GIFT OF HORACE W. CARPENTER RECUEIL DE VOYAGES ET DE DOCUMENTS; , POTR SERVIR A i : HIST O IRE DE LA G HOG,R APtfli^ "** Depuis le xin e jusqu a la fin du xvi e si^cle . LE DISCOURS DE LA NAVIGATION DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER i>" DE DIEPPE Voyage a Sumatra en 1529 ^Description de I isle de Sainct- f Dominigo Publi^ par M. CH. SCHEFER, MKMBRU DE L I>STITUT PARIS HRXEST LER-OUX, EDITEUR 28, RUE BONAPARTE, 28 M.D.CCC.LXXXIII RECUEIL DE VOYAGES ET DE DOCUMENTS pour servir A L HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE T)epuis k XIII jusqiia la fin du XVI siecle P U B L I li Sous la direction dc MM. CH. SCHEFER, membre de 1 Institut et HENRI CORDIER IV LE DISCOURS DE LA NAVIGATION DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER, DE DIEPPE IMPRIM A AXGERS, CHEZ BURDIX ET c . RECUEIL DE VOYAGES ET DE DOCUMENTS POUR SERVIR A L HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE Depuis le xm e jusqu a la fin du xvi e sicle DISCOURS:,: DE LA NAVIGATION DE DE DIEPPE Voyage a Sumatra en Description de risk de Samct jr Dominigo Public par M. CH. SCHEFER, MEMBRE DE I. lNSTlTUT PARIS ERNEST LEROUX, EDITEUR . RUE BONAPARTE, 28 M.D.CCC.LXXXIII G-50 LJNEA DEL E Q__V I INTRODUCTION 778219 INTRODUCTION Jean Tannentier, ne a Dieppe en 1494, fut I un dcs homines les plus distingues do cette pk iade de navigateurs et de poi lcs qui brilla en Nonnnndie d un si vif eclat pendant la premiere moitie dn XVP siecle. II etait plus connn jusqu d ces dernieres annees par scs travaux litte- raires et ses compositions poetiques que par les voyages lointains qu il entreprit pour le compte dn celebre armateur Jean dingo 1 . Pierre Crignon,qui raccompagnadans toutes i . M. Estancelin a public en 1832 dans ses Rccherches sur les voyages et decouvertcs des navigateurs Normands en Afrique, dans les Indes oricn- talcs et en Amerique, la relation du voyage de Parmentier a Sumatra. M. Vitet en a extrait les passages relatifs a la reldclie du Sacre et de la Pensee a Madagascar et aux Maldives et au sejour a Sumatra et il les a insc rcs dans le vo lume qui contient I liistoire de Dieppe. (Histoire des anciennes villes de France, tome II, pages 6j-m. M. Margry dans les Navigations franchises et la revo lution maritime du xiv e au xvi e siecle (Paris, iS6j)a consacre quelques pages a Parmentier dans le chipilre intitule Le chemin de la Chine et les pilotes de Jean Ango, pages iSj-222. L arlide de la Biograplne Unii crseUe ii INTRODUCTION ses navigations ct I assista dans ses derniers moments sur la cote de Sumatra, partageait son gout pour les belles- lettres, el il ncus rend de son merite cepredeux temoignage : El brief, son gentil esprit estoit toiisiours occupe a quel- que ccuvrc de vertu ; il desitoit fort I onncnr en toiites choses. Parquqy il prenoit labeur et s esforcoit defaire plus, ct de sunnonter tons aultres en toutes les choses dont il sc dcmentoit. Et combien qu il n ait pas beaucoup haute les cscollcs, si toutesfois estoit-ilcognoissant en pliisieurs sciences que le grand precepteur et metis tre d escolle, par grace infuse, luy avoit eslargi. Cestoit, ajoute-t-il, tine perle en rhetorique francoise et en bonnes inventions tant en rithinc quen prose. II a compose pliisieurs chants royaulx et ballades et rondeaux exaltes en Tuy, pliisieurs bonnes et excellentes moralites de farces et sermons joieulx et en grande quantite. Jean Tarmentier fut, en cffet, Lanreat des Talinods de Rouen en 1517, 1518 et 1528 . II gagna le chapeau au Tuy de I Assomption Notrc-Dame a T)ieppe en 1520, sous Robert Pigne, pour avoir compose un chant royal, et en 1727, sous Robert Le c Bouc, il recut la couronne pour inexact. M. Eyries qui I a rcdige, s est borne a copier les quelquesrenseignemeni.; donncs par Deuiarquets dans ses Mcmoires chronologiques pour scrvir a 1 his- toire de Dieppe et a celle de la navigation frangoise. Paris, 1785, tome /, page in. i. Ball in, Palinods, dans le Recucil dc 1 Academie de Rouen (annee 1843) T. XXX7I, page 48. Ballin, suite a la notice sur les Palinods, pages 13-15. Deuxieme suite, pages 26 cl suivaiiles . INTRODUCTION 1:1 un ciiilre chant royal dont je m citcrai qnc cc premier vers : Sitr F Ocean grosse mer mondaiuc. II avail, en cctte meme annce, compose line momerieponr cele brer la paix conclue entre Francois T et Henri Fill. David Assclim en a donne nne description detaiUee tiree d nn memoire qu il avail entre ks mains ; il reprodnit Jes devises en vers ecrites sur des tableaux portes par Samson, Cincinnatus, Aristote, Cidron, Enclide et Tnbal qni fign- raient dans k cortege ainsi qne Godefroi de ^Bouillon, David, Josne, Judas Macchabe, Hector, Jules Cesar et Alcxandre. Arrive^ au lien on la momerie se devait faire, dit ^Asscline, I Honnenr et la Vertu recilercnt im dialogue en vers pour celebrer la paix et le bonhcnr qnc faisaient esperer 1 amitie scellce entre les rois de France et d Angleterre. On etait venu de Rouen, de Paris, d Abbe ville pour assist er a cette representation . La meme annce, le jour de I Assomplion, Tarmentier faisait representer la moralite a dix personnages, imprimee par les soins de Crignon en i^i .En 1528, ilpubliait la 1. Les Antiquitez et Chroniques de la ville de Dieppe, par David Asseline, prestre, p- .bliees par MM. Hardy, Guerillon et I abbe Sau-rage. Dieppe, 1874, tome I, [ages 224 et siii-vantes, 2, Moralite tres excellente a Phonneur de la glorieuse Assumption Nostre- Dr.me, c est assavoir : Le bien naturel, le bien gracieux, le bien vertueux, la bien parfaicte, la bien humaine, les trois filles de Sion, le bien souverain, le bien triumphant, composee par Jan Parmentier, bourgeois de la ville de Dieppe. Et jouee audict lieu le jour du puy de ladicte Assumption, Fan de iv INTRODUCTION tradiiction de FHystoire Catilinairei de Salhtsle et il hi dediait a Jean Ango aiiqitd il fait savoir qn il na d antre but en lid offrant son travail que de Je distraire tin moment dc la vigilante solicitude snr ks affaires pnbliques de ceste ville de Dieppe, et qne non obstant I expiration dn temps en quay tn as este gonvernenr et conseiller d icelk, ayes fervcnteuient tousionrs persiste et persistes ay vaqner jonrncllement, et de mienlx en miculx, a I honncnr du T^py nostre sire, proffit et ntilite des manant^ et habitans d icelle. A la ineme epoqnc, il recevait, au Tny dc la Conception de Notre-Dame de Rouen, le lys pour nn chant royal commenc.ant par ce vers : Par le hault del en sa creation. Cest probablement en cette annee 1528 que Parmcntier passa par Poitiers oil il comptait voir Jean Bonchct. Les deux poetes m purent se rencontrer. Bouchet adressa d Tarmentier la missive qui suit : grace mil cinq cens vingt-sept. Maistre Robert Le bouo, Baillif de la dictc ville, prince du puy et maistre de la dicte feste pour la troisiesme annee. Cette mordlite a ete reimprimee en 1839 ^ ans a collection Silvestre. i. L Hystoire Catilinaire composee par Salluste hystorien remain et translated par forme d interprctation d ung tres bref et elegant latin en nostre vulgaire francois par Jan Parmentier, bourgeois et marchant de la ville de Dieppe. luiprime par Synwn Dnloys pour Jean Pierre de Tours. Le privilege donne a Paris, le i-j jinn 1528 est signi : Par le Roy, a la relation du Conscil, Riviere. In-4, $6 feuillets. II en a paru en 1536 line edition in- 16 qui se vendait ct 1 enseigne de Saint-Nicolas. INTRODUCTION v EPISTRE XLIII EPISTRE DE L ACTEUR A MAISTRE JEHAN PARMANTIER, ORATEUR DE DIEPPE, LORS PASSANT PAR POITIERS Va lettre, vet soubdaln par brief sentier, Tc presenter au seigneur Permanficr. Courrouse suis, poete altiloquent , Historian, orateur eloquent, Dont tu nepuysfaire cy demonre e, Pour veoir celuy dont la plume doree A tant ecrit, tant en prose qu en vers Si beaulx traicts^ eloquens et Olivers One ce porteur de ta grace benigne M a mis en main, on chose si tres digne De gloire et lo^fai veu que de deux moys Asse^ louer Vouvrage ne pourroys En merciant la tienne seigneurie T)ont luy a pleu ton art d oratcrie A moy montrer qui tout ignorant suis. Mais cela vient comme penser je puis De ta bonte qui a s$avdr excite Les apprentis comme Tulle recite ; Plus nen auras, car dujour le bout chet Forsqueje suis ton serviteur Bouchet. Void la reponse de Parmentier : EPISTRE XLIIII RESPONCE DUDICT JEHAN PARMENTIER AUDICT BOUCHET N arrcstc Id Ire, en cheuiin ne en voye, Tant que Boucbet entre tes mains tc voye. VT INTRODUCTION Pere conscrit mi scnat d* eloquence, Dont les propos de haute consequence Out decor e. le langage francois Par ton s$ avoir bien eslcu dung franc ctoi::, Mon cueur est triste ct a dnc il importun Queje nay eu quelque ieuips opportun Pour captiver soub^ l\nnbre de ta grace OueJque raison scntencieuse ct grasse Pour illustrcr mon mcditatif dos En qui sf avoir nest pas trop bien enclos. Mais Dieu ctydant sou^ attente espere e Viendra Je temps ct Fbcure desirec One nous verrons plus gralieitx loisir A contenter 1 ung ct Faultre dcsir Et moy qui suis ires desireux dapprendre Lors je pourray de toy quelque fruict prendre En demourant ton scrvitr.nr enticr Et escolier petit Jean Parmcnticr . Dans le cows de son voyage a Sumatra, Tarmeutier avail commend la tradnction de Jugurthe ; il comp- tait y met Ire la dernier e main a son ret our en France ct la dcdier au Roi. Dans la derniere periode de la traversec, les privations et les maladies avctient ebranle le moral des equipages de la Pensec et du Sacre : Voyant , dit Crignon, plusienrs de ses gens desplaisants et fasclm d cstre i. Epistrcs morales et familieres du Traverseur. A Poictiers, clic^ Jacques Soncbet a I imprimerie de la Celle et devant Us Cordeliers, et ci Venseigne du Pelican par lehan et Engnilliert de Marnef. i $43, in-fol., tome II, folio XXXIII v. INTRODUCTION vn sur U uier si loiigtcmps, dont il y en avail largement de repentants par un regret des alses passees, il a compose un petit traictc on exortcttion contcnant les mcrvcilJcs dc Dieu ct la dignite dc I ljomme pour leur donncr cueur dc per- sister ct sesforcer a parfaire la dictc navigation oil il a estc tousioiirs bicn obey et revere dc scs gens. Lcqnel iraictc avcc ung chant royal par luy compose sur la Patenostre, en manure de paraphrase prcmicrcmeut et dcvant tonics aultrcs sera id mis com me la plus belle piece et le plus excellent chapitre de tonic la description. La traduction de I histoire de la conjuration de Catilina est le seul ouvrage que Parmentier ait public, mais Yannce mcme de son rctonr en France, Crignou faisait imprimcr les poesies composes par son ami pendant son dernier voyage, et qu il avail pieuscmciit recueillies; il y ajontait la moral ite a dix persouiiages rcpr esc nice a Dieppe le jour de I Assomption de I au 1527 ct sa de pJoraiion sur la mort des deux freres Jean et Raoul. Tclles sont les ocuvres litieraircs dc Jean Parmentier \ i . On trotive des chants royaitlx dans les manuscrits sitivants conserves a la Bibliotbeqiie Nationale. Collerta ex nggere prope immense exquisitiora carmina rythmica lege et vernaculo idyomate compacta que ad Christipare virginis oras solennes, omnis clapsis allata sunt. Sunt autem huiusmodi regales quos vocant cantos, ballade, item rotundelli ; postremum occupant locum epigram- mata lingua latina. Mss. fr. 2205, foL 37 et 108. Chants royaux et rondeaux, ancien vianuscrit d Antoine Lancelot, 2202, fol. 77. Desmarqiiets, qui parle des talents litteraires dej. Parmentier , dit qn il a ete un grand mathematicien et un excellent niarin... 11 a donne encore pi u- sieurs poesies et la premiere niappemonde de la terre entiere. Memoires chrono- logiques, tome II, page 10. vni INTRODUCTION Elks jouissciient pannl scs conicmporains d une haute cstime. Nous avons rapporte Ics lonanges emphatiqucs de Jlouchet ; tin autrc aiiteur dn XVI C siecle, normand comme Tannenticr, Tierre dn Val, n hesite pas a le placer ainsi que Crignon, an nombre des meilleurs poet esfr annals . Dam / Avis aux lecteurs benevolez place an commencement de son Puy du souverain amour, il fait connaitre I ori- gine et I organisalion de ce concurs et il ajoute ces mots : La nimphe de bonne renommee parvenue aux Champs- E sly sees faict son debvoir de semondre les poctes et oratenrs francoys en ces lieux transferee, comme maistre Attain Charretier, Le Moyne de Lyre, Greban, lehan de Meum, de Loris, Georges 1 adventnrier, Mesclrinot, Cretin, lelmn Marot, Permentier, maistre Thomas le Prevost, lelmn le Maire, Crignon et autres excellents facteurs, qiiasy emer- veille^ des entreprinses des facteurs de ce temps present 1 . La Croix du Maine se borne a citer le recueil des poesies de T>ar men tier dont Crignon a fait imprinter le texte, et an XFIII e siecle I abbe Goujet lui a consacre dans sa Bibliothcque francoise 2 ime courte notice dont les details sont exclusivement tires de / Epistre de Jean Bouchei et du prologue place par Crignon en tete du volume public en 1531. Les voyages de Parmciiticr ct ses traiwix comme cosnw- 1 . Theatre mystique de Pierre Du Val et des libertins spirituels de Rouen c.u XVP siecle, public, par Ernile Ticot. Tan s, 1882, pages 89-90 . 2. Bibliotheque francoise ou histoire de la litterature francoise par Table Goujet, tome XI, page 338. INTRODUCTION ix graphe meritcnt autant que scs compositions litteraires d attirer et de fixer I attention. II estoit, dit Crignon, Ion cosmographe et geographe, et par luy ont este compose^ phisienrs mappes mondes en globe ct en plat et plusieurs cartes marines sur lesquelles phisienrs ont navige seure- nicnt. Si nous nous en rapportons au temoignage de Savary, Jean Tarmeniur anrait en 1520 conduit des navires de Dieppe en Amcriqne, et il serait k premier Franfais qui anrait aborde au T^resil 1 . Outre ce voyage, il await etc a Terre Neuve, aux Antilles, a la cote de Terre Fenne et a cclle de Guinee*. En 1528, il proposa d Jean Ango une expedition d Sumatra et aux Moluques, et son projet etait mcine de pousser jusqu d la Chine. II voulait avoir I honncur d etre le premier navigateur fran^ais qui anrait explore les lies de I ocean Indien et none des rela tions commerciaks avec les conlrees dont les Portugais 1. En 1520, trois freres appele^ les Tcymentiers decouvrirent irrs le cap Breton, I isle de Fernanbonrg ou Us cbargerent leurs vaisseaux de riches mar- chandises et ensuite, Us firent encore un voyage en Guinee et aux Moli/qnes. Le Parfait negociant par le sieur Jacques Savary, buitieme edition. Paris, 1721, in- 4, tome I, page 203. 2. Ces voyages ont etc fails par Tarmtnticr de 1520 a 1526. La date en est fixce par cette phrase de la dedicace de / Histoire Catilinaire a Jean Ango. Telles chases (I histoire romaine) sont dignes d estre Men digerees et a telles chases je sfay lien qne tu prendrais plaisir, si tu venlx ting petit excuser la ntdesse de mon langage, en cousidcrant que rhetoriqne m a ung petit delaisse, pour autant que depuis six ans en (a en commenceant soul^ ton service, cosmographie ma faict exercer sa pratique, sur les grosses et lour des fluctuations de la mer qui n est doulceur ne plaisir. Tarmentier se maria dans le courant de 1528. Crignon nous donne ce rensei- gncmcnt dans sa D^ploration. x INTRODUCTION defendaient, avcc nn soin jaloux, I acces ctux navires dcs autres nations de I Europe. S il lui etait donne de revenir de cette expedition, il estoit lien deliberc, dit Crignon, luy retourne en France, d aller cherchcr sil y a ouverture an nord et descouvrir par Id jusques an su. L amour du gain ri etait pas k mobile qui faisait entreprendre a Par- Dientier line expedition si longue ct si perilkuse. II nous apprend lui-meme qn il ne fnt guide qne par k desir de la crloire du Roi, de I honncnr de la France et le soin de son o * propre renom. TDirai je avcc Horace on Juvenal, En concluant soubs ung propos final Oiie. aux Indes vays pour fuir povreie? Cest argument est faulx et anormal. Faulte d" argent ne me peult faire mal , Point ne la crams, car fay plus povrc est? ; Sur quel propos suis je done arrcste, Ouand fay concen voyage si pesant? Alors raison contente mon esprit Disant ainsi : Onand ce vouloir f esprit T)e te donner tant de curieuse peine Cela tufeis afin quhonneur teprit Comme Franfoys qui premier entreprit Tie parvenir a terre si loingtaine, Et pour donner conclusion certaine Tu Ventrepris a la gloire du Roy Pour faire honneur an pays et a toy. Jean Ango agria les propositions qui lui furent faites, et Jean et Rcionl Parmcnticr se chargerent par contract INTRODUCTION xr d accord parfaict avec noble homme Jean Ango, grenetier ct viscomtc de ^Dieppe et ses parsonniers, de mener et con- duire d I aide de Dieu, par la cognoissance des latitudes et I elevation du soldi et autres corps celestes, deux navires dudict ^Dieppe, dont leplus grand estoit nomine la Pensee du port de deux cents tonneaux, et le moindre le Sacre du port de six-vingts, Men equipped et garnis de toutes choses requises necessaires pour jaire le diet voyage ainsi que on me avoit diet. Les deux navires partirent de Dieppe le jour de Pdqucs 28 avril i)2y et firent une traversee heureuse jiisqu d la hauteur du cap de Bonne Esperance ou Us furent assaillis par une tounnente. Je rapporterai id les conditions indi- quees par Thcvet et que les navigateurs du XV f sleek jugeaicnt indisper.sables pour mener d lonnefin le voyage des iles de la Malaisie. Lequel ayant passe (le cap de Bonne Esperance), on commence d changer de vent et voiles, d fin de gaigner