, la hauteur prise a midy a vingt trois degrez septante trois minutes, le cap au nordouest, et depuis midy en Test nordest. Le mercredy xxi mc jour de juillet, la hauteur a midy a vingt trois degrez quatorze minutes, le cap en Test nordest. Ce jourfut veu grand quantite d oiseaux, parquoy nous estimions estre pres de Pisle Sainct- Laurens dite Madagascar. Le jeudy xxn me , la hauteur fut prise a midy a vingt deux degrez et demy. Ce jour, vent de su ventoit, le cap en Test un quart de nordest, et bon vent, toujours le cap en Test nordest. Le vendredy xxm mc jour, fut prise la hauteur a DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 31 midy a vingtetun degrez et demy; suet su surouest ventoit, la relevee, le cap fut mis en Test nordouest, et le vent vint au surouest qui poussoit assez bien. Le samedy xxiv me , veille de St Jacques, ce temps continua; le soir, environ la seconde orloge du second quart, le vent changea et circuit tout soudain. On vit la mer troublee et on jetta la sonde et trouvasmes terre a six et a sept brasses, et vismes 1 isle de Mada gascar a quatre ou cinq lieues de nous . I. Les Europeans lui out domic ce nom (isle de Saint-Laurent) pour ce qu elle fut decouverte par les Portugulois le dixiesme jour d aoust, jour consacre a saint Laurent par 1 Eglise romaine. D Almeida quicomman- dait un convoi dehuit caravelles, y aborda enl annee 1506. Les capitaines de ces huit navircs s estant embarquez, prindrent leur route de telle facon que le premier jour de fevrier de 1 an mil cinq cens et six, ilz furent porte/ en une terre neutre, de fort grande estendue, chargee de plusieurs espaisses ioretz et abondante en bestial. Puis, ilz descouvrirent dix barquerolles chargees d hommes nuds, bigarrez de diverses couleurs, les cheveux frisez avec arcs et flesches. Ilz s adressent a la navire de Fernand Soarez et montent dedans jusqu au nombre de vingt-cinq ou ilz furent recuz tres volontiers et leur donne on quelques habillemens et a manger. Personne n entendoit leur langaige et se faisoient entendre par signes. Ilz s en retour- nerent fort contens ce sembloit, mais estant un peu esloignez, ilz deliberent de payer leur ecot a coups de flesches. Ceux des navires respondent et les chassent a coups de canon. Histoire de Portugal contenant les navigations et gestes mi iiiorables des Torhigalois... comprinse en vingt limes ,dont les dotizc premiers soul traduits du latin dejerosine Osorius evesque de Syh es par S. G. i. Simon Goulard Senonois;. Paris, 1587, in-8, f. 122. a L isle de Madagascar est une bonne terre, longue de deux cents cinquante lieues, large en aucuns lieux de cent lieues : ily croist force gingembre blanc et y a quelque mine d argent, et aussi de la pierrerie. Les gens y sont ne- gres et vaillans, mais ils sont meschans, et si ne veulent faire train de mar- chandise avecq aucuns estrangers. Le Roy de Portugal y a autrefois eu une faterie oil il avait force gingembre, mais ceux de la terre les ont tuez, et depuis n ont voulu trafiquer aux Portugays, ct qui pourroit y trafiquer, il y 32 DISCOURS DH LA NAVIGATION Le dimanche xxv me , jour St Jacques, nous apro- chasmes de la terre, et toute la nuit, vismes grands feux sur la terre. Le lundy xxvi me , furent envoyez les deux petits batteaux a terre du Sacre et delaPensee; cependant qu ils y estoient, vinrent quatre sauvages de terre dedans un bateau fait d une piece de bois environ de quinze a dix huit pieds de long, et de deux pieds de large environ, de la facon d une navette de tixeran; et quand ils furent un petit pres nous, ils s en retournerent. Les bateaux qui estoient de terre nagerent vers eux, et ils se retirerent en la mer et abandonnerent leur barquette; toutefois ceux du Sacre aviserent une autre barquette qui estoit vers 1 eau de nous, qu ils poursuivirent si bien qu ils prirent deux Mores qu ils amenerent a notre bord, et leur fut donne des bonnets, des patenostres, et du bougran, et puis furent reportez a terre avec un qui estoit venu de terre de bonne veille avec nos gens. Mais pour ce qu il y avoit barre, notre maistre Michel Mery, et le capitaine du Sacre ne voulurent que nos batteaux ne gens aprochassent de terre, crai- gnant les dangers de perdre gens et batteaux; mais un de notre batteau nomme Vasse, et un d un bat- icroit grant profit. Ils ayment bien le ier et toutes autres marchandises qu on mene en Calicut, comme vermilion, vif argent et cuivre. Les gens tiennent la loy de Mahomet, toutesfois n adorent ne Dieu, ne Mahomet, mais la lune. Les voyages avantureux du capilaine Alfonce, Xaiiitongeois. Rouen, Theodore Maillart. 