chemin vers la grande isle de Sumatra et tirant tousiours vers I est qui cst le levant, on recognoist ordinairement quelques isles esquelles on se pent pourvoir de vivres et munitions. Et fault icy noter que la navigation est plus dangcreuse dcpuis que I on a passe depuis ledit prouiontoire jusques aux isles Moluques, sans comparaison que le chc- min que Von suit depuis I Espaigne jusques au nusme pro- montoire, pour ce que la mer y est toute couvcrte dune infinite de pctites isles, rochers et baturcs et aussi que le courant y est plus roide et impcliicux de tout le inoude. XII Par ainsi, ceux qui entreprendront ces voyages loingtains, fault qu ils se fournissent en premier lieu de bans vaisseaux et bicn calfeutre^ et qu ils client munitions pour deux ans a- tout le moins. A ids entrepreneurs, il lair est besom nest re sujets a maladie et moins addonne^ a la gorge. Car autrenient sasseure qui fait le moins d exce^ qu il ne lui va pas de moins que de la vie; veil quil y a des conirees en la longueur de ceste plage principalenieut depuis les isles du Cap Verd qui jusqiies a huit degre^ par deed I Equateur oil les maladies sont fort frequentes et ordi- naires, surtout a nous Francois, Allcmans, Anglois et autres qui sommes septentrionaux. Et ne puis vous en donner autre exemple, sinon quede inoii temps, estans alle^ trois navires d Angleterre jusqiies an Benyn qui est neuf de- gre^ deca la ligne et d la riviere et pais de Manicongre qui est par deld la ligne, y pensans trafiquer de Vor, maniguette, morfi^ et autre chose, les pauvres gens y furent surpris d une telle maladie causce on par le clmngement de viandes, ou par la trop grande infection de I air, que presque tout I eqiiippagefut perdu : de deux cens personncs n en escJjappa qu environ dix sept matelots qui tons ne passassent lepasde la mort, et ceux qui se sauverent furent contraints d aban- donner les deux phis grands de lairs navires et s aider du plus petit pour retourner en Angleterre. Autant en print d certains navires francois, Van mil cinq cens soixante-un, lesquels avoient dresse une telle entreprise que les susdicts*. I. Andre. Tbevct, La Cosmographic universelle, Paris, i}"]}, in- f ol, lomcl, folio 418 recto el verso. INTRODUCTION xni Les maladies commencbrent a faire des victimes a lord de la Pensce et du Sucre, apres que ces deux navires eurent double k cap de Bonne-Esperance, et une reldcbe de quelques jours stir la cote ocddentale de Madagascar fut signalee par le massacre des gens de I equipage qui s etaicnt aventurcs a terre. Les freres Parmentier se hater ent de seloigner de ces parages inhospitaliers, et apres avoir rcconnu deux des Comores oil la prudence ne leur permit pas d aborder, Us mouillerent devant I une des lies du groupe des Maldives ; eufin, apres une trover see conlrariee par les calmes quils rencontrerent sous la Ugne, Us arri- verent le merer edi iy octobre 1529 en vue de I archipel de Tannah-Balla sur la cote ocddentale de Sumatra. Je crois devoir faire connaitre id sommairement les evenements dont cette He a ete le theatre depuis le commencement tin XVI* siecle. L ile de Sumatra etait connue des geographes du moycn age sous le nomdejave la mineure. Marco Polo qui y avail ete retenu pendant cinq mois par les vents contraires, lui a consacre un chapitre renipli de details d une grande exacti tude) et il mcntionne particulierement les royaumes de Fcrllec (Perlak), de Basam (Tasey), et la tribu anthropo- phage des Balak. L orthographe des noms propres cites par Marco Polo nous donne la conviction que ses renseigne- ments lui ont ete founds par des marchands et des mar ins arabes qui frequcntaient les marches de la Mai aisie depuis le muvieme siecle denotre ere, et quiavaient reussi a converter xiv INTRODUCTION a I islamisme les rod/as do la cote du nord-cst de 1 ile 1 . An commencement du XV e sleek, Nicolo de Conti, ne d Chioggia dans TEtat de Venise avail, pendant vingt-cinq ans, parcouru TInde ct la Malaisic. II avail etc contraint, pour echapper a la mort, d embrasser la foi musulmane ; a son retour en Italic, il s etait, en 1444, rendu a Flo rence aupres du Tape Eugene IV qui, apres I avoir reconcilie avec I Eglise, lui avail impose, comme penitence, robligation de faire tin recit veridique de tout ce quil avail vii dans ses voyages. Le Pape chargea le Pogge, son secretaire, de rediger en latin la relation de Nicolo de Conti. Le roi de Tortugal Emmanuel reusssit a sen pro curer une copie, el il charged Valentim Fernande^ d en publier une tradnction portugaise qui put ctre consnltee par les capitaims ct les pilotes engages dans les navigations de I Extreme-Orient. T(amnsio tronva cette version si defec- tneuse et si incorrecte quil hesita long temps d la faire tra- dnire en italien, et a I inserer dans son recueil de voyages. Du reste, les renseignements donnes par Nicolo de Conti sur Sumatra sont d une extreme concision . Un Genois, 1 . Le livre de Afarco Polo citoyen de Venise, consciller prive et commlssaire imperial de Khoubilai-Khaan, etc., public par M. Paitthier. Paris, 186}, ll a partie, pages 565-568. The book of ser Marco Polo the Venetian, edited by Colonel Henry Yule. C. B. Londres, iS/j, toiw II, pages 264-289. 2. La relation de Nicolj de Conli a etc. inseree par Rainusio dans sa collec tion de voyages, Venise, 1563, tome I,fol. ^8-^45. Une edition en a c te publiee en iSSo a Cbioggia par M. C. Bitllo dans I ou- irage qui porte le litre de : La vera patria di Nicolo de Conti e di Giovanni INTRODUCTION xv Hiei onimo di SanStefano, seproposa, en 1496, de se rendre a Malacca. Le navire a bord duquel il etait embarque fut contraint de reldcher soit a T^asey, soit a Pedir. L associe de Hteronimo etant venu a monrir, le prince musulman qui resident dans la ville devant laquelle le bailment avail jete I ancre voulnt se saisir, en vertu du droit d aitbaine, de tonics les marchandises qui sy trouvaient. La confiscation ne fut evitee que grace d I intervention du cadi qui con- naissait la hngue italienne. Hieronimo di San Stefano rendit compte de son voyage d Giovan Jacobo Mainer dans une lettre ecrite de Tripoli de Syrie d la date du i er sep- tembre 1499. Ce document a ete place par T(amnsio a la suite de la relation deNicolo de Conti. Enfin, nn Bolonais, Ludovico Varthema, quittasapatrie en I annee ijoj. Aprcs avoir parcouru la Syrie, I Arable, la Terse et les Indes, il entreprit le voyage des lies de la Malaisie et visita Suma tra. *A son retour en Europe il debarqua d Lisbonne en i$oj ; les services qu il avail rendus dans I lnde aiix Tortngais, et les renseignements precis qu il four nit au roi Emmanuel sur les richesses des contrees de I Extrcmc- Orient determinerent ce prince a le crcer chevalier. A son Caboto; studj e documenti. La traduction de Vahntim Fernande^, imprimee a Lisbonne, se trouve h la suite du Marco Polo. En voici le titre : Marco Paulo. Ho liuro de Nycolao Veneto. O trallado de him genoves das ditas terras. Lo privelegio del Rey nosso senhor q nenhuu faga a impressam destc liuro nen ho venda em todollos se regnos et senhorios sem licen^a de Valentim Fernandez so pena contenda na carta doseu previlegio. Ce volume cmtitnt 106 feuillets. La relation de Nicolo di Conti s etend du feuillct 78 au feuilkt Q;. xvi INTRODUCTION retour en Italic, Varthcma publia, en 1510, la relation de ses voyages. 1)ans les annees suivantes, les editions et les traductions s en multiplierent et elks firent connaitre a toute I Europe les aventures du celebre wyageiir*. II est probable que les recits de Varthema detenninerent Emmanuel a fonder des etablissements dans la Malaisie. II confia, en effet, en ijoS, a Diogo Lope^ de Siquiera le commandeinent d une escadre de quatre navires destines a une expedition a Malacca. Siquiera part it de Lisbonnc le $ avril et atteignit le 4 aoiit suivant I ile de Madagascar oil II avait ordre de sarreter. II en cotoya la partie meri- dionale, et il y recueillit les gens qui avaient survecu a J. Gome^ d Abreu, mort de desespoir sur cette terre loin- taine. A son arrivee a Cochin, Siquiera jut Men accueilli par le vice-roi tf Almeida qui mit a sa disposition tin navire commande par Garcia de Sou^a. Cette escadre prit la mer le 8 septembre i$o<},et apres unelieureuse trover see, elle parut devant Pedir dont le radja accepta I alliance du Portugal. De Pedir, Siquiera se dirigea sur Tasey, puis sur Malacca oil il essay a d etaUirune factorerie; rec.ufavo- rablement d\ibord par le Sultan Mohammed, il cchippa avec peine aux embuches de ce prince qui tenta de le faire tuer par trahison d son lord. II disposait de trop pen de i. Itincrario de Ludovico de Varthema bolognese nelloEgypto, nclla Surri.i. nella Arabica deserta et felice; nclla Persia, nella India et nella Ethio pia. Stampato in Roma per Maestro Stephino Guillerdi de Loreno et Maestro Hercale de Nani Bolognese, ad instant la di maestro Lodovico de Henriois Corncro Viienlino. Nd anno M. D. X. a di VI de decemliri, 1/1-4 INTRODUCTION xvn forces pour ponvoir tircr vengeance de la mort des Portu- gais massacres dans la ville; il se determina a reprendre hi route de I lnde et cclle du Portugal on il revint rendre compte an roi des peripeties de son expedition. Emmanuel ne vonlut point resler sons le coup d un echec. II fit partir de Lisbon ne tine noircclle flotte : a son arriveedans I Indc, die fut retenue, pendant quelqne temps, par Alphonse d Albuquerque qui ivulut en prendre le commandement. Les on^e navires qui la formaient qnitterent Cochin le 2 mai ijn d abonlcrent succcssivement a Tedir et a Pascy on d Albuquerque jugea a propos d intcrvenir dans les competitions des rctdjas. A son retonr de Malacca, son escadre jut assaillie par de violentcs teinpctes; la capitane sombra stir les rocher.s de Timiang : nne par lie de I equi- page peril; dans les fiots, et Albuquerque avcc quelqnes homines renssit d grand -perne d gagner snr un radean la cole de Pasey. Un ant re navire ayant coule dans le port de Timiainen, Albnqnerqne ne put coiilinuer son voyage qn en conrant mille dangers. f Barws, dans la qnatrieme Decade de son hisloire de I Asie, nous a trace le tableau des evenementsdont Sumatra Jut le theatre et il nous a conserve les noms des capitaines qniy abordercnt. II cite parrni ciix Fernando Tere^ d Au- dradequi toucha d Pasey, en ij 16, en se rendanten Chine: trois annees plus tard, Duarte Barbosa, embarqne d bord de la Vittoria, visita la cote septentrionale de I ile. En 1520, T)iogo Tacheco jut envoy e de Malacca pour dcconvrir les iles d or que I on disait exisier a I ouest dt xviii INTRODUCTION Sumatra. Le brigantin qni accornpagnait son navire peril dans un coup de vent a la hauteur de Daya. Pacheco aborda a Tlarous, puis il continna son exploration, fran- chit le detroit de Tolimban qni separe Java de Sumatra, el revint a Malacca apres avoir, le premier parmi Ics Euro- peens, fait le tour de Vile. L annee snivante, il entreprit line nouvelle expedition, mais ayant relclcM a Barons, il fnt massacre par les Malais ainsl que tons Jcs gens de son equipage. La situation des Portugais etait fort critique dans la partie nord-est de I ile : un navire commande par Gaspard d Acosta avait fait naufrage dla pointe d Atchin; la car- gaison avait ete pillee et les matelots avaient ete tues on faits prisonniers ; Joao de Lima avait en le meme sort dans la rade de cette ville. Les Portugais, pour retablir le prestige de leurs armes, prirent le parti de detroner le sultan Zeinel qui s etait rendu maitre de Tasey et,pour atteindrece but, ils accepterent le secours du radja d Arou. Zetnel perdit la vie dans une bataille sanglante et Albuquerque etabht comme radja a *Pasey un prince anquel Itarros donne le nom de Orfacam, quise reconnut vassal du roi de Portugal et fit clever, a ses frais, un fort que devait occuper une garnison de cent soldats portugais. Sur ces entrefaites, un esclave du nom d Ibrahim auquel le radja de Pedir son maitre avait confie le gouvernement de la province d Atchin se revoltait contre ce prince , le battait et le forc,ait a se refugicr d Pasey. Andre Henri que^ gouverneur du fort, prit en main la cause du radja INTRODUCTION xix dcposscde et tenta, sans succes, de chasserlerebelle de laville de Pedir. Profitant de I avantage quil venait d obtenir, Ibrahim fit marcher son frcre Radja Leila contre Pasey qui fnt emportee d assaut et dont les habitants fur ent passes au fil de I epec. Radja Leila somma alors Andre Henrique^ de hi llvrer les radjas de Pedir et de Day a quil avait,pris sous sa protection, et sur le refus d Henrique^ il investit le fort. Les Porlugais soutinrent pendant plus d une annee un siege qui fut marque par de nombreuses peripeties ; Us durent evacuer le fort en desordre en abandonnant leur artilJerie et knrs munitions. Ce succes assurait d Ibrahim la possession iiicontestee de toute la partie nord de Suma tra, et elle lui permettait de soutenir la lutte contre les Tortugais. Ce sont probablernent deux ambassadeurs d Ibrahim que Roncinotto vit, en 1529, d Clrira^oiiils s etaient rendus pour engager Chdh Tahmasp d rompre la paix quil avail conclue avec les Portugais 1 . Pendant que I. Roncinotto etait courtier de Domenico Triuli, fixe au Caire. II entreprit en i $29 un voyage dans les differ entes parties de I Orient. Sa relation a ete inscrce sous le litre de Viaggio di Colocut dans le recueil des Viaggi fatti da Venetia alia Tana, in Persia, in India, ptiblie a Venise en 1543. Les notes de Ronci notto sont redigees d une maniere tres confuse et les noms propres sont defigures de la facon la plus barbare : quelques-uns, ecrits d une maniere illisitte, sont laisses en Ulanc dans le texte imprime. Roncinotto nous dit que, pendant son sejour a CJrira^, il vit arrirer dans cette mile deux ambassadeurs de I ilc de Sumatra ou Trapobane. lls apportaient a Cbdb Tahmasp des pierreries et sur I out des rubis qui valaient un tresor, et une grande quantite de perles. Le souverain de la Trapnbane engageait le Sophi a rompre les liens d amitie qui I unissaient aux Tortugais : ccs ambassadeurs assuraient que ceux-ci avaient etc fort maltraitts par les habitants de Sumatra. Roncinotto se rendit, en 1532, de Calicut a Sumatra oil il sejourna pendant quin~e jours. K Sono in quella, dit-il, quattro Re xx INTRODUCTION la cote uord-est dc Sumatra etait k theatre de ccs hostilitcs, line expedition de pirates, part ie en ij2} dc Sofala, avail, an dire de Thcvct, debarque a Ticon et pille cette ville. Cest a la fin de cette periode tronblee que c Parmentier atteignit h cote occidentale de Sumatra. Avait-il connais- sance de la situation precaire des Tortugais et esperait-il les supplanter dans un commerce dont Us s ctaient attri- bue Ie monopole? Avait-il le pro jet d etablir un comptoir sur la cote? Je ne le pense pas, car il nous declare lui-meme dans son Exortation que son projet ctait de conduirc ses navires jusqu aux ports de la Chine. La pcrfidic et Yavi- ditc des officiers du radja de Ticon entraverent toutcs les transactions commercial cs, et la mort de Jean et de T^aoul Parmcntier en privant 1 expedition de ses chefs, vintanean- tir les esperances fondees sur cette premiere tentative dc rapports directs cntre la France et les iles si riches de la Malaisie. II nous reste, du moins, de ce voyage commence sous d heureux auspices et termine d unefacontragique, un journal qni nous fait connaitre les incidents de la vie de bord pendant un voyage au long cours au XVl e siecle et les perils auxqueh etaient exposes les uavigalcurs, en cher- di corona, tutti maumetani ct c abundantissima d ogni cosa et massimc d oro et gioie. E posta sotto l Equinociale et pero e di acre perfctissimo : viveno quclli huomini cento cinquanta anni molto prosperosamente : sono in quclla notte citta ; le case son bassc, piccole, coperte de legname e lc principal citta sono Pinoi, Jupiter, Priapidis. Viaggi alia Tana, in-S, i$45, folio 1 08. Je reconnais dans ccs mots tres de-figures de Tinoi, Jupiter, Priapidis Jes noms des 1 illes de Ticon, Indraponre, ct Triamau. INTRODUCTION xxi chant a nouer des relations avec ks peupks astucieux et feroces des lies de I Ocean Indicn. Ce journal et la relation de Ticou qui le suit ont etc redigcs par Pierre Crignon, le fdele compagnon de Jean Parmentier. Crignon etait un lettre, et il avail ete, comme son ami, laureat au puy de I Assomption a Ttieppe et an puy de la Conception Notre-Dame a T(ouen\ II etait ainsique lui bon esprit et profond en la science de astrologie et cosmo- graplrie. II composa, en 1534, un traite sur ks varia tions de I aiguille aimantee quil de dia a Vamiral de France Thihppe dc Chabot . Cest en qualited astrologuc, cest-a- 1 . La Croix du Mains se Ivrne a citer le nom de Crignon. Coupil, Chaput, Crignon, Crayon, dii-il, 1ous quatre poetes francois du temps de Lays XII. Bibliotheque francoise, etc., "Paris, 1772, tome I, page 161. Crignon rcniporta plnsieurs prix aupuy de la Conception de Rouen, et sesvers ont ete imprimes dans Ics rccueils de cette academic. Dieppe, a cette epoque, etait une ville remplie de poetes. Elle avail ses pnys de la Conception, ses mitourees de la miaout, ses solerets de la Nativite et ses mysteres. Precis analytique de 1 Aca- demie de Rouen, annee 1834. Lcs chants royaux et rondeaux (ms. fran. de la Bibliotheque Nationale 2202) contiennent des pieces de vers de Crignon, folios 47, 48, 49 et 84. On en trouve aussi trois dans le. Collecta ex aggere prope immenso exquisitiora carmina rythmica (mss. fol., 2205 fol., 26, 29 et 78. Enfin on a imprime deux chants royaux de Crignon dans le recueil intitule : Palinodz, chants royaulx, Ballades, Rondeaulx et epigrammes a 1 honneur de 1 Immacule e Conception de la toute belle Mere de Dieu, Marie (patronne des Normans) presentez au puy a Rouen composez par scientifiques personnages desclairez par la table cy dedans contenue. Imprime a Taris. Us se vendent a Paris a I enseigne de I Elephant, a Rouen devant Saint-Martin a la rue du Grand-Font et a Caen, Froide rue a I enseigne Sainct-Pierre, in-8, pages 51-52. 2. M. Delisle a entre les mains le livre d un pilote dieppois nomine Crignon qui est un ouvrage dedie a I amiral Chabot en 1534 et oil il est fait mention de la dedinaison de I aimant. Histoire de 1 Academie royale des sciences. M. D. CC. XII. Taris, 1 714, 111-4, page 18. J ai cherchecet ouvrage de Crignon xxii INTRODUCTION dire d officier charge des observations astronomiques, qu il fut embarque a bord de la Pensee. Le journal du bord et la relation nous font connaltre les noms des personms qui eomposaient I etat-major de la Pensee et du Sacre. Outre les capitaines, nous voyons figurer comme astrologue du Sacre maitre Tierre Maiickrc dont les observations sont souvent comparees a celles de I astrologue de la Pensee ; des maitres, deux chapelains, un argentier et deux inter- pretes dont I un etait Portugais, et I autre un Francais nomme Jean Masson qui savait la langue malaye. Le nom de Crignon ne figure ni dans le journal, ni dans la rela tion. II etait cependant le personnage le plus important de la Pensee apres Jean Tarmentier, et nous voyons celui-ci preoccupe de le soustraire a tout peril lorsquil cut ete envoye a terre a Ticou comme otage, et que I inimitie du Chahbender de cette ville en rendit le sejour perilleux pour les Francois. dans tontes les Mniotheques publiques de Tarts; mes efforts pour le trouver on ete infructueux. Je le regrette d autant plus que dans sa dedicace a I amiral "Phi lippe de Chabot, Crignon devait donner quelques details sur ses ouvrages. On conserve au Depot des cartes et plans de la marine urn note de Delisle portant pour titre : Des auteurs qui ont ecrit sur 1 aiguille aimantee. On y lit : u Pierre Crignon de Dieppe a fait un livre qui n a pas ete imprinte et qui m est tomle entre les mains. II est intitule : La Perle de Cosmographie. // contient, entre autres, un systeme de I aimant par lequel I auteur croit avoir trouve le secret des longitudes. On y voit aussi la plus ancienne observation que je sache sur la decli- naison de I aimant ; c est a Dieppe qu elle a ete faite, le 2 mars 1534; il met mime la maniere dont elle a etefaite. C est aussi le premier qui park de la ligne de direction, c est-a-din sur 1 aiguille qui ne decline pas. II en fait son premier tneridien. INTRODUCTION xxm On pouvait supposer que Crignon etait I auteur du journal et de la relation, en remarquant la correction du style, et certains passages qui denotent un lettre familier avec ks auteurs de 1 antiqnite classique. Le premier mai, ecrit-il, larekvee, vismes force bonites et albacores faire de grands saults stir Teau et des petits poissons voler en I air et crois que Cupido les avoit esmus a festiner et eux resjouir an premier jour de mai. Apres avoir note line tourmente qui assaillit les navires par Je travers du cap de Bonne- Esperance, il ajoute : et crois que le dieu JEolus accom- pagne de Favonius et d Africus Libo faisoit on celebroit ks nopces de luy et de Thetis, fort delibere de la faire Men danser. Mais, un passage du prologue place par Cri gnon en tele de TExortation change ces preemptions en une certitude absolue. II y dit : Je, qui tousiours ay accompaigne Jedict Parmentier en tons perils et danglers durant ledict voyaige et jusques au dernier jour, aim que J un de ses plus prives et familliers amys, pour la recreation de tons nobles et vertueux esperit^ qui se dekctent et pren- nent plaisir a veoir et ouir parkr de la cosmographie et en ce, conteinpler et adviser ks merveilks que Dieu a faict au del, en la terre et en la mer, ay bien voulu en obtempe- rant aux importunes requestes d aucuns mes amis fami- liers, rediger par escript la dicte navigation et voyaige et icelle description mettre et produire en lumiere afin que le nom desdicts Tarmentiers ne demeure pas ensepvely avec kurs corps en la dicte isle de Samatra, mais que en trium phant sus la mort, Us puissent revenir en la memoire des xxiv INTRODUCTION homines par renommee et louange immortelle*. Ccs paroles ne laissent subsister aucun doute : Crignon est le redact cur du journal de la navigation dejean c Parmentier et de la relation de Ticou. Je nhesite pas non pins a lui attribner le recit des voyages d un grand capitaine de Dieppe, insere dans k troisieme volume du recueil de Rimusio. Lcs notices placees en tete des relations publiees par. T^amusio nous font connaitre I activite de ses recher- ches et sa sollicitude, toujours en eveil pour se procurer les renseignements qui pouvaient Jeter quelques lumieres snr les pays de J Orient et les contrecs nouvellement decou- vertes aux Indes occidentals. Rien ne lui coutait pour les acqucrir, et il avoue qiiil dcvait parfois se contenter de copies incomplctes on defectuenses ; il signale meme les lacunes existant dans les manuscrits qui lui etaient envoy cs. Ramusio a du, sans aucun doute, avoir connaissancc des voyages de Parmcntier en Amcrique, a la cote de Guinee et a Sumatra : il na point ignore les Iravaux de Crignon, et c est au fidele compagnon des frcres Tarmen- tier quil a du demandcr la description des pays quils avaient visites ensemble. Nous ne possedons point la rela tion des premiers voyages de Jean Parmentier, mats le tableau des mceurs et des coutumes des habitants de Ticou, place a la fin du journal du bord tenu par Crignon, est I . La relation de Sumatra a etc re.mplacee par la Moralite a dix personnages, Crignon ne nous fait pas connaitre la cause de ce cbangement. INTRODUCTION xxv celui qul se trouvc dans la traduction italienne. Les menus phrases y sont reproduces mot pour mot . M. Harrisse, se fondant sur cefait que Cartier a decou- vert settlement en 1534 la baye des chasteaux ou detroit de Belle Isle mentionnee dans le voyage du grand capitaine, suppose avec raison que cette relation n a pu etre ecrite par Par men tier. Mais il nest point improbable que Crignon, qui devait se tenir au courant de toutes les decou- vertes geograpbiques et de tons les travaux relatifs a la cosmographie, ait introduit dans son memoire nn fail posterieur a la mort de son ami. Les archives de la maison de Jean Ango auraient pu nous fournir sur les premiers voyages de Parmentier et sur les expeditions maritime* des Normands au commencement du XVP siecle de pre- cieux renseignemcnts. Malheureusement, le bombardemenl de Dieppe, en 1694, a ancanti tons ces documents. Un examen meine sommaire de la carte placee a la suite du Discours du voyage d un grand capitaine de Dieppe apportc nne nouvelle preuve a rattribution de ce recit a Crignon. Toutes les denominations y sont donnees en francais : nous voyons figurer la terre d Aru, 1 entree des Basses, la coste de Manancabo. L orthographe des points de la cote ou mouillerent le Sacre et la Pensee est la meme sur la carte que dans la relation; enfin, les deux navires i. Ranntsio, tome III, fol., 41 7 et suivants. M. Eslancclin a reproduit le texte de ce discours et en a donne la traduction dans ses Recherches sur les navigateurs normands, pages 195-240. xxvi INTRODUCTION aux voiles fleurdelisees qui se voient d la hauteur de Tar- chipel des ties T^atou represented certainement h Sacre et la Pensee ; ks lies ou Us aborderent avant de toucher d la cote occidentale de Sumatra sont designees sous les noms dela Formetura(7tf Parrhentiere), la Margarita (la Mar guerite) et la Louyse, noms qui leur avaient ete donnes lors de leur decouverte. Ces noms ne se relrouvent ni stir la carte dite de Henri II ni sur celles qui ont ete publiees par ks geographes jusqud la fin du XVI C siecle. Le souvenir des voyages de Parmentier ne s etait pas perdu d cette epoque. Un haut personnage, qui est peut-etre I amiral de France Honor -at de Savoye, marquis de Fillars ou Jacques de Glamorgan, seigneur de Saane et premier capitaine de la marine du Ponanl, en avait reclame la relation d Dieppe. Un Guillaume Lefevre, qui devait etre lui-meme pilote ou astrologue, la lui envoya en fai- sant observer qu il avait en plusieurs eudroits rectifte les degres de longitude et de latitude et qu il avait lu le recit du voyage au dernier survivant de I exptdition, nomme Tlastrier ; celui-ci en avait reconnu I exactitude et avait fourni quelqucs details sur les incidents qui marquerent le rctour des deux navires. Guillaume Lefevre nous apprcnd, en outre, que les six Indiens recueillis d Tile de Sainte- Helene s etablirent d Dieppe ; le dernier d entre enx, qui sy etait marie, mourut enl annee i$6y. Le second volume de la navigation de Jean Parmentier est consacre d la description de Tile de Saint- Domingue et de la cote de Nombre de T)ios. Elk ne parait point avoir INTRODUCTION xxvn eteachevee; nous riy voyons pas, en effet, figure? le cha- pitre qui devait trailer ties wonts, valUes, campaign, prairies, bois, rochers, mines, sortes et diversite^ tctnt sauvages, Indiens, Espagnols, Francois, qu autres, estans en la dite isle, avec la facon des traffics, sorties et entrees des marchandises et diversite d icelles, I abondance et la pennrie de ce qui y est, des fruits, grains, bleds, sucrcs, cottons, casses et autres choses qui y croissent, la facon des eglises et administrateurs d icelles, les justices, just icier s ct executions. J aifait suivre le recit des navigations de Parmentier de I exhortation qu il composa pendant la traversee de Mada gascar a Sumatra, et qui se rattache si internment aux penibles incidents de son dernier voyage. J ai crn devoir tirer aussi de I onbli I elcgie composee par Crignon sur la inort prematnree des deux freres dont II avail toujours etc le fidele coinpctgnon. Je place, a la fin de ce volume, le chapitre de I isle Espai- gnole on Haity qne nous tronvonsdans\Q Grand Insulaire d Andre Thevet 1 . Une lecture attentive de ce morceau ma donne la conviction qne Thevet avail eu entre les mains la description peut-etre complete de I isle de Saint c Domi- nigo qui forme la seconde partie de la navigation de Jean Parmentier. Le recit de Thevet, qui est si souvent I . Le grand Insulaire et pilotage d Andre Thevet, Angoumoisin, cosmo- graphe du Roy, manuscrit fraiifais de la Bil liotheque Nationals, 15, 452 tome I, / os iSj et suivants. xxviii INTRODUCTION sujet d caution, est asse^ exact, et il contient quelques faits inUressants. II nous fait connaitre Ics circonstances deplo- rabks dans lesquettes a peri k capitaine Testu qul com- mandait un navirc appartenant d Philippe Stro^i cl faisait, pour lecompte de cc seigneur, le commerce ou plutdl la piraterie dans les lies et sur Ics cotes du Nouveau- Monde 1 . M. Estaucelin, comme je I ai dit precedemment, a public en 18)2, dans ses Recherches sur les navigateurs nor- niands, le textedu voyage de Jean Parmentier d Sumatra, d aprcs la copie dun manuscrit appartenant alors ci M. Tarbe, libraire d Sens. Cc manuscrit, intitule Voiage aux Indes orientalles, Dieppe, 1529, est incorrect et pre- scnte des lacunes ; j en ai signale les principales dans I edi tion que je donne aujourd hd d apres un manuscrit acquit par moi d Paris, il y a dejd de longncs annees. Ce volume, relie au XFIIP siecle, debute par un ouvrage que I on appellerait aujourd hui un traite de spiritisme et portanl le litre de : Dialogue sur les Gerries et sur la nature de Tame, ecrit par F. O. Saucher le 14 juillet de 1 annee 1714. La relation du voyage de c Parmentier et la description de I isle de Saint-Dominigo forment la fin du volume ct coniprennent soixante et on^e feuillets de papier oriental de diverses couleurs, non chiffres. L ecriture moulee est fort belle et date des premieres annees du i. Cj. I article consacrca Y alias dcGuillauinc le Teslupar M. Harrissc dans (can ct Scbasticn Cabot. Tan s, 1882, pages 241-242^ INTRODUCTION xxix i siecle. Jc riai ajonteque pen dc notes pour eclaircir ou confirmer les assertions dc ^Pierre Crignon, el j ai eu soin d emprunter la plupart d entre dies aux voyages executes pendant le XVI" ou pendant les premieres annees du XVII e siecle. En mettant dc nouvean an jour le recit de I entreprisc bar die Untccen 1529 par les frercs Parmentier, j aivouln rendrc hommage a I energie et anx connaissames a la fois si variees et si profondes des homines de cette forte race du XF T siecle , et j ose esperer cine cette pensecetT inter etpre- sente par cette relation la feront favorablement accneillir par le public lettre. i er nuii 1883. DE JEAN PARMENTIER Monseigneur, |E vous envoyc, par cc present porteur, la decouverte faite par Jean ct l^aoul dits Parmentiers anx navircs de la Pensee et dn Sacrc dc Dieppe, y a quarante cinq am environ, qni fut le partemcnt du voyage; et vous plaira m excuser si fay etc longteinps a vous I envoyer, car il ma falln changer plusieurs fois le livre, pour cc que la navigation depuis leur partement de ^Dieppe jusqiies a l isle St-Laurent et I isle St-Mathias n estoit en leur degrc, et ma convenu les y mcttrc, ct par ordre. Et Id on je n aurois fait si bien mon devoir conune je devois, il vous plaira m excuscr. Et pour cc que je nc trouve ricn du rctour du dit voyage par ecrit, je me suis informe; et ay trouve un nomme Jean Tlastricr, ancien marinicr age de 2 NAVIGATION qnatre vingts am, lequel estoit pannetier an dit voyage dans k Sacre, auqud fay fait lecture par plusienrs fois de la dite navigation pour voir s il se troiiveroit confonne a ce qu il en avoit veil ; lequel, pour estre de bon entendemcnt, m a fait reponse que tout ee qui estoit an lime etoit vray ; et ma dit que le secret de la navigation estoit garde par Jes Parmentiers, et que mil des dits deux vaisseaux nc h pouvoit entendre ; sinon, apres lew dece^, a etc regarde a leurs pqpiers, ce qui est aise a croire ; car plusienrs navi- /gateiirs pensent prendre la cordc, mats Us prennent Pare - et faurvdyent leur chmin. Tlus outre, me suisenquis audit Plastrier, estansarri- ve^ en I isle St Mathias, en quel lieu bouterent leurs navi- res ; dit : a I escalle de la ville de Ticou, Id ou les dits Parmentiers et trucheinens, et quclquepartie de leurs mar- chandises furent en terre quelque temps, et furent longtenips a eux acorder avec le Chabandaire. Et rccueillircnt de la dite ville de Ticou a trois mil limes d or fin, et sept poincons de poivre rond. Les dits Parmentiers voyans que Ja traite venoit a peine, se rembarquerent eux et leurs marchandiscs. Alors, les ostages qui estoient dedans leurs vaisscaux furent fort fasche^, et, a nuit venue, tine partie des dits ostages deroberent leur grand bateau et allerent a terre, qui fut grand perte, et ne le pent on jamais avoir par amitie ne par force ; et le reste des dits ostages fut envoye dans leur bateau pres terre, leur montrant par signes que s ils ne leur rendoient leur bateau, qu ils leur couperoicnt Ja teste. Voyant quils n avoient envie de le DE JEAN PARMENTIER 3 rendrc, Ics capitaines ks firent cxccutcr par k maistre du Sacre, dont la traite fui rompue pour cette cause an dit lieu de Ticou. Six jours aprcs, k dit Jean Parmentier jut pris de maladie dont il deccda. Raonl Tarmenticr son ft ere, pilote du Sacre et k maistre de la Pensee prirent avis d eux reiourncr en line escalk nominee Triame, dont il y avoit vingt lieues en la dite isle St Mathias ; et la dite escalk se nomme en la carte marine Dieppe ; auxquels lieux ensscnt bien pen avoir trente tonncaiix de poivre rond. Inconti nent, Raonl Taruientier fut pris de maladie et deccda. Ainsi nayans plus de maistre, k tout fut en desordre, et le maistre de la Pensee mort, prirent avis aiix dits deux navires, ainsi que dit le dit Plastrier, d eux rctirer en France; ce qui fut acorde. Et firent tant par knrs naviga tions qiiils vinrent an cap de c Bonne Espcrance oil Us ancrerent et virent grand tronpeau de bestes a comes comme buffes, vachcs et nombre de gens qui les menoient ; ne fiircnt point a tcrre ; s cntrcperdirent environ un mois. La Pensee tronva I isk Ste Hekim, auquel lieu cntra, et trouva en la dite isle six Indicns que les f Portugais y avoient laisse^; recouvrcrent force rafraichisscmens, pon- lailles et antres, comme pourceaux en bon nombre, et em- barquerent ks dits six homines quils aporterent a Dieppe, dont ny a que six ans que k dernier est decide, qui estoit marie au dit lieu de Dieppe. Aprcs, ks navires se trouve- rent et sen vinrent en compagnie. Les dits navires fnrent depuis leur partement de Dieppe, a oiler a I isk St Ma- 4 NAVIGATION DE JEAN PARMENTIER thias environ quatre mois, et un mois a revenir en France ( i ) . La dite isle Ste Heleine demeure an nord onest un quart du onest du cap de Bonne Esperance en TAntarc- tique seize degre^ et un quart, qui sera I endroit OIL je ferny fin, apres avoir present e mes tres affectionnees recom- inandations et tres humbles a votre bonne grdce. P riant Dku, Monseigneur , qu il vous donne en la sienne bonne, lon- gue et heureuse vie. Escript a Dieppe le 18^ jour de decembre 1/75, de par k, Votre tres humble et tres obeissant serviteur a jamais. Guillaume LEFEVRE. i. La