1578, in-4, fo 55. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 33 teau du Sacre nomme Jacques 1 Escossois, tous deux vaillans, gens bien deliberez, demanderent conge d aller a terre a nous, ce qui leur fut octroye ; et eux arrivez la, leurfirent bonne chere et les menerenten leur bois ou ils mangerent de leurs fruits; et plusieurs vinrent avec eux chargez d iceux fruits pour vendre a ceux du batteau. Mais pour ce que nous ne pou- vions aprocher, nos gens s en revinrent a nous, et les sauvages s en retournerent. Leurs fruits dont nos gens mangerent sont de la facon d un melon, ou concambre, et beaucoup plus petits, mais quand ils sont meurs, ilsont assez bonne douceur 1 . Le mardy xxvn mc , vinrent trois ou quatre Mores en une barquette, qui aporterent un chevreau, et de leur fruit dessusdit au Sacre; et on leur donna des bonnets, du bougran, et des patenostres. Le soir, nous partismes de ce lieu, et nous allasmes vers le nord nordest au long de la coste pour trouver lieu I . Ellc (1 ile de Saint-Laurent) a en longueur environ six cens lieues et en largeur deux cens quarante distinguees en divers royaumes. Ceux qui habitant au milieu et avant en pays sont fort idolastres. Les habitans des costez sont mahumetistes pour la pluspart, partie noirs, partie marquez de couleurs, les cheveux courts et crcspus... Le pays est fort fertille, arrouse de grand nombre de fontaines et de belles rivieres d eau douce, couvert de bois et forests espaisses, abondant en poisson, grosse venaison, volailles et fruits qu il produit sans grand labourage, et porte diverses sortes de racines dont les habitans usent comme nous faisons de pain . II y a des citrons ct autres arbres odoriferans a merveilles et y croist un nombre infini de ro- seaux dont le sucre provient naturellement ou est exprime artificiellement. Le gingembre y croist de tous costez. Ils le mangent verd et n ont 1 adresse de le garder sec. Ils ont force mines d argent... En leurs guerres, ils ne sc servoient que de javelots bien faiblcs. Histoire de Portugal, etc., fol. 151. Thevet, dans la description de Madagascar qu il a inseree dans sa 3 34 DISCOURS DE LA NAVIGATION plus facile a descendre, pour avoir des eaux fresches et du bois a cause qu en avions bon mestier. Le mercredy xxvm mc , au matin, furent envoyez les deux petits batteaux de la Pensee et un du Sacre pour voir s il y auroit lieu propre pour apro- cher les navires plus pres et avoir des eaux ; et leur fut bailie quelque quantite de marchandise pour avoir des vivres, et leur fut commande de retourner dire ce qu ils auroient veu, sans s exposer sur la terre; ce qu ils ne firent pas, a cause de lafamiliarite qu ils avoient cue le jour precedent avec les autres Mores Cosmpgraphie, donne quelques phrases do la langue employee pour les transactions commerciales. Elles sont entierement arabes. II a paru, dans le xvn e siecle, plusieurs relations de Madagascar redigees en francais ej en allemand. Je me bornerai a citer les suivantes : Le voyage de Pyrard de Laval en 1602, Paris, 1679, ^ ^ a suite duquel se trouve une note de Du Val, geographe du Roi, sur 1 ile Dauphine. Warhafftige, grilndlicbe and aussfuhrliche, so ivol Historische ah Chorographische Beschreibung der iiberauss reicben, mechtigen nnd weitberubmbten Instil Madagascar sonsten S. Laurentii genandt... durch Hieronymuin Megiseruin, Cburfilrstl. Scicbss. Historiographum, Altenburg in Meissen, 1609, in -12. Relations veri tables et curieuses de I isle, de Madagascar et du Bresil. Paris, 1651, in-4. La relation du voyage de Madagascar de Francois Gauche de Rouen en 1638 a ete recueillie par un sieur Morisot qui y a ajoute un col- loque entre un Madagascarois et un Francois sur les cboses Us plus neces- saires pour sefaire entendre et estre entendu d etix. Histoire de la grande isle de -Madagascar par Etienne de Flacourt, avec la relation de ce qui s y est passe entre les Francois et les originaires decette isle depuis 1642. Paris, 1661, in-4 > Relation du premier voyage de la compagnie des Indes Orientates en I isle de Madagascar ou Daupbine en 166$, par Urbain Soucbu de Rennefort, 1668, in- 1 2 ; Voyage aux isles Daupbine ou Madagascar et Bourbon ou Mascarenne. Paris, 1674 ; Les voyages du sieur Dnbois aux lies Daupbine ou Madagascar et Bourbon en 1669-1670, i6ji et 1672. Paris, 1674, in-i2. On peut con- suiter egaleinent Histoire et Geograpbie de Madagascar, par Mace Deslandes, Paris, 1845, in-8, etles Renseignenients utiles sur Madagascar. Torts et inouil- lages de la cote est de I tle, par E. Laillct. Epinal, 1877. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 35 du coste du su, et aussi que les Mores qu ils trou- verent en celieuleur firent bonne chere, ostansleurs dards et les renvoyans au bois par deux garcons. Nos gens s enhardirent et laisserent leurs rondelles et bastons aux batteaux, et leur donnerent des pate- nostres. Puiss en allerent, le centre maistre du Sacre, Jacques 1 Escossois, et Vasse avec eux; Pollet les suivoit et encore deux autres; ils leur donnoient a entendre qu ils les meneroient ou il y a force zingembre qu ils apellent chdhu, ce que nos gens crurent, et si leur faisoient semblant qu il y avoit des forgeurs d or et d argent sur la terre, pour- quoy se mirent aux bois avec eux; et si tost qu ils ^^ furent un peu dedans, ceux du derriere ouirent la voix de Jacques qui fit une grande exclamation, et soudainement virent accourir le centre maistre et Vasse qui venoient derriere, qui estoient suivis de seize ou dix huit Mores tenans dards en leurs mains. Ceux du batteau firent sonner la trompette afin que ceux qui estoient alles remplir les barillets d eau se retirassent au batteau, lesquels ne scurent si tost venir qu ils virent tuer le dit Vasse et le contre maistre du Sacre nomme Breant, et poursuivirent le demeurant jusques au bord de la mer, tenans deja la chemise du premier qu ils avoient tue, toute san- glante ; et celuy qui la portoit, de depit qu il ne sceut rattaindre le demeurant de nos gens, jetta la chemise par terre et pilla dessus. Puis, retournerent depouil- lerles autres, ct en prirent chacun leur piece; puis les vinrent laver au bord de la mer et s en allerent vcrs 3 6 DISCOURS DE LA NAVIGATION le coste du su. Nos batteaux revinrent bien lard, ct quand les capitaines et maistres sceurent la chose avenue, furent fort courroucez et marris; toutefois, aucuns aporterent graines croissans au bord de la mer aux arbrcs de la forest semblables a cubesbes, ayant quasi goust de poivre; outre plus, ils recueil- lirent de 1 arene d cntre la mer et la riviere, qui sembloit estre semee de petites lumineures on escailles d or ou d argent menu comme du sablon, ct pour ce aucuns disoient qu il y avoit nombre d ar gent. Le jeudy xxix me jour, on fit passer une once de la dite arene par la cendre, ct y fut trouve un grain ou deux d argent fin. Ce jour, fut dite une messe et un Dirige pour les trespassez, et au soir fut delibere de retourner au dit lieu pour avoir de 1 eau et pour voir s il y avoit des mines d argent ou d or. Nostre capitaine et le capitaine du Sacre y vinrent au dernier quart du jour, nos deux batteaux et les deux batteaux du Sacre esquipez de mariniers et arquebu- ziers et avcc des futailles pour 1 eau ; arrivasmes au point du jour a la terre ou il y a une moult belle descente, et de prime face, allasmes chercherles lieux oil nos gens avoienteste tuez : ettrouvasmes Bream enterre hors le bois sur le sablon, enseveli en des feuilles de palmc, ct enfoiry au sablon environ un demy pied ou trois paulmcs, et dessus avoient mis une grosse boisc scche ct plante un roseau au bout de la fosse; nous ostasmes un petit de sablon, pour voir lequel c estoit, etvismes a son visage quec estoit DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 37 Breant; et si aperceusmes aucuns coups qu il avoit en la poitrinc, et dcs coups au visage, puis fut recon vert, et entrasmes au bois pour chercher les autres ; et assezavant dedans, nous trouvasmes Jacques 1 Es- cossois tout nud, couche aux dents, ayant diverses playes par tout le corps; futretourne et luy vismesla poitrine toute pleine de coups de dards et puoit deja fort. Aupres du lieu ou il estoit, nous luy fismes sa fosse et 1 ensepulturasmes dedans. En retournant vers la rive, environ quelque espace de ce lieu, nous trouvasmes Vasse tout nu, couche a dents, perce tout au travers par les reins, si qu on lui voyoit les en- trailles, et plusieurs coups de dards au dos, aux fesses et aux costez; etfut retourne. Les tripes luy sortoient du ventre, et avoit plusieurs coups de dards au col et a la gorge. En ce lieu on fit sa fosse, en priant Dieu qu il luy plust avoir pitie de leurs ames. Cela fait, nous retirasmes vers la fontainc qui estoit vers le nord, environ cent cinquante pas, et y furent menez et roulez nos vaisseaux, lesquels furent legerement em- plis par la bonne diligence de nos gens avec le bon ordre qu y mirent nos capitaines ; amesure qu on les emplissoit , on les conduisoit aux batteaux. Cepen- dant qu on estoit la, fut regardee 1 arene et la mer qui estoit au bord d icelle, qui sembloit toute argentee, fut conclu que c estoit mine d argent par ceux qui se disoicnt a ce connoistre; mais quand nos capi taines 1 eurent bien consideree, le temps et le coust qu il y faudroit mettre pour en avoir quantite, ils trou- verent qu il y auroit plus de perte que de gain; par- 38 DISCOURS DE LA NAVIGATION quoy fut conclu de ne s y plus arrester. Et cependant que nous estions a emplir nos vaisseaux, nous aper- ceusmes dans le has, surlamontagne, quatre ou cinq negres du pays et un More blanc qui portoient chacun une dardille ou deux, ayant le fer long, plat et aigu, bien poll, qui par ce nous montroient vers le lieu ou nos gens avoient este tuez; et nous, refai- sions signe de 1 autre coste, mais nous n avions nul qui les sceust entendre, et aussi qu ils n entendoient point le Portugais. Us s assemblerent a la fin jus- quesau nombre de neufou dix, et aprocherent tou- jours au long de la montagne branlant leurs dar- dilles. On tira vers eux plusieurs coups d arquebusc, mais ils ne s en effrayerent et n en bougerent de leur lieu, parquoy nous estimions qu ils ne sca- voient que c estoit d artillerie, ainsi qu en apres ils le montrerent assez bien. Car sitost que nous retirasmes vers les batteaux, ils accoururent de toutes leurs puissances apres nous, pensans en trouver quelqu un escarte derriere; mais nous estions deja dans les bat teaux, avant qu ils fussent arrivez aubord de la mer; et s efforcerent de jeter leurs dards jusques dedans le petit batteau du Sacre qui estoit pluspresde terre; et combien que tous les arquebusiers tirassent vers eux, ils n en faisoient compte, et si n y en cut pieca frape. On tira un coup ou deux de passe-volant, mais point ne s en effrayerent; toutefois le Flament du Sacre, en laschant un passe-volant, en frapa un par la cuisse, qui s acroupit tout en un monceau, et les autres esbahis vinrent voir que c estoit; puis DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 39 retournerent vers nos gens pour jetter leurs dards. Mais Ton tira encore un passe-volant dont ils eurent peur, et un d iceux prit son compagnon blesse et le chargea sur ses espaules, puis prit la fuite vcrs le bois. Mais le Flament du Sacre tira encore un coup de passe-volant apres eux, dont plusieurs dc nos gens disoient avoir veu traper par le dos et abbatre celuy qui estoit navre et celuy qui le portoit; toutes- fois, je le vis choir et non point relever, et les autres de la bande s escarterent. Et en nous en retournant a bord, vismes venir une bandc de sauvages qui venoient par dessus le sablon du coste du su nous retrouver a bord : fut conclud entre nos capitaines et maistres de quitter ce lieu au premier vent ser vant. Et le samedy matin dernier jour de juillet, le vent vint au sur surouest, et fismes voile au ouest nor- ouest, et passasmes plusieurs banes a quatre, a cinq, a six, et a huit brasses. A midy, a dix lieues de la terre, fut prise la hauteur a dix neuf degrez justes, selon la declinaison des Portugais. Et environ midy, vismes plusieurs banes venans de quelques costez, que Ton estimoit banes du commencement, mais ce n estoient qu herbes et ordures; et vers le nord, envi ron sept a huit lieues, on voyoit de grands brisans que Ton estimoit banes ou battures ; et si on vit de la hune une isle ou deux, et vers le soir, nous en vismes sept, et ancrasmes aupres de lasixiesme; et entre ces isles, et bien cinq ou six lieues outre, sont plusieurs banes et battures. 4 o DISCOURS DE LA NAVIGATION Le premier jour d aoust, jour St Pierre et di- manche, nous descendismes en la cinquiesme isle nommee par nos capitaines, FAndouille, a cause qu elle est longuette et grosse; et y fut dit la grand messe sans consacre, et y passasmes le demeurant de la journee a 1 ancre. Le lundy deuxiesme jour d aoust au matin, nous dehallasmes, et fut mis le cap a ouest, et jusques a midy fut toujours envoye le petit batteau au devant avec la sonde, et trouva-t-on encore plusieurs banes ctplastieres, jusques environ sixlieues de la sixiesme isle, ou nous avions ancre, et la compagnie de toutes ces isles furent nominees les isles de Crainte, a cause des craintes qn elles nous donnerent; et chacune a son a part fut nommee d un nom propre : la pre miere prochainedeterre ferme, 1 isle Majeure; la deu xiesme, 1 Enchainee ; la troisiesme la Boquillonne; la quatriesme PUtile ; la cinquiesme isle St Pierre ; la sixiesme PAndouille; la septiesme 1 Avanturee, et le lieu ou nos gens furent tuez, le cap de Trahison 1 . Le soir, fismes petite voile au ouest nordouest. i. Ces iles, situees au sud du bane Pracel ou bane de Sandes Parcelar, sent petites, basses et couvertes de broussailles. Elles portent aujourd hui les nomsd iles Dalrymple, Hosburgh, Beaufort, Flinders, Woody et Smyths ou ile du Nord. Les banes et les reeifs qui les entourent sont decritsdans les Renseigneinents nautiqites sur qudques iles {parses de I Ocean Indien Sud, rediges d apres Us documents les plus recents. Paris, 1879, P a o es 162-163. Thevet donne a ces ilesle nom d Aprilocchio. Ce rivage (de Pracel) est tout charge de rochers et vient s engoulfer ici la riviere de Pracel, le long de laquelle est assise la ville de Pontane vis a vis des isles qu on nomme Aprilocchio. Non loing dela, est le promontoire de Barde : au long d iceluy gisent cinq ou six pointes jusques aux basses et sablons dudit Pracel qui DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 41 ^S Le mardy troisiesme jour a midy, ilcalmoit, et la\ mer grosse et fascheuse, et fut nominee la mer Sans Raison. Et est a scavoir que depuis que nous com- mencasmes a doubler le cap de Bonne Esperance, les gens de nos navires commencerent a devenir las, faillis et vains, ayant maladies de reins, et aucuns aiguillons de fievre; autres avoient mal de jambes qui se faisoient comme par taches meurdries de gros sang; et aucuns avoient les jambes et cuisses cou- vertesde pourpre, sans les autres maladies qu aucuns avoient gagnees par leurs merites en nostre terre avant que partir, comme la verole et les poulains, dont je me tais. Le mercredy quatriesme jour d aoust, la hauteur fut prise a midy, dix sept degrez et demy; le cap fut mis le demeurant du jour au nord nordouest, et la nuit au nord. Le jeudy cinquiesme jour d aoust, la hauteur fut prise a midy a seize degrez. Ce jour, se montra au soir des nuees en cinq ou six endroits, aucunes pieces de la nue descendants vers 1 horison de la mer en la maniere d une chausse a ypocras, la pointe en bas; et puis s alongerent longues et greles, tenant toujours a la maistresse nuee, dont nos gens eurent peur, craignant que ce fussent puchets ou tiffons; mais cela ne fit autre chose, et aussi ceux qui ont s estendent jusques au port de Guarc, le premier par moy mis en avant. La Cosmographie universdle d Andre Thevet cosmographediiRoy. Paris, 157 5, iu-fol, tome I er , livre III, fol. 105. 42 DISCOURS DE LA NAVIGATION veu des puchets disent qu ils se forment autrement, et que la pointe monte en haut et le large demeure en la mer., et que la pointe s acrochue, et se tient sucant et attirant 1 eau. Le vendredy sixiesme jour d aoust, jour de St Sau- veur, la hauteur fut prise a midy a quatorze degrez trente deux minutes. Apres midy, le cap fut mis au nordouest, vent derriere ; la longitude a cinq degrez de 1 occident. Le samedy septiesme jour, la hauteur fut prise a midy a treize degrez vingt cinq minutes, et selon la declinaison de M e Pierre Mauclerc treize degrez quarante minutes. Le cap fut mis en Test nordest, et au soir en Test, et bon vent surouest. Ce jour, ceux du Sacre prirent un marsouyn, dont ils nous don- nerent un quartier. Le dimanche huitiesme jour d aoust, nousvismes une des isles d entre Madagascar et Mosanby; la nuit, nous navigasmes a coste de la dite isle et nous es- chapa 1 . Le lundy matin, nous vismes une autre isle assez i . L ile de Mahore ou de Mayotte, la plus sud des Comores, au sud-est d Anjouan dont elle est separee par un chenal large de vingt-neuf milles. L ile est remarquable de tous les points de vue, parce que sa surface est tres accidentee. Elle est traversed dans toute sa longueur par une chaine de montagnes... Son sol, d origine volcanique, est inegal, onduleux et forme d une couche vegetale assez epaisse et d une grande fertilite, qui atteint par endroits une profondeur de quinze mitres. En s approchant de la mer, le terrain s abaisse assez brusquement et se termine dans la plus grande partie de Tile en marais fangeux reconverts de paletuviers noyes a la maree. Renseignements nautiques sur quelques iks eparses de I ocean Indien Sud. Paris, imprimerie nationale, 1879, page 187. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 43 grandc que nous aprochasmes, et fut envoye le bat- teau pour voir s il y avoit ancrage, lesquels virent une ville et plus de cinq cens hommes qui venoient vers eux, leur faisans signe de deux pavilions partis de blanc et de noir, et estoient vestus et grands hommes; mais il n y avoit point d ancrage. La nuit, nous derivasmes pour doute d une pointe, et pour nous mettre a 1 abry, et ceux de terre faisoient grands feux. Le mardy dixiesme jour, a midy, fut prise la hau teur a douze degrez au su de la ligne, et notre bat- teau alia a terre pour scavoir s il y avoit ancrage pres ? pour ce qu il n y avoit point de fond ; mais a cause des rochers et des brisans, ils ne purent aprocher de terre pourdescendre; parquoy deux de nos gens, Rene Pavian et Guillaume d Eu, y allerent a nau, et ceux de la terre n osoient aprocher; dont pour les aprivoiser, le Portugais du Sacre leur fit ruer une de ses chemises ; et apres qu ils eurent la dite che mise, ils luy aporterent une coque de palme comme la teste, et en allerent cueillir encore d autres qu ils donnerent a nos gens pour des bonnets et pour des cousteaux. Mais parce qu ils voyoient nos gens libe- raux de bailler leurs besognes, ils tenoient leurs drogues plus cheres; et quand nos gens furent re- venus, nous exploitasmes le soir et fismes petite voile en Test un quart du nord est, et petit vent. Les gens de cette isle sont noirs et ont barbe de moyenne grandeur comme nous; ont deux langages, et qui eust eu truchement du pays, chacun estimoit qu on y eust trouve tout plein de biens, car plusieurs disoient 44 DISCOURS DE LA NAVIGATION que la elite isle estoit assez semblable a 1 isle de Madere en grandeur et en facon, et semble fort abondante en fruits. Cette isle est haute au milieu et a toujours nuees espaisses sur les montagnes, si qu on voit au- cunes fois le coupeau de la montagne au dessus des nuees. En deux jours que nous fusmes entour cette isle, toujours yestoient nuees, si qu ils couvroient la pluspart de 1 isle, le plus espais au milieu et ne pou- voit on bien voir le coupeau des montagnes, dont nous estimions que c estoit d ou venoit la moiteur qui reverdissoit la dite isle. Car nos gens virent de 1 eau abondamment qui descendoit de la roche d en haut, et cheoit comme dedans un vivier. Us en em- plirent un barilletou deux; mais ils virent descendre de la montagne d autressauvages; parquoy ilseurent crainte et se retirerent au batteau 1 . Le mercredyxi me jour d aoust, fismes voile en Test un quart du nordest. Le jeudy xn me aussi; le fils de Pontillon, apres avoir este malade deux ou trois mois de quelques apos- tumes qui luyestoient venus en la tete, mourut; et pour connoistre dontcelapouvoit estre venu, lecapi- i. L ile d Anjouan on Johanna. Au centre de 1 ile s eleve un pic conique d une hauteur de 1578 metres. Sauf le matin, il est rare qu on le voie, cache qu il est paries nuages. La ville d Anjouan. que I onnomme egalement Moussamoudou, est situee sur la cote nord au fond de la bale. Anjouan est gouvernee par un sultan independant, qui reside dans la ville de la cote du nord. En voyant cette ile de 1 ouest, le capitaine Nolloth 1 a justement com- paree aux gradins d une ecole, car elle forme une succession de pics s ele- vant les uns derriere les autres, qui tous, y compris le pic d Anjouan, sont boises jusqu au sommet: Renseignements nautiques, etc., page u. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 45 taine fit taire une anatomic, et luy couper la teste tout a 1 entour jusques aux oreilles; et luy fut trouve ) sur la cervelle une grosse apostume pleine d ordure et de noir sang, fort puante qui avoit deja pourri 1 os de la teste par dedans. Apres il fut enseveli a la mode mariniere. Dieu en ait 1 ame! Lc vendredy xm me jour d aoust, nostre masterel sur le beaupre rompit. Ce jour mesme, un Breton nomme Jean Dresaulx, lequel avoit langui un mois ou deux, mourut; et fut ouvert pour voir dont luy venoit le mal, et fut trouve qu il avoit le poulmon fort empire, et avoit le creux du corps tout plcin d eau rousse tirant a jauneur, et avoit une grosse apostume en la jointure du genouil dessous le petit os qui meut, qui n aparoissoit point par dehors. Ce jour, fut la hauteur prise a midy a dix degrez et demy. Le xiv mc , jour d aoust, veille de 1 Assomption le cap en Test nordest, le vent suest. Le dimanche xv me , jour de 1 Assomption, la hau teur fut prise a midy a huit degrez trois minutes ; le soir le cap fut mis a Test; su suest ventoit. Le jour depuis 1 Assomption xvi mc jour d aoust, la hauteur fut prise a midy a sept degrez quatorze minutes, et selon la declinaison M c Pierre Mauclerc a sept degrez vingt minutes ; et fut mis le cap en Test suest; su ventoit. Le mardy xvn mc jour d aoust, est suest ventoit, et fismes voile au nordest un quart de Test, et petit vent. 46 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le mercredy xvm me jour d aoust, faisans voile au nordest, la hauteur fut prise a midy a six degrez trois quarts, et selon la declinaison nouvelle, sept degrez et unze minutes. Le jeudy xix me jour d aoust, fismes voile en Test nordest; suest ventoit. Le vendredy xx mc jour d aoust, la hauteur fut prise a midy a cinq degrez dix minutes, et selon la declinaison a cinq degrez seize minutes. Suest ven toit, et avions le cap en Test nordest. Le samedy xxi me jour d aoust, le cap en 1 est un quart du nordest, le vent su, la hauteur a midy quatre degrez deux tiers, et selon la nouvelle decli naison, quatre degrez vingt six minutes. Et le dimanche xxn me , le cap en Test, -la hauteur trois degrez et demy. Le lundy xxni mc jour, le cap en Test suest, suf- ouest ventoit; la hauteur prise a midy a trois degrez et demy. Le mardy xxiv me jour d aoust, faisant cette route, la hauteur fut prise a trois degrez et un tiers; et faut noter que depuis le jeudy de devant, avions trouve une mer belle et pacifique, et combien que fussions a unze degrez et un quart pres du soleil, si n y faisoit il point grand chaleur; et le temps estoit fort bien modere. Le mercredy xxv me , fismes le dit suest; surouest ventoit. Lc jeudy xxvi mc , faisant cette route, la hauteur fut prise a midy a trois degrez et un tiers. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 47 Le vendredy xxvn me faisant cette route, fut la hauteur prise a midy a trois degrez, et calme. Le samedy xxvm mc , calme ou bien petit vent sur- ouest, le cap en Test suest. Le dimanche xxix me , lecapen 1 estun quart du suest. Le lundy xxx mc , semblablement, su ventoit. Le mardy xxxi me , la hauteur prise a midy deux de grez un quart. Le mercredy premier jour de septembre, fismes la route en 1 cst un quart de suest, su un quart de sur- ouest ventoit. Le jeudy deuxiesme jour de septembre, faisions Test suest; su ventoit, la hauteur fut prise a midy a un degre de 1 equateur en la partie du su. Le vendredy, au suest un quart de Test, le vent au su ; la hauteur fut prise a midy a cinquante quatre minutes de 1 equateur en la partie du su. Le samedy quatriesme jour, de septembre, la hau teur prise a midy a quarante sept minutes; le vent au sur surouest, le cap au suest un quart de Test. Le dimanche cinquiesme, fismes cette route et sem- blable vent. Le lundy sixiesme jour, fismes le dit suest fran- chement. Le mardy septiesme jour de septembre, faisans cette route a midy, la hauteur fut prise a nul degre, sous la ligne; et me faisois pres de 1 archipelague de Calicut, a vingt cinq lieues ou environ de la deu xiesme isle du bout de devers le su, nous attendant en Test nordest. 48 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le mercredy jour de la Nativite Notre Dame, un de nos canonniers mourut, nomme Binet. Ce jour, la hauteur fut prise a midy a deux tiers de 1 equa- teur au coste du nord. Ce jour,fismes voile au suest; le vent au surouest, et selon mon estime, estions par le travers des isles de PArchipelague, et nous demeu- rions a dix lieues au nord vers la terre. Le mardy, neuviesme jour, vent semblable. Et le vendredy, depuis midy, calme. Le samedy, plus calme. Et le dimanche xn me jour de septembrc, plus calme. Le lundy au soir xm me jour, mourut le rouppier 1 de notre Pensee nomme Pierre le Conte d Aust 2 ; et mourut tout sec et etique de la gorre, et fut plus de trois semaines sans manger. Le mercredy xv mc jour de septembre, petit vent surouest, le cap en Test suest, ou au suest. Le jeudy xvi me jour, fut la hauteur prise a midy, et estions a deux degrez au nord de la lignc, le vent se creut un petit sur le midy et ventoit surouest, et avions le cap au suest. Le vendredy xvn mc , le vent se crcut et fismes voile au suest un quart du su ouest; surouest ventoit. Ce 1 . Rouppier ou roppier, de Panglais rope, etait le nom sous lequel on designait le maitre ou le matelot charge de Pentretien des amarres et des cordages. Le texte de M. Estancelin porte tardape, qui nepresenteaucun sens. 2. II est nomme Pierre Lecomte duns Pedition de M. Estancelin. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 49 jour mourut un Sannais 1 nomme Guillemin le Page marinier et bon homme, lequel avoit longuement langui du mal de jambes, des reins et de Festomac. Le samedy xvm me jour de septembre, environ sept heures du matin, nous avisasmes plusieurs isles et fut prise la hauteur a midy, et estions droit sous la ligne; et pour ce que nous ne sceusmes doubler les dites isles, a cause que le vent nous estoit escars et avions le cap au suest, parquoy nous relachasmes au ouest surouest. Et la nuit, eusmes force pluye et grand vent. Le dimanche xix me fismes voile au suest et aussi assez bon vent a boline et disions ces isles Farchi- pelague d aupres Calecut et Common 2 , et estions nord et su. Le lundyxx me jour au matin, furent avisees six ou sept isles au ouest et au surouest de nous et au su, et fut la hauteur prise a midy et a demy degre au su de la ligne; et ainsi que cuidions a aborder une des dites isles 3 , le vent nous fut contraire et nous fallut 1 . Sannais, natif de la vallee de la Saane. Au lieu de un Sannais, le texte de M. Estancelin donne un cinape. 2. Le cap Comorin. 3. La petite ilesitueea un demi-degre 1 au-dessous de la ligne est celle qui porte le nom de Atoll Pouwa Moloku. Elle est appelee Poua Mollucquc par Pyrard de Laval ct designee fautivement sur la carte de Horsburgh sous les mots de Atoll Pona Molubque. Les lies Maldives (Malaya Dwipa, les mille ties) sont divisees en dix-sept groupes s etendant depuis 1 equateur jusqu au huitieme degre nord. Un certain nombre d entre elles sont fertiles et bien cultivees ; les habitants professent tous la religion musulmane. W. Hamil ton, Statistical and historical description of Hindustan. Londres, 1820, in-4, tome II, pages 299-301. L ile oil aborda Parmcntier est marquee sur la carte dite de Henri II et 4 50 DISCOURS DE LA NAVIGATION relascher ; et ne cessasmes jusques au vendredy en- suivant de lofuyer pour en atraper quelqu une. AJais quand nous cstions pres, nous ne trouvions point d ancrage; puis venoit vent contraire et pluyes jusques audit vendredy que trouvasmes une isle verte et bien plantee de palmes contenant une lieue ou environ. Jean Masson prit nostre petit batteau et descendit a terre, et aussi fit le batteau du Sacre. Ceux de terre leurfirent bonne reception et leur presentment leurs fruits de palmes et defigueslongues; etjean Masson nostre truchementleur donna deux cousteaux et des miroirs et quelque petit de mercerie; et ils luy firent present pour le capitaine d une petite charrette arti- ficiellement faite d une piece qui se plioit en deux, et aussi envoyerent au capitaine, entre deux feuilles d arbre, environ deux ou trois livres de sucre candi qu ilsnommerentZagre, qu ils font des dites palmes, et environ un quarteron ou demi cent de pelotes de gros sucre noir, qui est tire d avec le dit sucre candi, que M. Jomard a reproduite dans ses Monuments de geographic ou recneil d amiennes cartes europeennes et orientales, in-fol. Elle est designee sous le nom de la petite Molucque. Le navire Je Cor&mabordduquel etait embarque Pyrard de Laval fit nau- frage,le ie r juillet i6o2,sur lesrecifs de