traverscc dura un mois depuis Sainte-Hclenc et noil pas depuis Sumatra. DE JEAN & RAOUL PARMENTIER REMIEREMENT. Nous issismes du Havre de Dieppe le jour de Pasques xxvm me jour de mars 1529, environ deux heures apres midy, que notre nef la Pensee fut mise en rade honnestement, sans tou cher; mais le Sacre toucha, et ne put issir de cette maree; et issit et fut mis en rade lamareeensuivant, apres midy. Le vendredy ensuivant, deuxiesme jour d avril, six heures apres midy, se recueillit notre capitaine Jean Parmentier et notre maistre Michel Mery et le reste des compagnons de tous les deux navires la Pensee et le Sacre. Ce dit jour apres minuit, environ deux heures du 6 DISCOURS DE LA NAVIGATION samedy troisiesme jour d avril, furent hallez les ancreset mis les voiles haut; partismes de laradede Dieppe a la conduite d un doux vent nordest qui nous conduisit joyeusement jusques au travers de La Hougue. Cette nuit, au deuxiesme quart, environ minuit, je vis en la moyenne region de Fair une flamme de feu ronde comme une boule, et en sortit une autre plus petite du dedans, etrendoit aussi grande lumiere qu un eclair de tonnerre, et dura peu sans etre consommee. Le dimanche quatriesme jour d avril, au point du jour, au nord de nous, aperceusmes 1 isle de Hinc 1 , et i . L ile de Hinc ou de Huice, est le nom donne par Alfonce, Maillart et Thevet a 1 ile de Wight. De Parian (Portland) a 1 isle du Huich y a quinze lieue s et gist la coste est et oest. L isle du Huich est une isle bien peuplee ou Ton fait les meilleures laines de chrestiente. A 1 entour de la dicte isle, y a de bons ports, a sc.avoir An- t hone( Southampton), Farcemue (Portsmouth), oil sont les grandes navires d Angleterre. Les voyages avantttreitx du capitaine Alfonce, Xaintongeois, Rouen, Theodore Maillart, 1578, f 18 v. De Porlan a jusques a 1 isle du Hinc, Trente mil dont la coste a Test oest Gist, et sy dis que bien peuplee elle est. Le lieu ou sont les laines plus exquises Qu en nul endroit, de cela vous advises. Bons ports y a icy tout a 1 entour, C est assavoir ces ports qu on dit autour. Et Farcemue ou le roy d Angleterre Meet scs grandes nefs en attendant la guerre. Et de ceste isle du Hinc icy echest, Dire combien y a jusque a Blanchct. La description de tons les portz de mer de I Univers. Manus. fr. de la Biblio- theque Nationale, 1382, f. 27. v. a Mais ayant passe le diet port (Dermouth [Dartmouth], nomine aussi Go- DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 7 vers le sud vismes Origny et Casquet 1 ; de tout le demeurant de la journee, est nordest assez modere nous conduit coyement sans branler, louans et mer-( cians Dieu du beau temps qu il nous donnoit, nousj ebatans amoureusement ensemble a danser, chanter) ou a lire les sainctes Evangiles. Au soir, le ventvintV au nordest; la nuit, je pris garde a la longitude et trou- f vay que nous n avions plus qu un degre ou deux de longitude en amontaise de dix degrez ou envi ron de la longitude de Test que j avois trouve sous le meridien de Dieppe. Le matin, nous aperceusmes au nordest de nous, cinq navires et au su trois. Le Sacre, qui mieux alloit que la Pensee, parla a un qui dist qu ils estoient du Havre neuf et alloient en Zelande. Ce jourd huy, cinquiesme jour d avril, nous mismes le cap au surouest et avions un nordest qui nous frapoiten pouppe,etpassasmes Oysant environ six heures apres midy. A 1 heure de midy, le soleil estoit a trente-neuf degrez de latitude; et eusmes bon vent toute la nuit, et le mardy jusques a midy. destel), la mer sc fait dangereusc de vent contraire a cause que les marees por tent en terre jusques au cap de Pole (Poole), qu ondit de Perlan, duquel jus ques a 1 isle du Huich on compte quinze lieues... Ceste isle est belle et grande et bien peuplee, ayant sa longueur de Test al ouest, tournant un peu au nort. . . Entre autres y a deux villes Neuf-port^(Newport) et Calbroz (Cowes). Thevet, Cosmograpbie, tome II, f 646, r. et v. i. Les isles sont 1 isle Bas, Sept isles, Garuye, Arnois, Jarze et Casquet qui entre plus avant en la mer que les autres et est une roche. Les voyages avantiirenx du capitaine Aljonce, f 16. C est sur les rochers de Casquet que perirent en 1119 les nefs qui transportaient en Angleterre Guillaume, fils de Henri I, et sa suite. 8 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le mardy sixiesme jour d avril, trouvasmes a la hauteur du soleil que nous estions a quarante-sept dcgrez de la ligne, ct fut mis le cap au surouest. Le mercredy septiesme jour d avril, courusmes au sursurouest a la boline 1 ; trouvasmes par la hau teur a midy que nous estions loing de la ligne a quarante-cinq degrez quarante-cinq minutes, et beau temps. Le jeudy huictiesme jour d avril, a sept heures devant midy, un de nos matelots nomme Robert Colas dit Gros dos, se noya en asseurant la bonnette; et ce jour, devant midy, nous vismes le cap Fine- terre; environ trois ou quatrc heures apres midy, nous eusmes vent contraire, et nous fallut mettre a la cappe jusques au vendrcdy, environ heure de nonne. Ce vendredy neuviesme jour d avril, sur le midy, norouest commcnca a souffler, et courusmes a la boline au surouest jusques au samedy my relevee 2 . Le samedy dixiesme jour d avril, vers le soir, nous vismes le cap de Fineterre environ au sur ouest de nous, et courusmes au surouest toute la nuit. 1. Boline ou boulinc, cordage attache, par le moyen dc branches, a la ralingue lateralc d une voile. Tire dans la direction del avant du navirc, i! tend a presenter mieux au vent la voile qui est orientee obliquement a la quille. Jal, Dictionnaire nautique, Paris, 1840. Vent a la boline donne par flanc aux voiles, lesquelles lors sont cnfilees de droit fil de poupe a proue, et au reiissit par excellence. Merveilhs de la nature, par le P. Rene Francois. Paris, 1629, pag. 103. 2. Le texte du journal depuis le quatre jusqu au dix avril, manque dans 1 edition publiee par M. Estancelin. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 9 Le dimanche xi me jour, nouseusmes bon vent de nord; courusmes au sursurouest, et le soir, nous courusmes au su et vent derriere allant bon train. Le lundy xn me jour d avril, nous prismes la hauteur du soleil a midy; nous trouvasmes a trente-neuf degrez dix minutes de la ligne, et tout ce jour et la nuit, courusmes au su, bon vent derriere. Le mardyxni me jour d avril, courusmes au su, vent derriere, et au commencement du soir, nous courusmes au su un quart du suest Le mercredy xiv me jour, nous suivismes nostre route a bon vent, et le soir, nous mismes le cap au su suest; nordest nous poussoit coyement. Le jeudy xv me du ditmois, fut prise la hauteur du soleil et estions a trente-deux degrez de la ligne, et fismes voile au surouest et au su. Le vendredy xvi me jourdu dit mois, vismesle cap de Nun 1 en la terre d AfTrique; au point du jour, prismes la hauteur et estions a vingt-neuf degrez de la ligne. Le samedy, xvn me jour du dit mois, fismes voile au surouest; du vent de nort. Au soleil couchant, nous vismes deux islesdes Canaries Fort AvantureetLan- celotte 2 au ouest norouest de nous. 1. Le cap de Noun, au sud de la province de Sous el Aqssa (Maroc). 2. Fortaventure ou Fuertaventura, au nord de Lancerote, a 1 ouest de la grande Canarie, est File la plus rapprochee de la cote du Maroc. L isle de Fortaventure, que nous appelons Erbanne, aussi font ceux de la grand Canare, est douze lieue s par de c,a du coste du nord-est, laquelle con- tient environ dix-sept lieue s de long, et huict de large, mais en tel lieu y a i o DISCOURS DE LA NAVIGATION Le dimanche au matin xvm me , courusmes une par- tie du jour au ouest surouest, etledemeurant du jour au surouest; la hauteur fut prise a midy a vingt-six qu elle ne contient qu unc lieue d une mer a 1 autrc. Ld est pays de sablon, et est hi uu grand mur de pierre qui comprend le pays tout au travers d un coste a 1 autre. Le pays est garny de plain et de montagnes et peut on che- vaucher d un bout a 1 autre et y trouve Ton en quatre ou en cinq lieues, ruisseaux courans d eau douce, de quoy moulins pourroient moudre, et a sur ces ruisseaux de grands bocaiges de bois qui s appellent Tarhais qui portent gomme de sel bel et blanc ; mais ce n est mie bois de quoy on peut faire bonne ouvraige, car il est tortu et semble bruyere de la feiiille. Le pays est moult garny d autre bois qui portc laict de grand medecine en maniere de baulme, et autres arbres de merveilleuse beaute qui portent plus de laict que ne font les autres arbres, et sont carres de plusieurs carres, et sur chas- cune carre a un reng d espine en maniere de ronces, et sont des branches grosses comme le bras d un homme ; et quand on les coupe tout est plein de laict qui est de merveilleuse vertu : d autre bois comme de palmiers por- tans dattes, d oliviers et de mastiquers y a grand plante, et y croit une graine qui vaut beaucoup qu on appelle orsolle ; elle sert a teindre drap ou autres choses, et est la meilleure graine d icelle que Ton sc.ache trouver en nul pays pour la condition d icelle ; et sil isle est une ibis conquise et mise a la foy chrestienne, icelle graine sera de grand valeur au sieur du pais ; le pai s n est pas trop fort peuple degens; mais ceux qui y sont, sontde grande stature, et a peine peut on les prendre vifs, et sont de tellc condition que si aucun d eux est prins des chrestiens, et il retourne devers eux, ils le tuent sans remede nul. Ils ont villages grand foison, et se logent plus ensemble que ceux de 1 isle Lancelot. Ils ne mangent point de sel et ne vivent que de chair et en font grand garnison sans saler, et la pendent en leurs hostieulx et la font seicher iusques a tant qu elle soit bien fanee, et puis la mangent ; et est icelle chair beaucoup plus savoureuse et de meilleure condition que celle du pai s de France sans nulle comparaison. Les maisons sentent tres mal, par cause des chairs qui y sont pendues : ils sont bien garnis de suit", et le mangent aussi savoureusement comme nous faisons le pain. Ils sont bien garnis. de formaiges, et si sont souverainement bons, les meilleurs que on sache es parties d environ : et si ne sont faicts que de lait de chievre, dont tout le pais est fort peuple plus que nulle des autres isles; et en pourroit on prendre chacun an soixante mille, et mettre a profit les cuirs et graisses dont chas- DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER i r degrez et demy de 1 e" quateur. Ce soir, nous eusmes nordest qui nous poussa de bonne sorte au sur- ouest. Le lundy xix mc , fismes cette voye; la hauteur fut prise a midy a vingt-cinq degrez de la ligne, et de longitude occidentale quatre degrez, et le soir, pris a 1 estoile de longitude occidentale, quatre degrez et demy. cune beste rend beaucoup, bien trentc et quarante livres. C est merveilles de la graisse qu ils rendent, et si est merveille quc la chair est bonne trop biaucoup meilleur que ceulx de France sans nulle comparaison. II n y a point de bon port pour hiverner gros navire, mais pour petit navire il y a tres bons ports : et par tout le plain pai s pourroit on faire puits pour avoir eau douce, pour arrouser jardins, et faire ce qu on voudroit. II y a de bonnes veines de terre pour labourager. Les habitants sont de du r entendement, et moult fermes en leur loy, et out esglises oil ils font leurs sacrifices. C est la plus pres isle qui y soit de la terre des Sarrasins, car il n y a que douze lieues francoises du capde Bugeder qui est terre ferme. Le Canarien ou livre (U la Conqueste et conversion faicte des Canariens a la joy et religion catbolique, apostoliqne et romaine en Van 1 402 par Messire Jeban de Betbencourt , compost par Pierre Bontier moyne de Sainct Jouyn de Mantes et Jehan le Verrier prestre, serviteur du dit de Betbencourt, publie pour la Hakluyt Society parM.N. Major, Londres, 1872, pages 133-136. LancelotteouLancerote : L islede Lancelot est a quatrelieues de 1 isle de Forte-aventure du coste de nort-nort-est ; et est entre deux 1 isle de Louppes qui est presque ronde et despeuple e, et ne contient que une lieue de long et autant de large, a un quart de lieue d Erbane dit Fortaventure, et de 1 autre part a trois lieues de 1 isle Lancelot. La viennent tant de lous-marins que c est merveilles, et pourroit on avoir chascun an des peaux et des graisses cinq cents doubles d or ou plus. Et quant a 1 isle Lancelot, qui s appele en leur langaige Tite-Roy-gatra, elle est avecques du grant et de la facon de 1 isle de Rhodes. II y a grand foison de villages ct de belles maisons, et souloit estre moult peuplee de gens. Mais les Espagnols et autres corsaires de mer en out par maintes fois prins et menez en servaige tant qu ils sont demeure/c peu de gens. Le Canarien, pages 137-138. 12 Le mardy xx me jour, suivismes cette route au sur- ouest, et beau temps, vent derriere jour et nuit. Le mercredy xxi me jour d avril, nous fismes sem- blable route; fut prise la hauteur du midy avingt et un degrez et demi. Le jeudy xxn me , par semblable et bon vent der riere, prismes la hauteur a midy vingt degrez pres de la ligne. Le vendredy xxm me , courusmes aussi un quart du surouest, et au soir courusmes au su. Le samedy xxiv me , courusmes au surouest tout le dit jour; le soir, a la fin du premier quart, vismes 1 isle Saint Jacques du Cap Vert, et eusmes calme toute la nuit; et le dimanche xxv me jour, nous environ- nasmes 1 isle pour voir s il y auroit lieu propre pour descendre afin d avoir de 1 eau 1 . A midy, prismes la i. Saint-Jacqucs, laplusgrande des iles du Cap-Vert, a une longueur de soixante milles et meme plus scion d autres rapports. Sur la partie meridio- nale, au bord de la mer, s eleve une ville ayant un bon port; elle est de- signee sous le nom de Grande Riviere. La ville est situee entre deux montagnes et elle est traversee par une riviere qui prend sa source a deux lieues dans 1 interieur. Elle a, a son embouchure, la largeur d un grand trait d arc. Au nord, se trouve une plage appelee Sainte-Marie. I/ile est couverte de montagnes escarpees et denudees. Les vallees sont bien culti- vees. Pendant le mois de juin, la pluie tombe presque sans interruption. Depuis sa source jusqu a son embouchure, la riviere dont nous venous de parler est bordee de jardins remplis d orangers, de citronniers, de cedrats, de grenadiers et de figuiers. On recolte toutes sortes de plantes potageres, mais il faut en apporter les semences d Espagne, parce qu elles ne naissent pas dans Tile. Au mois d aout, on seme le mai s, et on le recolte quarantc jours apres. On recolte egalement du riz et une grande quantite de colon avec lequel les habitants fabriquent des etoffes rayees qui sont exportees dans le pays des negres et autres lieux. Dans certains endroits autour de DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 13 hauteur et trouvasmes le soleil de pic sur nous, de cline de la ligne seize degrez huit minutes. En envi- ronnant cette isle sur le coste qui gist nord et su, ayant Test par devers la terre, nous acostasmes cette isle et nous mismes le dimanche au soir, en rade en une ance le Sacre et nous; et a soleil couchant, vismes la terre d une isle au surouest de nous, bien loin, ainsi figuree, dont nous faisions 1 isle de Fuegos ou de Feu 1 . Et le Sacre ancra plus pres de terre que nous a seize brasses, et nous a quarante cinq : et, en ce lieu, vismes une balene et des poissons vo- lans; et le Sacre pescha au lieu ou il estoit, grand plante de poissons comme sardes, vieilles et d autres bons poissons; mais nous en peschasmes bien peu, pour ce que nous estions en trop grand fond. Le lundy xxvi me d avril, apres avoir disne, nous esquipasmes nos quatre batteaux du Sacre et de nous. Et y avoit bien quatre vingts hommes tant du Sacre que de nous, bien armez et en bon ordre, pour aller querir des eaux a terre, et partirent environ neuf heures du matin. M e Jean Sasi dit le Grand Peintre Tile, on pche des tortues dont la chair a un gout fort agreable ; on pourrait faire avec leurs carapaces de bonnes pctites targes. Les maisons de la ville sont bien baties en pierres et en chaux. On y compte plus de cinquante feux. Elle est habitee par des gentilhommes portugais et espagnols qui sont fort polices. Le gouvernement est exerce pardesjuges,et leslois sont pleines de sagesse . (Geografia di M. Livio Sanuto distinta in XII libri. Vinegia, 1588, in-fol. fol. 26.) i . Le texte publie par M. Estancelin porte : dont nous faisions 1 isle de Feques ou de Per. L ile de Per appartient non point aux iles da Cap-Vert, mais au groupe des Canaries. La figure de 1 ile de Feu manque dans le manuscrit. 14 DISCOURS DE LA NAVIGATION cut la charge et conduite des aventuriers ; Nicolas Bout estoit port enseigne. AU lieu ou ils descen- dirent, y avoit force boeufs et vaches que aucuns Mores et esclaves et un Espagnol gardoient; toute- fois, ils eurent peur d eux et s enfuirent. Mais 1 Espa- gnol ou Portugais du Sacre et le contremaistre par- lerent a eux en portugais, et leur dirent que nous estions de 1 armee des navires de France esquipez en guerre pour aller aux Entilles, et que nous avions perdu notre bande f , et que nous voulions avoir des eaux et autres rafreschissemens s il y en avoit; par- quoy il y eut un Espagnol plus hardi que les autres qui araisonnanos gens, etleurdit qu environ adouzc lieues de la, estoit un portou il y avoit deux navires des Portugais qui avoient este pillez des Bretons, et qu ils venoient de Madere. Le dit Espagnol prit de la peine beaucoup pour nos gens et les mena au lieu ou ils prirent leur eau qui estoit fort difficile ; et eurent merveilleuse peine toute la journee a aller querir les dites eaux en demi barrils et les aporter jusques en la rive, car c est un lieu fort montueux, plein de rochers et de sablons, et avec ce, il faisoit si grand vent, qu ils virent en pcu d espace, un petit val converti en montagne haute, de 1 abondance des sablons que le vent y assembloit. Cependant qu ils prenoient les eaux, FEspagnol dit au Portugais du Sacre qu il luy donneroit un cabry, et qu il luy alloit I. Le texte public par M. Estancelin porte : et leur dirent que nous es tions del arrivee de dix navires de France, esquippez en guerre pour aller aux esveilles et pour que nous avions perdu notre bende. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 15 querir, dont il ne fut point trop assure, et dit a nos gens qu il alloit faire quelque trahison et querir des gens pour nous nuire et qu il vouloit s en retourner vers leurs bateaux. Toutefois, nos gens pour ce ne voulurent difTerer et emplirent leurs vaisseaux; mais le vent se creut, et furent nos bateaux en danger d estre perdus, et d un metz de mer 1 furent eschouez touthaut surles sablons, et eurentgrande peine a les renflouer, et encore plus a charger les eaux, et n eussent este deux compagnons de notre nef, Tun nomme Prontin Coule et 1 autre Vasse, qui se mirent a la nage pour conduire les vaisseaux jusques an bateau, jamais ne les eussent recueillis. Et comme nos gens tendoient a eux recueillir, virent le dit Espagnol venant de la montagne avec un cabry. Notre port enseigne luy fit signe qu il devalast; mais il n osa, parquoyildesployaune chemise etluy mon- tra; encore nc vouloit il aprocher. Pourtant le dit port enseigne accompagne de quelques autres allerent vers luy, et luy donnerent deux chemises qu il refusa plusieurs fois, et faisant present au port enseigne du dit cabry, luy dit que s il vouloit retourner le len- demain a 1 autre coste de la bee vers le nort, que sa maison y estoit et qu il leur bailleroit une couple de bceufs et des poules, et si qu il y avoit des eaux; et i. Metz de mer. Cette vieille expression ne se rencontre, dit M. Jal dans son Dictionnaire nautiquc, que dans la relation du voyage de Parnien- tier. Elle designe un paquet dc mer ou une lame violemment soulevee qui deferle sur le rivage ou sur un navire. 1 6 DISCOURS DE LA NAVIGATION les remercia grandement. Apres cela, nos gens se recueillirent a grosse peine, car il leur falloit traver- ser de hauls rochers fort dangereux, devant que trou- ver lieu facile a eux recueillir, et estoit environ dix heures de nuit quand ils arriverent. Et faut scavoir que dedans cette ance, environ demie lieue de la terre, fait bon ancrage a douze et a quatorze brasses, et y a force poisson, et est tout fond pourry et a environ vingt brasses ; mais outre vers la mer, on n y trouve plus de fond. Le mardy matin, xxvn mc jour du dit mois, nostre petit bateau, et le grand bateau du Sacre retourne- rent a terre et retrouverent le dit Espagnol et dix ou douze des autres Mores habitans de cette isle, a tout piques et arbalestes, et leur firent bon accueil; et nos gens recueillirent encore des eaux en demi barrils, et eurent des boeufs et environ cinq poules de 1 isle dont nos gens luy baillerent deux ecus a toute force, car il n en vouloit rien prendre, et les remercia fort, priant Dieu qu il nous donnast la grace de faire bon voyage, si que nous y pussions retourner encore dans un an, et que si jamaisnous y retournions, qu il nous feroit tout plein de beaux presens, et estoit fort marri qu il ne nous avoit encore mieux fait. Get Espagnol montroit bienestre maistre de tous les autres, car il commandoit, et ils luy obeissoient; et si avoit trois ou quatre femmes on filles Mores qui le servoient; ct conta a nos gens que le soir de devant, sa femme 1 avoit fort pleure, pensant que nos gens I eussent pris ou tue, pour ce DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 17 qu il retourna si tard a 1 hostel. Cependant que nous estions en cetteisle, tous les jours nous avions une raverdie de gros vent venant de la terre; et toujours vent de la terre venant de Test, qui elevoit le sablon de sorte qu on ne scavoit voir la terre, et en venoit la poussiere jusquesen nos navires qui nous gastoit les yeux. Cette islede St- Jacques estoit fort montueuse et pleine de rochers et de sablons. L Espagnol dit a nos gens qu il y avoit trois ans qu il ne pleut en cette isle. Toutefois, il y avoit tout plein d herbes fort vertes entre les rochers, et beaucoup de pourpier comme celui de nostre pays de France. II y croist force figuiers, et des pois, et des faveroles, comme ceux du Bresil; et si disent qu il y a des oranges, et qu ils en virent en la maison du dit Espagnol, qu au- cuns prirent et mangerent ; et estoient les pommes fort grosses, et croy qu il y a force fontaines, car il y a force boeufs et vaches sauvages, et les maistres craignentbien de les approcher, mais les gouvernent par de grands chiens qu ils ont. Le mardy xxvii me jour d avril, environ cinqheures apres midy, hallasmes 1 ancre et mismes les voiles, et partismes de la dite isle et fismes voile au su un quart de surouest, et au surouest, 1 espace de six heures, pour evader la terre; et le demeurant de la nuit, mismes le cap au su. Au second quart de la la nuit, vismes par plusieurs fois grands brandons de feu sortir comme d une fournaise du coupeau de 1 isle de Fuego, qui estoit bien a douze lieue s au ouest de nous, etpensasmesqu elle estoit nominee isle deFeu 1 8 DISCOURS DE LA NAVIGATION a cette cause, et qu il y a des soufrieres ainsi qu au mont Ethna 1 . Le mercredy xxvm me , fismes cette route au su, et le jeudy xxix me semblablement; prismes la hauteur a midi, a unze degrez quarante neuf minutes. La vendredy xxx me jour d avril,faisantnostre routJ au su, prismes la hauteur a midy : trouvasmes qu e> tions a dix degrez de la ligne. Le samedy, premier jour de may 1529, faisant nostre route au su, prismes lahauteur a midy, et trou vasmes qu estions a huit degrez seize minutes de la ligne, et de longitude occidental trois degrez. La relevee, vismes force de bonnites et albacores faire les grands sauts sur 1 eau, et les petits poissons voler en Fair; et croy que Cupido les avoit emus a festiner et eux rejouir ce premier jour de may. La nuit nous eusmes calme. Et le dimanche deuxiesme jour de may, calme; faisant notre route, prismes un requin ; au su, et la nuit, calme. Le lundy troisiesme jour de may, prismes lahau teur a midy a six degrez neuf minutes; et ce jour fist grand chaud et calme. i . Ilha del Fogo ou 1 ile du Feu a cause qu il y a une de ses plus hautes montagnes qui vomit des feux et des flammes, est situee a douze lieues de la pointe la plus au sud-ouest de S. lago vers le nord-ouest. II y a une rade au cote occidental, tout centre un petit chateau situe au pied d une montagne, mais le port n est pas fort commode a cause de la trop grande impetuosite des riots . Dapper, Description de I Afrique. Amsterdam, 1686. in -f. p. 498. DE JEAN ET RAOUL PARMENT1ER 19 Le mardy quatriesme jour du dit mois, calmc et force pluyes. Le mercredy cinquiesme jour de may, prismes la hauteur a midy, a cinq degrez et un quart de laligne, et de longitude occidentale quatre degrez, et eusmes calme et pluyes; et le soir, mismes le cap au sur surouest, et au surouest, et eusmes un peu de fres- cheur. Le jeudy sixiesme jour, prismes la hauteur a midy a quatre degrez et demy de la ligne, et le soir eusmes un petit de frescheur, etfismes voile au sur surouest. Le vendredy septiesme de may, prismes la hauteur a midy a trois degrez et demy, faisant cette route, le vent venant du suest. Le samedy huitiesme jour de may, prismes la hau teur a midv a trois desrrez de la li^ne, faisant notrc / O O route au sur surouest. Le dimanche neuviesme de may, veille St-Ni- colas, fismes semblable route ; la hauteur a midy fut a degre et demy de I equate-ur. Ce jour, nous vismes grandequantite de poissons volans, et prismes quatre ou cinq bonnites. Ce sont poissons gros comme la cuisse d un homme, de deux pieds ou de pied et demy de long, de la facon d un maquereau, mais la chair plus ferme et fort seche, et de bon gout. Le lundy x mc jour de may, fismes autre route au su. La hauteur fut prise a cinquante-quatre minutes pres la ligne au pole arctique. Ce jour, vismes force bonnites et poissons volans. Le Sacre prit un mar- souyn dont il nous en envoyaun quartier. 20 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le mardyxi tne jour demay, au matin, furent fails chevaliers environ cinquante de nos gens, et eurent chacun 1 acollee en passant sous 1 equateur, el fut chanteelamessede Salve sanctaparensk nottes pour la solennitedu jour, et prismesun grand poissonnomme albacore et dcs bonnites, donl ful fail chaudiere pour le souper en solennisant la feste de la chevalerie. Le matin, le cap ful mis au su sucsl; a midy, ful prise la hauteur a dix minules oulre la ligne vers 1 an- larclique, el de longilude occidenle huil degrez. Apres midy, fut mis le cap au su un quart du suesl. Le mercredy, xn mc de may, ful prise la hauteur a un degre dix minules de la ligne en Pantarctique el avionsle cap au su suesl; el nordesl ventoit. Le jeudy xm mc de may,fismes cette mesme roule el ventsemblable; la hauteur fut prise a midy a deux degrez de la ligne en 1 anlarclique. Ce jour furent prises plusieurs bonnites, entre lesquelles y en avoil deux grandes comme marsouyns, el pouvoienl avoir Irois pieds de lour par le venire, el qualre pieds el demy de long. Le vendredy xiv mc de may, fismes roule au su suesl el ventoit. La hauteur fut prise a midy a trois degrez dix-huil minutes de la ligne vers 1 antarc- tique, el de longilude occidenlalc sept degrez et demy. Le samedy xv me de may, veille de Pentecoste, fut mis le cap au suest; et nordest ventoit. La hau teur fut prise a midy a quatre degrez el demy de la igne. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 21 Lc dimanche, xvi me de may, jour de Pentecoste, fismes voile au su suest, et la hauteur fut prise a six degrez vingt-cinq minutes. La nuit, fismes voile au suest et au su. Le lundy xvn mc jour, fismes voile au su; vent d est. La hauteur prise a midy a sept degrez huit minutes; la relevee, la pluye et les grains nous prirent avec calmes variations de vents faisant aucune fois le su, le surouest, le suest. Et le mardy, xvm me de may, eusmes grandes pluyes et aucunes fois grand vent d est, et avions le cap au su et au su du suest. Le mercredy xix mc , a midy, fut prise la hauteur a neuf degrez de la ligne en 1 antarctique, et suest ven- toit, et avions le cap au su. Le jeudyxx me jour de may, fismes belle route; prismes la hauteur a midy a dix degrez et demi de la ligne, et la longitude occidentale cinq degrez. Le vendredy xxi me de may, nous dura ce temps; a midy, fut prise la hauteur a douze degrez de 1 equa- teur en 1 antarctique, et depuis huit heures du soir le cap au suest. Le samedy xxn mc jour, la hauteur fut prise a midy a treize degrez quarante deux minutes, le cap au suest. Le xxm me jour de may, jour de la Trinite, faisant semblable route, prismes la hauteur a midy a quinze degrez vingt minutes. La nuit, nous eusmes bon vent, est nordest, ayant le cap au su suest. La hauteur fut prise le lundy xxiv me jour de may, a 22 DISCOURS DE LA NAVIGATION seize degrez ct demy de 1 equateur en 1 antarctique. Le xxv mc jour de may, prismesla hauteur a midy a dix-sept degrez dix-neuf minutes en 1 antarctique, faisant notre route au su suest. La nuit, eusmes bon vent, et mismes le cap au su suest jusques au matin- Le mercredy xxvi mc de may, prismes la hauteur a dix-huit degrez trois minutes de 1 equateur, et de longitude occidentale cinq degrez. Le jeudy, jour du St-Sacrement xxvn me jour de may, la mer estoit limpe et serie, et faisoit un petit vent d est, et avions le cap au su suest. Ce jour, le capitaine, le maistre et Pastrologue du Sacre nous vinrent voir et disnerent avec nous, et furent faictes plusieurs recreations joyeuses, en louant et remer- ciant Dieu du beau temps qu il nous donnoit, et avoit tou jours donne. Le vendredy xxvm me de may, fut prise la hauteur a midy, a vingt degrez de 1 equateur en 1 antarctique. Environ midy, le vent se tourna en Test nordest ; fut mis le cap au suest et venta bon vent toute la nuit. Le samedy xxix me jour de may, au point du jour, vismes au nordest de nous une isle haute elevee qui pouvoit contenir dc rondeur, voyant en la moitie de son tour, six lieues;et prismes la hauteur a midy a vingt et un degrez sept minutes. Tout le jour, nous courusmes Test nordest, et au nord est, pour attraper la dite isle, mais le vent nous estoit escars, ct ne la scavions doubler; louyasmes jusques au dimanche matin, et quand nous vismes que nous n a- DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 23 prochions point, nous mismes le cap en Test suest. Notre capitaine nomma cette isle la France, a 1 hon- neur du Tres-chrestien Roy de France, pour ce que c estoit la premiere isle inconnue que nous avions trouvee. Cette isle est haute et montueuse, et y a un haut pic de roches du coste d ouest, et un autre comme une grosse tour au coste de Test, avec une ronde pleine comme un boulevert, et sembloit que JvJature se fust esbatue pour recreer les yeux humains ^en la diversite de ses ouyrages. En cette isle, y a di- versite d oiseaux noirs et participans du blanc et du noir . Le dimanche xxx me de may, fismes voile en Test suest. Lelundyxxxi me jourde may, semblablement; hau teur fut prise a vingt deux degrez vingt trois mi nutes de 1 equateur; de longitude occidentale deux de grez et demi; de relevee et la nuit, nous eusmes calme. Le mardy premier jour de juin, fismes voile en Test suest; la hauteur fut prise a vingt deux degrez vingt i. L ile de 1 Ascension fut decouverte leao mai 1501, jourde I 1 Ascension, par Joao de Nova Gallego, et visitee deux annees plus tard par Alfonzo Albuquerque qui lui donna le nom qu elle porte aujourd hui. Elle est montueuse ; le sommet le plus eleve est celui de la Montague verte qui est entouree de nombreux pics escarpes, separes par des gorges profondes. On trouve a 1 Ascension neuf especes d oiseaux indigenes parmi lesquels 1 oiseau fregate noir et blanc qui a quelquefois plus de deux metres d envergure. Cf. Instructions naiitiques de la cote occidentale d Afriqiie, etc., par C. Philippes de Kerhalet, capitaine de vaisseau et A. Legras, chef du service des instructions. Paris, 1874, pages 313-328. 24 DISCOURS DE LA NAVIGATION trois minutes de 1 equateur, etde longitude occiden- tale deux degrez et demy ; de relevee et la nuit nous eusmes calme. Le mercredy deuxiesme jour de juin, prismes la hauteur a vingt deux degrez quarante trois minutes; et calme, le cap au suest. Le jeudy troisiesme jour, des devant le jour, le nord commencaa soufflertemperement; fismes voile en Test suest, prismes la hauteur a midy a vingt trois degrez quinze minutes, de longitude orientale douze degrez; et bon norouest nous poussoit fermement. Le vendredy quatriesme jour de juin, fut prise la hauteur a midy vingt quatre degrez douze minutes; et bon vent derriere, ayant le cap en Test suest; et toute la relevee et la nuit, bon vent avec un peu de pluye. Le samedy cinquiesme jour de juin, fut la hauteur prise a vingt cinq degrez six minutes de 1 equateur, ayant toujours le cap en Test suest, et bon vent. Le dimanche sixiesme jourde juin, la hauteur fut prise a midy a vingt six degrez quarante neuf mi nutes ; de longitude dix huit, et bon vent jusques au lundy matin, jusques au dernier quart que les calmes nous prirent. Le lundy septiesme jour de juin, tout calme le jour et la nuit. Le mardy huitiesme de juin, calme; la hauteur a midy vingt sept degrez seize minutes en Fantarc- tique, le levant a quarante six; ce jour calme jusques a huit heures du soir. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 25 Le mercredy neuviesme jour de juin, trouvasmes de longitude orientale dix huit degrez ; vent en pouppe, le cap au suest; mais le Sacre eut empesche- ment a cause de son mast qui estoit empire par le haut et leur en fallut acourcir, parquoy ne portions pas grand voile. Le jeudy dixiesme de juin, vent en pouppe, le cap au suest, la hauteur a vingt neuf degrez et demy de la ligne en 1 antarctique, et petite voile pour attendre le Sacre. Le vendredy xi me , bon vent en pouppe venant de nordouest, et petite voile pour attendre le Sacre; 1 orient pris a quarante degrez. Le samedy xn me jour de juin, prismes 1 orient a trente sept et demy, le cap au suest ouest; le su- rouest ventoit et su; la hauteur fut prise a midy trente deux degrez vingt sept minutes ; 1 occident quatre vingt trois degrez et demi;de longitude orien tale vingt trois degrez. Le dimanche xin me jour de juin, calmc. Ce jour, vismes des oiseaux mouchetez de blanc et noir sur le dos, le ventre blanc comme bourettes, grands comme margaux, et de noirs et de gris. Le lundy xiv me calme et vent devant. Le mardy xv e calme jusques au soir. Le mercredy xvi me , la hauteur fut prise a midy : trente cinq degrez, 1 orient a quarante degrez, 1 oc cident a soixante quatorze, le midy a dix sept degrez. Et de longitude orientale, au point a la carte ainsi signe, A. et le point de la longitude a la carte, ainsi 26 DISCOIJRS DE LA NAVIGATION signe, V. Le demeurant du jour, bon vent surouest; le cap en Test suest. Le jeudy xvii mc , faisant cette route, et bon vent de surouest, la hauteur fut prise a midy a trente six degrez deux minutes; le soir, le vent se tourna an su, et au sur surouest : fismes voile en Test surest, aucuns estoient un quart moins, et fit ce jour bien froid. Le vendredy xvm me de juin, 1 orient fut pris a quarante sept degrez trente minutes, la hauteur a midy trente six degrez dix neuf minutes; Foccident a septante sept degrez trente minutes; de longitude orientale quinze degrez. Le samedy xix mc , la hauteur a midy trente six degrez cinquante et une minutes. Ce jour, vismes tout plein d herbiers sur la mer, parquoy on estimoit toujours estre pres de terre, et voyons plusieurs gros oiseaux tant blancs que noirs semblables aux mar- gaux qu on voit en droguerie 1 . Le dimanche xx me jour, 1 orient a quarante six degrez; norouest souffloit fermement, faisant voile en Test suest : et ce jour, eusmes grosse tourmente toute la nuit, et le vent changea en ouest et en ouest surouest. Le lundy xxi me jour de juin, la hauteur fut prise I. <i Margot, dit IcDictionnaire de TreVoux, nom d un oiseau de mer qui estoiseau de proie et vitdu poissonqu il prend. Onle trouve dans les mers de 1 Amerique mdridionale sur ses cotes orientales et dans les mers des Indes. Les Margots sont blancs, quelques-uns sont meles de gris, et peut- etre cette difference est-elle la marque du sexe. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 27 a midy a trente huit degrez quarante deux minutes ; apres midy, le vent s apaisa et ne fismes pas grand chemin; ouest ventoit, et avions le cap en Test un quart du su. Le mardy xxii me jour de juin, le vent se creut de- vers le second quart, tenant cette route jusques au soir qu on mit le cap en Test. Le mercredy xxm mc jour de juin, vigile St-Jean- Baptiste, la hauteur fut prise a midy a trente neut degrez et un tiers. Le soir, il fit calme; la nuit, fit bon vent d ouest, ayant le cap en Test, et par 1 estime de mon point, estions au droit du cap de Bonne Espe- rance. Le jeudy xxiv mc , jour de St Jean, le vent fut grand et y eut tourmente, le vent venant du nordouest et fimes petite voile et n avions que le borset haut 1 . Levendredyxxv me jour, le vent vint d ouest; fismes voile en 1 est jusques a minuit; le demeurant de la nuit, mismes le cap en 1 estun quart du norouest; la hauteur a midy trente neuf degrez trente cinq mi nutes. Le samedy xxvi me fut mis le cap en Test nordest; surouest ventoit, et tout le demeurant du jour le vent au surouest, et fismes voile en Test nordest. Le dimanche xxvn me jour de juin, la hauteur fut prise a midy a trente huit degrez quatre minutes, et ne fit pas grand vent le demeurant du jour. i. Borset ou bourcet cst le nom que les marins de la Manche donnent au mat et a la voile de misaine. 28 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le lundy xxvm me jour de juin, la hauteur fut prise a midy a trente huit degrez dix huit minutes; vent de nord creut, et avions le cap en Test nordest, et la relevee, y eut grosse tourmente. Le jour St Pierre, apres disner, il passa un grand metz de mer par dessus le chasteau-gaillard, et n osoit en porter voile, et dura jusques au soir. Le mardy penultieme de juin, jour St Pierre et St Paul, faisoit bruine et grosse tourmente et ne fut point prise la hauteur. Le mercredy dernier jour de juin, a midy, fut prise la hauteur a trente six degrez deux minutes. Ce jour fismes voile en Test nord est, et bon vent toute lanuit. Le jeudy premier jour de juillet, fit la plus grosse tourmente que nous eussions encore point cue depuis notre partement de Dieppe. Et croy que le Dieu Eolus accompagne de Favonius et d Affricus Libo faisoient ou celebroient les noces de luy et de Thetis fort deliberez de bien faire danser. Et plu- sieurs grands poissons comme marsou ins et chau- derons s assemblerentpar grandes troupes ; et mesme notre nef et nous tous dedans dansions d une haute sorte. Apres midy, fut mis le cap a Test un quart du nordest, fismes environ de quinze lieue s; le cap fut mis en Test, et le demeurant jusques au landemain midy vallut environ vingt lieue s. Le vendredy, la hauteur fut prise a midy a trente cinq degrez et demi, et bon vent de surouest ayant le cap en Test jusques au point du jour, et le demeu rant du jour en Test nordest. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 29 Le samedy troisiesme jour de juillet, la hauteur fut prise a midy a trente quatre degrez cinquante quatre minutes, le temps beau et quasi calme faisant Test nordest. Le dimanchequatriesme jour de juillet, faisant cette route, la hauteur de trente quatre degrez trente trois minutes; nordouest ventoit; le vespre, petit vent, et toute la matinee quasi calme, et toutes les voiles haut. Le lundy cinquiesme, fut .prise la hauteur a midy a trente quatre degrez vingt sept minutes; nord ouest ventoit, petit vent. Le mardy sixiesme, on ne fit pas grand chemin. Le mercredy, encore moins. Le jeudy huitiesme jour de juillet, environ quatre heures apres midy, le vent creut au nordouest, et au ouest; et fismes voile au nordest, et au nordest un quart du nord. Le vendredy neuviesme, la hauteur fut prise a midy, a trente deux degrez cinq minutes, etbonvent sur- ouest, faisant le nordest un quart du nord. Le samedy dixiesme, et le dimanche xi me , calme et le lundy xn mc aussi. La hauteur fut prise a midy a trente degrez sept minutes. Ce jour matin, fut pesche une grande satroulle ayant bien six pie.ds de dia- metre et pouvoitbien contenir un barril depoisson; on en cuisit, mais elle apetissoit au cuire de plus de quatre pieds, et devenoit plus dure que nerf de beuf, et si n avoit pas bon goust, parquoy on jetta presque tout a la mer. 30 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le mardy xm me jour de juillet, nefismes pasgrand chemin, et le vent vint au nordest, et nous fallut mettre le cap au nord nordest. Lemercredy xiv me jourde juillet, la hauteur fut prise a midy avingt sept degreztrois quarts, et fismes notre route au nordouest par contrainte du vent; et la rele- vee,le cap fut mis au nordouest un quart du nord, et calme. Le jeudy xv me , le cap au nordouest et au ouest un quart du nordouest. Le vendredy xvi mc jour, aussi calme. Le samedy xvn mc jour, le cap au nordest; nord ouest ventoit; petit vent. La hauteur fut prise a midy a vingt sept degrez cinquante sept minutes. Le lundy xix mc jour, la hauteur prise avingt cinq degrez et un tiers, le cap au nordest un quart du nord. Le mardy, xx me jour de juillet, la hauteur prise a midy a vingt trois degrez septante trois minutes, le cap au nordouest, et depuis midy en Test nordest. Le mercredy xxi mc jour de juillet, la hauteur a midy a vingt trois degrez quatorze minutes, le cap en Test nordest. Ce jourfut veu grand quantite d oiseaux, parquoy nous estimions estre pres de Pisle Sainct- Laurens dite Madagascar. Le jeudy xxn me , la hauteur fut prise a midy a vingt deux degrez et demy. Ce jour, vent de su ventoit, le cap en Test un quart de nordest, et bon vent, toujours le cap en Test nordest. Le vendredy xxm mc jour, fut prise la hauteur a DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 31 midy a vingtetun degrez et demy; suet su surouest ventoit, la relevee, le cap fut mis en Test nordouest, et le vent vint au surouest qui poussoit assez bien. Le samedy xxiv me , veille de St Jacques, ce temps continua; le soir, environ la seconde orloge du second quart, le vent changea et circuit tout soudain. On vit la mer troublee et on jetta la sonde et trouvasmes terre a six et a sept brasses, et vismes 1 isle de Mada gascar a quatre ou cinq lieues de nous . I. Les Europeans lui out domic ce nom (isle de Saint-Laurent) pour ce qu elle fut decouverte par les Portugulois le dixiesme jour d aoust, jour consacre a saint Laurent par 1 Eglise romaine. D Almeida quicomman- dait un convoi dehuit caravelles, y aborda enl annee 1506. Les capitaines de ces huit navircs s estant embarquez, prindrent leur route de telle facon que le premier jour de fevrier de 1 an mil cinq cens et six, ilz furent porte/ en une terre neutre, de fort grande estendue, chargee de plusieurs espaisses ioretz et abondante en bestial. Puis, ilz descouvrirent dix barquerolles chargees d hommes nuds, bigarrez de diverses couleurs, les cheveux frisez avec arcs et flesches. Ilz s adressent a la navire de Fernand Soarez et montent dedans jusqu au nombre de vingt-cinq ou ilz furent recuz tres volontiers et leur donne on quelques habillemens et a manger. Personne n entendoit leur langaige et se faisoient entendre par signes. Ilz s en retour- nerent fort contens ce sembloit, mais estant un peu esloignez, ilz deliberent de payer leur ecot a coups de flesches. Ceux des navires respondent et les chassent a coups de canon. Histoire de Portugal contenant les navigations et gestes mi iiiorables des Torhigalois... comprinse en vingt limes ,dont les dotizc premiers soul traduits du latin dejerosine Osorius evesque de Syh es par S. G. i. Simon Goulard Senonois;. Paris, 1587, in-8, f. 122. a L isle de Madagascar est une bonne terre, longue de deux cents cinquante lieues, large en aucuns lieux de cent lieues : ily croist force gingembre blanc et y a quelque mine d argent, et aussi de la pierrerie. Les gens y sont ne- gres et vaillans, mais ils sont meschans, et si ne veulent faire train de mar- chandise avecq aucuns estrangers. Le Roy de Portugal y a autrefois eu une faterie oil il avait force gingembre, mais ceux de la terre les ont tuez, et depuis n ont voulu trafiquer aux Portugays, ct qui pourroit y trafiquer, il y 32 DISCOURS DH LA NAVIGATION Le dimanche xxv me , jour St Jacques, nous apro- chasmes de la terre, et toute la nuit, vismes grands feux sur la terre. Le lundy xxvi me , furent envoyez les deux petits batteaux a terre du Sacre et delaPensee; cependant qu ils y estoient, vinrent quatre sauvages de terre dedans un bateau fait d une piece de bois environ de quinze a dix huit pieds de long, et de deux pieds de large environ, de la facon d une navette de tixeran; et quand ils furent un petit pres nous, ils s en retournerent. Les bateaux qui estoient de terre nagerent vers eux, et ils se retirerent en la mer et abandonnerent leur barquette; toutefois ceux du Sacre aviserent une autre barquette qui estoit vers 1 eau de nous, qu ils poursuivirent si bien qu ils prirent deux Mores qu ils amenerent a notre bord, et leur fut donne des bonnets, des patenostres, et du bougran, et puis furent reportez a terre avec un qui estoit venu de terre de bonne veille avec nos gens. Mais pour ce qu il y avoit barre, notre maistre Michel Mery, et le capitaine du Sacre ne voulurent que nos batteaux ne gens aprochassent de terre, crai- gnant les dangers de perdre gens et batteaux; mais un de notre batteau nomme Vasse, et un d un bat- icroit grant profit. Ils ayment bien le ier et toutes autres marchandises qu on mene en Calicut, comme vermilion, vif argent et cuivre. Les gens tiennent la loy de Mahomet, toutesfois n adorent ne Dieu, ne Mahomet, mais la lune. Les voyages avantureux du capilaine Alfonce, Xaiiitongeois. Rouen, Theodore Maillart. 1578, in-4, fo 55. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 33 teau du Sacre nomme Jacques 1 Escossois, tous deux vaillans, gens bien deliberez, demanderent conge d aller a terre a nous, ce qui leur fut octroye ; et eux arrivez la, leurfirent bonne chere et les menerenten leur bois ou ils mangerent de leurs fruits; et plusieurs vinrent avec eux chargez d iceux fruits pour vendre a ceux du batteau. Mais pour ce que nous ne pou- vions aprocher, nos gens s en revinrent a nous, et les sauvages s en retournerent. Leurs fruits dont nos gens mangerent sont de la facon d un melon, ou concambre, et beaucoup plus petits, mais quand ils sont meurs, ilsont assez bonne douceur 1 . Le mardy xxvn mc , vinrent trois ou quatre Mores en une barquette, qui aporterent un chevreau, et de leur fruit dessusdit au Sacre; et on leur donna des bonnets, du bougran, et des patenostres. Le soir, nous partismes de ce lieu, et nous allasmes vers le nord nordest au long de la coste pour trouver lieu I . Ellc (1 ile de Saint-Laurent) a en longueur environ six cens lieues et en largeur deux cens quarante distinguees en divers royaumes. Ceux qui habitant au milieu et avant en pays sont fort idolastres. Les habitans des costez sont mahumetistes pour la pluspart, partie noirs, partie marquez de couleurs, les cheveux courts et crcspus... Le pays est fort fertille, arrouse de grand nombre de fontaines et de belles rivieres d eau douce, couvert de bois et forests espaisses, abondant en poisson, grosse venaison, volailles et fruits qu il produit sans grand labourage, et porte diverses sortes de racines dont les habitans usent comme nous faisons de pain . II y a des citrons ct autres arbres odoriferans a merveilles et y croist un nombre infini de ro- seaux dont le sucre provient naturellement ou est exprime artificiellement. Le gingembre y croist de tous costez. Ils le mangent verd et n ont 1 adresse de le garder sec. Ils ont force mines d argent... En leurs guerres, ils ne sc servoient que de javelots bien faiblcs. Histoire de Portugal, etc., fol. 151. Thevet, dans la description de Madagascar qu il a inseree dans sa 3 34 DISCOURS DE LA NAVIGATION plus facile a descendre, pour avoir des eaux fresches et du bois a cause qu en avions bon mestier. Le mercredy xxvm mc , au matin, furent envoyez les deux petits batteaux de la Pensee et un du Sacre pour voir s il y auroit lieu propre pour apro- cher les navires plus pres et avoir des eaux ; et leur fut bailie quelque quantite de marchandise pour avoir des vivres, et leur fut commande de retourner dire ce qu ils auroient veu, sans s exposer sur la terre; ce qu ils ne firent pas, a cause de lafamiliarite qu ils avoient cue le jour precedent avec les autres Mores Cosmpgraphie, donne quelques phrases do la langue employee pour les transactions commerciales. Elles sont entierement arabes. II a paru, dans le xvn e siecle, plusieurs relations de Madagascar redigees en francais ej en allemand. Je me bornerai a citer les suivantes : Le voyage de Pyrard de Laval en 1602, Paris, 1679, ^ ^ a suite duquel se trouve une note de Du Val, geographe du Roi, sur 1 ile Dauphine. Warhafftige, grilndlicbe and aussfuhrliche, so ivol Historische ah Chorographische Beschreibung der iiberauss reicben, mechtigen nnd weitberubmbten Instil Madagascar sonsten S. Laurentii genandt... durch Hieronymuin Megiseruin, Cburfilrstl. Scicbss. Historiographum, Altenburg in Meissen, 1609, in -12. Relations veri tables et curieuses de I isle, de Madagascar et du Bresil. Paris, 1651, in-4. La relation du voyage de Madagascar de Francois Gauche de Rouen en 1638 a ete recueillie par un sieur Morisot qui y a ajoute un col- loque entre un Madagascarois et un Francois sur les cboses Us plus neces- saires pour sefaire entendre et estre entendu d etix. Histoire de la grande isle de -Madagascar par Etienne de Flacourt, avec la relation de ce qui s y est passe entre les Francois et les originaires decette isle depuis 1642. Paris, 1661, in-4 > Relation du premier voyage de la compagnie des Indes Orientates en I isle de Madagascar ou Daupbine en 166$, par Urbain Soucbu de Rennefort, 1668, in- 1 2 ; Voyage aux isles Daupbine ou Madagascar et Bourbon ou Mascarenne. Paris, 1674 ; Les voyages du sieur Dnbois aux lies Daupbine ou Madagascar et Bourbon en 1669-1670, i6ji et 1672. Paris, 1674, in-i2. On peut con- suiter egaleinent Histoire et Geograpbie de Madagascar, par Mace Deslandes, Paris, 1845, in-8, etles Renseignenients utiles sur Madagascar. Torts et inouil- lages de la cote est de I tle, par E. Laillct. Epinal, 1877. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 35 du coste du su, et aussi que les Mores qu ils trou- verent en celieuleur firent bonne chere, ostansleurs dards et les renvoyans au bois par deux garcons. Nos gens s enhardirent et laisserent leurs rondelles et bastons aux batteaux, et leur donnerent des pate- nostres. Puiss en allerent, le centre maistre du Sacre, Jacques 1 Escossois, et Vasse avec eux; Pollet les suivoit et encore deux autres; ils leur donnoient a entendre qu ils les meneroient ou il y a force zingembre qu ils apellent chdhu, ce que nos gens crurent, et si leur faisoient semblant qu il y avoit des forgeurs d or et d argent sur la terre, pour- quoy se mirent aux bois avec eux; et si tost qu ils ^^ furent un peu dedans, ceux du derriere ouirent la voix de Jacques qui fit une grande exclamation, et soudainement virent accourir le centre maistre et Vasse qui venoient derriere, qui estoient suivis de seize ou dix huit Mores tenans dards en leurs mains. Ceux du batteau firent sonner la trompette afin que ceux qui estoient alles remplir les barillets d eau se retirassent au batteau, lesquels ne scurent si tost venir qu ils virent tuer le dit Vasse et le contre maistre du Sacre nomme Breant, et poursuivirent le demeurant jusques au bord de la mer, tenans deja la chemise du premier qu ils avoient tue, toute san- glante ; et celuy qui la portoit, de depit qu il ne sceut rattaindre le demeurant de nos gens, jetta la chemise par terre et pilla dessus. Puis, retournerent depouil- lerles autres, ct en prirent chacun leur piece; puis les vinrent laver au bord de la mer et s en allerent vcrs 3 6 DISCOURS DE LA NAVIGATION le coste du su. Nos batteaux revinrent bien lard, ct quand les capitaines et maistres sceurent la chose avenue, furent fort courroucez et marris; toutefois, aucuns aporterent graines croissans au bord de la mer aux arbrcs de la forest semblables a cubesbes, ayant quasi goust de poivre; outre plus, ils recueil- lirent de 1 arene d cntre la mer et la riviere, qui sembloit estre semee de petites lumineures on escailles d or ou d argent menu comme du sablon, ct pour ce aucuns disoient qu il y avoit nombre d ar gent. Le jeudy xxix me jour, on fit passer une once de la dite arene par la cendre, ct y fut trouve un grain ou deux d argent fin. Ce jour, fut dite une messe et un Dirige pour les trespassez, et au soir fut delibere de retourner au dit lieu pour avoir de 1 eau et pour voir s il y avoit des mines d argent ou d or. Nostre capitaine et le capitaine du Sacre y vinrent au dernier quart du jour, nos deux batteaux et les deux batteaux du Sacre esquipez de mariniers et arquebu- ziers et avcc des futailles pour 1 eau ; arrivasmes au point du jour a la terre ou il y a une moult belle descente, et de prime face, allasmes chercherles lieux oil nos gens avoienteste tuez : ettrouvasmes Bream enterre hors le bois sur le sablon, enseveli en des feuilles de palmc, ct enfoiry au sablon environ un demy pied ou trois paulmcs, et dessus avoient mis une grosse boisc scche ct plante un roseau au bout de la fosse; nous ostasmes un petit de sablon, pour voir lequel c estoit, etvismes a son visage quec estoit DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 37 Breant; et si aperceusmes aucuns coups qu il avoit en la poitrinc, et dcs coups au visage, puis fut recon vert, et entrasmes au bois pour chercher les autres ; et assezavant dedans, nous trouvasmes Jacques 1 Es- cossois tout nud, couche aux dents, ayant diverses playes par tout le corps; futretourne et luy vismesla poitrine toute pleine de coups de dards et puoit deja fort. Aupres du lieu ou il estoit, nous luy fismes sa fosse et 1 ensepulturasmes dedans. En retournant vers la rive, environ quelque espace de ce lieu, nous trouvasmes Vasse tout nu, couche a dents, perce tout au travers par les reins, si qu on lui voyoit les en- trailles, et plusieurs coups de dards au dos, aux fesses et aux costez; etfut retourne. Les tripes luy sortoient du ventre, et avoit plusieurs coups de dards au col et a la gorge. En ce lieu on fit sa fosse, en priant Dieu qu il luy plust avoir pitie de leurs ames. Cela fait, nous retirasmes vers la fontainc qui estoit vers le nord, environ cent cinquante pas, et y furent menez et roulez nos vaisseaux, lesquels furent legerement em- plis par la bonne diligence de nos gens avec le bon ordre qu y mirent nos capitaines ; amesure qu on les emplissoit , on les conduisoit aux batteaux. Cepen- dant qu on estoit la, fut regardee 1 arene et la mer qui estoit au bord d icelle, qui sembloit toute argentee, fut conclu que c estoit mine d argent par ceux qui se disoicnt a ce connoistre; mais quand nos capi taines 1 eurent bien consideree, le temps et le coust qu il y faudroit mettre pour en avoir quantite, ils trou- verent qu il y auroit plus de perte que de gain; par- 38 DISCOURS DE LA NAVIGATION quoy fut conclu de ne s y plus arrester. Et cependant que nous estions a emplir nos vaisseaux, nous aper- ceusmes dans le has, surlamontagne, quatre ou cinq negres du pays et un More blanc qui portoient chacun une dardille ou deux, ayant le fer long, plat et aigu, bien poll, qui par ce nous montroient vers le lieu ou nos gens avoient este tuez; et nous, refai- sions signe de 1 autre coste, mais nous n avions nul qui les sceust entendre, et aussi qu ils n entendoient point le Portugais. Us s assemblerent a la fin jus- quesau nombre de neufou dix, et aprocherent tou- jours au long de la montagne branlant leurs dar- dilles. On tira vers eux plusieurs coups d arquebusc, mais ils ne s en effrayerent et n en bougerent de leur lieu, parquoy nous estimions qu ils ne sca- voient que c estoit d artillerie, ainsi qu en apres ils le montrerent assez bien. Car sitost que nous retirasmes vers les batteaux, ils accoururent de toutes leurs puissances apres nous, pensans en trouver quelqu un escarte derriere; mais nous estions deja dans les bat teaux, avant qu ils fussent arrivez aubord de la mer; et s efforcerent de jeter leurs dards jusques dedans le petit batteau du Sacre qui estoit pluspresde terre; et combien que tous les arquebusiers tirassent vers eux, ils n en faisoient compte, et si n y en cut pieca frape. On tira un coup ou deux de passe-volant, mais point ne s en effrayerent; toutefois le Flament du Sacre, en laschant un passe-volant, en frapa un par la cuisse, qui s acroupit tout en un monceau, et les autres esbahis vinrent voir que c estoit; puis DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 39 retournerent vers nos gens pour jetter leurs dards. Mais Ton tira encore un passe-volant dont ils eurent peur, et un d iceux prit son compagnon blesse et le chargea sur ses espaules, puis prit la fuite vcrs le bois. Mais le Flament du Sacre tira encore un coup de passe-volant apres eux, dont plusieurs dc nos gens disoient avoir veu traper par le dos et abbatre celuy qui estoit navre et celuy qui le portoit; toutes- fois, je le vis choir et non point relever, et les autres de la bande s escarterent. Et en nous en retournant a bord, vismes venir une bandc de sauvages qui venoient par dessus le sablon du coste du su nous retrouver a bord : fut conclud entre nos capitaines et maistres de quitter ce lieu au premier vent ser vant. Et le samedy matin dernier jour de juillet, le vent vint au sur surouest, et fismes voile au ouest nor- ouest, et passasmes plusieurs banes a quatre, a cinq, a six, et a huit brasses. A midy, a dix lieues de la terre, fut prise la hauteur a dix neuf degrez justes, selon la declinaison des Portugais. Et environ midy, vismes plusieurs banes venans de quelques costez, que Ton estimoit banes du commencement, mais ce n estoient qu herbes et ordures; et vers le nord, envi ron sept a huit lieues, on voyoit de grands brisans que Ton estimoit banes ou battures ; et si on vit de la hune une isle ou deux, et vers le soir, nous en vismes sept, et ancrasmes aupres de lasixiesme; et entre ces isles, et bien cinq ou six lieues outre, sont plusieurs banes et battures. 4 o DISCOURS DE LA NAVIGATION Le premier jour d aoust, jour St Pierre et di- manche, nous descendismes en la cinquiesme isle nommee par nos capitaines, FAndouille, a cause qu elle est longuette et grosse; et y fut dit la grand messe sans consacre, et y passasmes le demeurant de la journee a 1 ancre. Le lundy deuxiesme jour d aoust au matin, nous dehallasmes, et fut mis le cap a ouest, et jusques a midy fut toujours envoye le petit batteau au devant avec la sonde, et trouva-t-on encore plusieurs banes ctplastieres, jusques environ sixlieues de la sixiesme isle, ou nous avions ancre, et la compagnie de toutes ces isles furent nominees les isles de Crainte, a cause des craintes qn elles nous donnerent; et chacune a son a part fut nommee d un nom propre : la pre miere prochainedeterre ferme, 1 isle Majeure; la deu xiesme, 1 Enchainee ; la troisiesme la Boquillonne; la quatriesme PUtile ; la cinquiesme isle St Pierre ; la sixiesme PAndouille; la septiesme 1 Avanturee, et le lieu ou nos gens furent tuez, le cap de Trahison 1 . Le soir, fismes petite voile au ouest nordouest. i. Ces iles, situees au sud du bane Pracel ou bane de Sandes Parcelar, sent petites, basses et couvertes de broussailles. Elles portent aujourd hui les nomsd iles Dalrymple, Hosburgh, Beaufort, Flinders, Woody et Smyths ou ile du Nord. Les banes et les reeifs qui les entourent sont decritsdans les Renseigneinents nautiqites sur qudques iles {parses de I Ocean Indien Sud, rediges d apres Us documents les plus recents. Paris, 1879, P a o es 162-163. Thevet donne a ces ilesle nom d Aprilocchio. Ce rivage (de Pracel) est tout charge de rochers et vient s engoulfer ici la riviere de Pracel, le long de laquelle est assise la ville de Pontane vis a vis des isles qu on nomme Aprilocchio. Non loing dela, est le promontoire de Barde : au long d iceluy gisent cinq ou six pointes jusques aux basses et sablons dudit Pracel qui DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 41 ^S Le mardy troisiesme jour a midy, ilcalmoit, et la\ mer grosse et fascheuse, et fut nominee la mer Sans Raison. Et est a scavoir que depuis que nous com- mencasmes a doubler le cap de Bonne Esperance, les gens de nos navires commencerent a devenir las, faillis et vains, ayant maladies de reins, et aucuns aiguillons de fievre; autres avoient mal de jambes qui se faisoient comme par taches meurdries de gros sang; et aucuns avoient les jambes et cuisses cou- vertesde pourpre, sans les autres maladies qu aucuns avoient gagnees par leurs merites en nostre terre avant que partir, comme la verole et les poulains, dont je me tais. Le mercredy quatriesme jour d aoust, la hauteur fut prise a midy, dix sept degrez et demy; le cap fut mis le demeurant du jour au nord nordouest, et la nuit au nord. Le jeudy cinquiesme jour d aoust, la hauteur fut prise a midy a seize degrez. Ce jour, se montra au soir des nuees en cinq ou six endroits, aucunes pieces de la nue descendants vers 1 horison de la mer en la maniere d une chausse a ypocras, la pointe en bas; et puis s alongerent longues et greles, tenant toujours a la maistresse nuee, dont nos gens eurent peur, craignant que ce fussent puchets ou tiffons; mais cela ne fit autre chose, et aussi ceux qui ont s estendent jusques au port de Guarc, le premier par moy mis en avant. La Cosmographie universdle d Andre Thevet cosmographediiRoy. Paris, 157 5, iu-fol, tome I er , livre III, fol. 105. 42 DISCOURS DE LA NAVIGATION veu des puchets disent qu ils se forment autrement, et que la pointe monte en haut et le large demeure en la mer., et que la pointe s acrochue, et se tient sucant et attirant 1 eau. Le vendredy sixiesme jour d aoust, jour de St Sau- veur, la hauteur fut prise a midy a quatorze degrez trente deux minutes. Apres midy, le cap fut mis au nordouest, vent derriere ; la longitude a cinq degrez de 1 occident. Le samedy septiesme jour, la hauteur fut prise a midy a treize degrez vingt cinq minutes, et selon la declinaison de M e Pierre Mauclerc treize degrez quarante minutes. Le cap fut mis en Test nordest, et au soir en Test, et bon vent surouest. Ce jour, ceux du Sacre prirent un marsouyn, dont ils nous don- nerent un quartier. Le dimanche huitiesme jour d aoust, nousvismes une des isles d entre Madagascar et Mosanby; la nuit, nous navigasmes a coste de la dite isle et nous es- chapa 1 . Le lundy matin, nous vismes une autre isle assez i . L ile de Mahore ou de Mayotte, la plus sud des Comores, au sud-est d Anjouan dont elle est separee par un chenal large de vingt-neuf milles. L ile est remarquable de tous les points de vue, parce que sa surface est tres accidentee. Elle est traversed dans toute sa longueur par une chaine de montagnes... Son sol, d origine volcanique, est inegal, onduleux et forme d une couche vegetale assez epaisse et d une grande fertilite, qui atteint par endroits une profondeur de quinze mitres. En s approchant de la mer, le terrain s abaisse assez brusquement et se termine dans la plus grande partie de Tile en marais fangeux reconverts de paletuviers noyes a la maree. Renseignements nautiques sur quelques iks eparses de I ocean Indien Sud. Paris, imprimerie nationale, 1879, page 187. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 43 grandc que nous aprochasmes, et fut envoye le bat- teau pour voir s il y avoit ancrage, lesquels virent une ville et plus de cinq cens hommes qui venoient vers eux, leur faisans signe de deux pavilions partis de blanc et de noir, et estoient vestus et grands hommes; mais il n y avoit point d ancrage. La nuit, nous derivasmes pour doute d une pointe, et pour nous mettre a 1 abry, et ceux de terre faisoient grands feux. Le mardy dixiesme jour, a midy, fut prise la hau teur a douze degrez au su de la ligne, et notre bat- teau alia a terre pour scavoir s il y avoit ancrage pres ? pour ce qu il n y avoit point de fond ; mais a cause des rochers et des brisans, ils ne purent aprocher de terre pourdescendre; parquoy deux de nos gens, Rene Pavian et Guillaume d Eu, y allerent a nau, et ceux de la terre n osoient aprocher; dont pour les aprivoiser, le Portugais du Sacre leur fit ruer une de ses chemises ; et apres qu ils eurent la dite che mise, ils luy aporterent une coque de palme comme la teste, et en allerent cueillir encore d autres qu ils donnerent a nos gens pour des bonnets et pour des cousteaux. Mais parce qu ils voyoient nos gens libe- raux de bailler leurs besognes, ils tenoient leurs drogues plus cheres; et quand nos gens furent re- venus, nous exploitasmes le soir et fismes petite voile en Test un quart du nord est, et petit vent. Les gens de cette isle sont noirs et ont barbe de moyenne grandeur comme nous; ont deux langages, et qui eust eu truchement du pays, chacun estimoit qu on y eust trouve tout plein de biens, car plusieurs disoient 44 DISCOURS DE LA NAVIGATION que la elite isle estoit assez semblable a 1 isle de Madere en grandeur et en facon, et semble fort abondante en fruits. Cette isle est haute au milieu et a toujours nuees espaisses sur les montagnes, si qu on voit au- cunes fois le coupeau de la montagne au dessus des nuees. En deux jours que nous fusmes entour cette isle, toujours yestoient nuees, si qu ils couvroient la pluspart de 1 isle, le plus espais au milieu et ne pou- voit on bien voir le coupeau des montagnes, dont nous estimions que c estoit d ou venoit la moiteur qui reverdissoit la dite isle. Car nos gens virent de 1 eau abondamment qui descendoit de la roche d en haut, et cheoit comme dedans un vivier. Us en em- plirent un barilletou deux; mais ils virent descendre de la montagne d autressauvages; parquoy ilseurent crainte et se retirerent au batteau 1 . Le mercredyxi me jour d aoust, fismes voile en Test un quart du nordest. Le jeudy xn me aussi; le fils de Pontillon, apres avoir este malade deux ou trois mois de quelques apos- tumes qui luyestoient venus en la tete, mourut; et pour connoistre dontcelapouvoit estre venu, lecapi- i. L ile d Anjouan on Johanna. Au centre de 1 ile s eleve un pic conique d une hauteur de 1578 metres. Sauf le matin, il est rare qu on le voie, cache qu il est paries nuages. La ville d Anjouan. que I onnomme egalement Moussamoudou, est situee sur la cote nord au fond de la bale. Anjouan est gouvernee par un sultan independant, qui reside dans la ville de la cote du nord. En voyant cette ile de 1 ouest, le capitaine Nolloth 1 a justement com- paree aux gradins d une ecole, car elle forme une succession de pics s ele- vant les uns derriere les autres, qui tous, y compris le pic d Anjouan, sont boises jusqu au sommet: Renseignements nautiques, etc., page u. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 45 taine fit taire une anatomic, et luy couper la teste tout a 1 entour jusques aux oreilles; et luy fut trouve ) sur la cervelle une grosse apostume pleine d ordure et de noir sang, fort puante qui avoit deja pourri 1 os de la teste par dedans. Apres il fut enseveli a la mode mariniere. Dieu en ait 1 ame! Lc vendredy xm me jour d aoust, nostre masterel sur le beaupre rompit. Ce jour mesme, un Breton nomme Jean Dresaulx, lequel avoit langui un mois ou deux, mourut; et fut ouvert pour voir dont luy venoit le mal, et fut trouve qu il avoit le poulmon fort empire, et avoit le creux du corps tout plcin d eau rousse tirant a jauneur, et avoit une grosse apostume en la jointure du genouil dessous le petit os qui meut, qui n aparoissoit point par dehors. Ce jour, fut la hauteur prise a midy a dix degrez et demy. Le xiv mc , jour d aoust, veille de 1 Assomption le cap en Test nordest, le vent suest. Le dimanche xv me , jour de 1 Assomption, la hau teur fut prise a midy a huit degrez trois minutes ; le soir le cap fut mis a Test; su suest ventoit. Le jour depuis 1 Assomption xvi mc jour d aoust, la hauteur fut prise a midy a sept degrez quatorze minutes, et selon la declinaison M c Pierre Mauclerc a sept degrez vingt minutes ; et fut mis le cap en Test suest; su ventoit. Le mardy xvn mc jour d aoust, est suest ventoit, et fismes voile au nordest un quart de Test, et petit vent. 46 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le mercredy xvm me jour d aoust, faisans voile au nordest, la hauteur fut prise a midy a six degrez trois quarts, et selon la declinaison nouvelle, sept degrez et unze minutes. Le jeudy xix me jour d aoust, fismes voile en Test nordest; suest ventoit. Le vendredy xx mc jour d aoust, la hauteur fut prise a midy a cinq degrez dix minutes, et selon la declinaison a cinq degrez seize minutes. Suest ven toit, et avions le cap en Test nordest. Le samedy xxi me jour d aoust, le cap en 1 est un quart du nordest, le vent su, la hauteur a midy quatre degrez deux tiers, et selon la nouvelle decli naison, quatre degrez vingt six minutes. Et le dimanche xxn me , le cap en Test, -la hauteur trois degrez et demy. Le lundy xxni mc jour, le cap en Test suest, suf- ouest ventoit; la hauteur prise a midy a trois degrez et demy. Le mardy xxiv me jour d aoust, faisant cette route, la hauteur fut prise a trois degrez et un tiers; et faut noter que depuis le jeudy de devant, avions trouve une mer belle et pacifique, et combien que fussions a unze degrez et un quart pres du soleil, si n y faisoit il point grand chaleur; et le temps estoit fort bien modere. Le mercredy xxv me , fismes le dit suest; surouest ventoit. Lc jeudy xxvi mc , faisant cette route, la hauteur fut prise a midy a trois degrez et un tiers. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 47 Le vendredy xxvn me faisant cette route, fut la hauteur prise a midy a trois degrez, et calme. Le samedy xxvm mc , calme ou bien petit vent sur- ouest, le cap en Test suest. Le dimanche xxix me , lecapen 1 estun quart du suest. Le lundy xxx mc , semblablement, su ventoit. Le mardy xxxi me , la hauteur prise a midy deux de grez un quart. Le mercredy premier jour de septembre, fismes la route en 1 cst un quart de suest, su un quart de sur- ouest ventoit. Le jeudy deuxiesme jour de septembre, faisions Test suest; su ventoit, la hauteur fut prise a midy a un degre de 1 equateur en la partie du su. Le vendredy, au suest un quart de Test, le vent au su ; la hauteur fut prise a midy a cinquante quatre minutes de 1 equateur en la partie du su. Le samedy quatriesme jour, de septembre, la hau teur prise a midy a quarante sept minutes; le vent au sur surouest, le cap au suest un quart de Test. Le dimanche cinquiesme, fismes cette route et sem- blable vent. Le lundy sixiesme jour, fismes le dit suest fran- chement. Le mardy septiesme jour de septembre, faisans cette route a midy, la hauteur fut prise a nul degre, sous la ligne; et me faisois pres de 1 archipelague de Calicut, a vingt cinq lieues ou environ de la deu xiesme isle du bout de devers le su, nous attendant en Test nordest. 48 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le mercredy jour de la Nativite Notre Dame, un de nos canonniers mourut, nomme Binet. Ce jour, la hauteur fut prise a midy a deux tiers de 1 equa- teur au coste du nord. Ce jour,fismes voile au suest; le vent au surouest, et selon mon estime, estions par le travers des isles de PArchipelague, et nous demeu- rions a dix lieues au nord vers la terre. Le mardy, neuviesme jour, vent semblable. Et le vendredy, depuis midy, calme. Le samedy, plus calme. Et le dimanche xn me jour de septembrc, plus calme. Le lundy au soir xm me jour, mourut le rouppier 1 de notre Pensee nomme Pierre le Conte d Aust 2 ; et mourut tout sec et etique de la gorre, et fut plus de trois semaines sans manger. Le mercredy xv mc jour de septembre, petit vent surouest, le cap en Test suest, ou au suest. Le jeudy xvi me jour, fut la hauteur prise a midy, et estions a deux degrez au nord de la lignc, le vent se creut un petit sur le midy et ventoit surouest, et avions le cap au suest. Le vendredy xvn mc , le vent se crcut et fismes voile au suest un quart du su ouest; surouest ventoit. Ce 1 . Rouppier ou roppier, de Panglais rope, etait le nom sous lequel on designait le maitre ou le matelot charge de Pentretien des amarres et des cordages. Le texte de M. Estancelin porte tardape, qui nepresenteaucun sens. 2. II est nomme Pierre Lecomte duns Pedition de M. Estancelin. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 49 jour mourut un Sannais 1 nomme Guillemin le Page marinier et bon homme, lequel avoit longuement langui du mal de jambes, des reins et de Festomac. Le samedy xvm me jour de septembre, environ sept heures du matin, nous avisasmes plusieurs isles et fut prise la hauteur a midy, et estions droit sous la ligne; et pour ce que nous ne sceusmes doubler les dites isles, a cause que le vent nous estoit escars et avions le cap au suest, parquoy nous relachasmes au ouest surouest. Et la nuit, eusmes force pluye et grand vent. Le dimanche xix me fismes voile au suest et aussi assez bon vent a boline et disions ces isles Farchi- pelague d aupres Calecut et Common 2 , et estions nord et su. Le lundyxx me jour au matin, furent avisees six ou sept isles au ouest et au surouest de nous et au su, et fut la hauteur prise a midy et a demy degre au su de la ligne; et ainsi que cuidions a aborder une des dites isles 3 , le vent nous fut contraire et nous fallut 1 . Sannais, natif de la vallee de la Saane. Au lieu de un Sannais, le texte de M. Estancelin donne un cinape. 2. Le cap Comorin. 3. La petite ilesitueea un demi-degre 1 au-dessous de la ligne est celle qui porte le nom de Atoll Pouwa Moloku. Elle est appelee Poua Mollucquc par Pyrard de Laval ct designee fautivement sur la carte de Horsburgh sous les mots de Atoll Pona Molubque. Les lies Maldives (Malaya Dwipa, les mille ties) sont divisees en dix-sept groupes s etendant depuis 1 equateur jusqu au huitieme degre nord. Un certain nombre d entre elles sont fertiles et bien cultivees ; les habitants professent tous la religion musulmane. W. Hamil ton, Statistical and historical description of Hindustan. Londres, 1820, in-4, tome II, pages 299-301. L ile oil aborda Parmcntier est marquee sur la carte dite de Henri II et 4 50 DISCOURS DE LA NAVIGATION relascher ; et ne cessasmes jusques au vendredy en- suivant de lofuyer pour en atraper quelqu une. AJais quand nous cstions pres, nous ne trouvions point d ancrage; puis venoit vent contraire et pluyes jusques audit vendredy que trouvasmes une isle verte et bien plantee de palmes contenant une lieue ou environ. Jean Masson prit nostre petit batteau et descendit a terre, et aussi fit le batteau du Sacre. Ceux de terre leurfirent bonne reception et leur presentment leurs fruits de palmes et defigueslongues; etjean Masson nostre truchementleur donna deux cousteaux et des miroirs et quelque petit de mercerie; et ils luy firent present pour le capitaine d une petite charrette arti- ficiellement faite d une piece qui se plioit en deux, et aussi envoyerent au capitaine, entre deux feuilles d arbre, environ deux ou trois livres de sucre candi qu ilsnommerentZagre, qu ils font des dites palmes, et environ un quarteron ou demi cent de pelotes de gros sucre noir, qui est tire d avec le dit sucre candi, que M. Jomard a reproduite dans ses Monuments de geographic ou recneil d amiennes cartes europeennes et orientales, in-fol. Elle est designee sous le nom de la petite Molucque. Le navire Je Cor&mabordduquel etait embarque Pyrard de Laval fit nau- frage,le ie r juillet i6o2,sur lesrecifs del ile de Pandoue a cinq degresaunord de la ligne. Pyrard de Laval, qui sejourna quelque temps dans les Maldives et visita les iles principales, en a donne une description fort exacte et fort inte- ressante. Voyage de Francois Pyrard. de Laval contenant sa navigation attx Indes orientales, Maldives. Moluques etau Bresil...diviseen trois parties. Paris, 1679, in-4. Part. I. pages 34-234. On peut consulter aussi le memoire dej. Hors- burgh insere dans le tome II, pages 72-92 du Journal de la Societe royale de geographie de Londres, sous le titre de : Some remarks relative to the geo graphy of the Maladdiva Islands, etc. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 5 1 ainsi que le marc ou 1 assiette de la chose dont est le dit sucre compose. Le samedy xxv mc jour de septembre, mourut un de nos mariniers nomme Jean Francois. Nostre capitaine descendit en la dite isle luymesme en personne, ayant les deux batteaux bien armez et en bon ordre ; et fut fort honnestement receu du prin cipal et grand archiprestre de 1 isle, lequel se vint age- nouiller devantluy, et luy voulut baiser les mains en luy presentant un beau gros limon tout rond comme une grosse orenge ; et le capitaine le courut lever et embrasser, et luyfit presentde deux grands cousteaux que fort il estima. Le menupeuple de 1 isle escalloient force de coques de pal me, et presentoient a boire 1 eau de dedans a nos gens. Item, il y en cut encore deux ou trois de 1 isle qui presentment un petit de limons au capitaine. En cette isle, il y avoit un temple ou mosquette de facon assez antique et magistralement faite et composee de pierre. Le capitaine le voulut voir tant dedans que dehors : le grand prestre le fit ouvrir et entra dedans, et 1 ouvrage luy pleut fort, et en especial une closture dc hucherie qui y estoit fort bien assem- blee, enrichie de moulures d antique les plus belles qu il vit jamais, avec balustres mignonnement tour- nees, si que le menuisier de nostre nef s esbahit de voir si bon ouvrage en ce temple, avec des galeries tout autour ; et au bout, un lieu secret clos de hu cherie, comme un Sancta sanctorum. Le capitaine le fit ouvrir pour voir qu il y avoit dedans, et pour 52 DISCOURS DE LA NAVIGATION scavoir s il n y avoit nuls idoles; mais il n y aperceut qu une lampe faite de coques de noix de palmes. Le comble ou voute du dit temple cstoit de forme ronde, bien lambrisse et peint d antique. Aupres de ce temple, y a une piscine ou lavatoire pave a fond de cuve, de pierre comme marbre, bien taillee a bonnes moulures d antique, et sembloit composee de grande anciennete. ErTuh autre lieu plus a coste, avoit une maniere de puis ou fontaine quarree, pro- fonde de six ou huit pieds, et dedans avoit plusieurs perches ayant chacune une courge au bout dont ils puisoient 1 eau; et ce lieu estoit tout pave a fond de cuve, et semblable pierre que le lavatoire dessus dit; et ont en cette isle, plusieurs puis ou fontaines sem- blablcs, et si y a plusieurs petites chapelles ou ora- toires, et suivant la forme du grand temple 1 . i . Pyrard do Laval donne une description des mosquees des iles Maldives qui concorde avec celle de la relation du voyage de J. Parmentier. La religion qu ils tiennent est celle de Mahomet, et iln yen a point d au- tre par toutes ces isles, si ce n estdes estrangersquiyabordent, encore sont- ce le plus souvent Arabes ou Malabares ou Indois de Sumatra qui tiennent la mesme religion. Lcurs temples s appellent mesquites qui sont bien bastis de belle pierre taillee et bien jointe, la muraille espaisse au milieu d un grand enclos carre, entoure de mu rallies oil est leur cimetiere oil ils enter- rent leurs morts, c est a scavoir une partie, car ils choisissent leur sepulture oil ils veulent et ils en veulent avoir chascun une en particulier. Ce temple est quarre et il est tourne vers Foccident pour ce qu ils disent que c est le coste du sepulcre de Mahomet... Le comble est fait de bois ; en quoy j ai admire la charpenterie ; car cela est si poly et si bien ouvre qu il ne se peut rien de mieux. Les parois sont revestus dc bois menuise et travaille de mesme. Et le tout, taut la charpenterie du dessus que la menuiseric du de dans, est assemble sans clou et sans aucunc cheville, et il tient neantmoins si fermejqu on ne le pcut desassembler, a moins qu on en sceust 1 artifke... DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 53 Leurs maisons sont pctites et mechanics. Les gens petits et maigres, et nos gens ne virent guere de jeunes femmes, mais quasi toutes vieilles, maigres, pauvres et chenues, et y avoit peu de chose en leurs maisons. Parquoy on estimoit qu ils avoient fait retirer tout leur bon bagage dedans 1 isle, et leurs jeunes filles et enfans, craignans qu on ne les prist par force, et cela se pouvoit facilement faire par le conseil de 1 archiprestre quiest un grand sage homme. Car il y eut un petit estrif entrele capitaine et lePor- tugais du Sacre : car le dit Portugais disoit a ses compagnons que cette isle estoitune des isles de Mai- dive, ce que ne pouvoit estre ; car nous etions demi degre au su, et les isles de Maldive sont depuis sept degrez jusques a dix-sept en la bande du nord ; par- quoy le capitaine luy dit qu il ne disoit pas bien, et pertinax en son opinion disoit que si, ct que Ton demandast a 1 archiprestre ; lequel archiprestredit que cette isle avoit nom Moluque et que les isles de Mal dive en estoicnt bien a deux cens lieue s au nord de la dite isle. Nonobstant, j ay veu depuis en une carte de Portugal ou les isles dessous la ligne sont nominees de Maldive ; outreplus, le dit archiprestre Au bout du temple, vcrs 1 occident, il y a un petit enclos de bois, comme un memoire de choeur d eglise (c est a scavoir celuy de Tisle de Male) oil se met le roy avec celuy qui est le plus proche de sa personnc qui porte son espee et sa rondache, le grand Pandiore (Cady) Tun des Catibcs (Khatib, predicateur) et les quatre moudins (mouezzins). Francois Pyrard de Laval Voyage, part. I, pages 92-93. Les Maldives sont aussi designees par les cosmographes du xvi" siecle sous le nom de Moluques. 54 DISCOURS DE LA NAVIGATION montra au capitaine en quelles erres du vent gisent les terres d Adam, de Perse, d Ormus, de Calicut, de Zeilan, de Moluque, et de Sumatra; et montroit cstre homme scavant et avoit beaucoup veu, et estoit fort devot, humble et amiable, de hauteur com mune, la barbe blanche, se montrant aage de quarante a cinquante ans, duquel le nom estoit Brearou Lea- carou. Cependant nos gens chargerent des eaux, et le capitaine les paya honnestement de leurs coques et figues longues et vertes qui furent chargees aux batteaux, et prit conge d eux, et fit retirer ses gens dans les batteaux pour retourner en leur nef qui loiiioit parfaute d ancrage. Us appellent Dieu Allah. Et ce soir, apres souper, fismes voile au suest un quart du su, vent a boline. Le dimanche xxvi me de septembre fut prise la hauteur a deux tiers de degre au su ; le soir fit un petit calme. Et le lundy ensuivant, le soir vers la fin du pre mier quart, le vent vint, mais il n avoit point d ar- rest. Le mardy xxvm me jour de septembre, fut la hau teur prise a midy, a trois quarts de degre au su, faisant voile au suest un quart du su, et au su suest. Le mercredy xxix mc , surouest ventoit et fismes voile au suest un quart de Test. Le jeudy xxx me jour de septembre, ventoit et fismes voile a Test suest; la hauteur fut prise a midy a degre et demi au su. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 55 Le vendredy premier jour d octobre, petit calme et petit vent variable. Le samedy deuxiesme jour d octobre, la hauteur fut prise a midy a un degre treize minutes en Test suest. Le dimanche, petit vent et calme; le lundy aussi. Le mardy cinquiesme jour d octobre, la hauteur fut prise a midy a un degre et un tiers ; petit vent, ayant le cap en Test suest. Le mercredy sixiesme jour, devant le jour, durant le dernier quart, mourut Aleaume de Rambures, qui avoit este fort malade, et mourut fort use et sec. Le jeudy septiesme jour, a midy,futprise la hauteur au su a un degre quarante et une minutes ; vent entre deux lotz, le cap au suest un quart de Test. Le vendredy et le samedy en Test suest, et vent derriere et a quartier. Le dimanche dixiesme jour d octobre, la hauteur fut prise a midy a deux degrez douze minutes et me faisois a cinquante cinq lieues de 1 isle de Taprobane. Le lundy, mardy, mercredy, et jeudy xiv me jour, nous eusmes tout plein d indices de la terre, car un tiercelet de faucon qui s estoit tenu en nostre nef douze ou quinze jours, prenant tous les jours sa prove et la venant manger sur nostre verge, et fut pris par deux fois et luy donna-t-on conge, il nous laissa, parquoy nous estimions qu il avait veu terre ; et si prismes un martelet, et un hochecu vint a notre bord ; fismes voile en Test un quart du suest : le plus du temps, vent derriere et bon vent. 56 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le jeudy, la hauteur fut prise a midy a un degre six minutes ; et ce jour fut veu un serpent venant de terre et une lune d eau. Le vendredyet samedy, nous eusmes tout plein d indices de terre, comme de petits oiseaux et de varest. Ceux du Sacre pescherent deux serpens lies par les queues qui flotoient sur la mer et en firent present a nostre capitaine, et tous les jours ensui- vans, nous voyons toujours quelques indices de terre. Le dimanche xvn me jour, nous pensions voir 1 eclipse. Ce jour mourut un de nos trompettes nomme Beausseron. La dite eclipse ne fut vue au moyen du temps, de 1 obscurite, et des pluyes qui faisoient empeschement d en voir quelque partie, selon notre avis ; car nous eusmes toute la nuit et semaine bruines et pluyes, et fismes assez bon che- min, car le plus du temps, eusmes vent derriere a quartier, et faisions voile en Test un quart du suest. Le lundy ct le mardyxix me jour d octobre fismes cette voye. Le mercredy xx mc jour a midy, un des mariniers de notre nef nomme Pollet, vit terre, que Ton n esti- moit qu une petite isle ; mais en decouvrant, agran- dissoit 1 . i . L ile de Poulo Nyas designee sous le nom de Plate-Verte sur la carte dieppoise publice par Ramusio et sur d autres cartes du xvi siecle. Cf. sur Poulo Nyas, Vetli, Woordenboek van Nederlandsch Indie, tome IV, pages 568 et suiv. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 57 Etle jeudy envismestroisou quatre, et entrasmes entre deux isles fort couvertes de grands bois, ce qui sembloit que ce fut haute terre, et nonobstant elle estoit fort basse 1 . Ce dit jour mourut un des pages de nostre navire, nomme Barbier. Ce jour nous descendismesala petite isle,ettrouvasmes que c estoit beau bois pour nous racoustrer, parquoy, Levendredy,nousyretournasmesetabatismes force bois, et le samedy aussi, et prismes la hauteur a midy a deux tiers de degre au su. En allant en cctte isle, nous trouvasmesplusieursboures; nous entirasmes plusieurs hautou nous trouvasmes toutplein de bon poisson et de diverses sortes, colorez et figurez, et estoient en desnassesfaites de clissettes de bois bi en faites, quasi en maniere d un coeur, fors qu il estoit un peu rond par bas, et les cordes pour les haller n estoient que de rampe grosse comme le doigt, faites ainsi qu un roseau, mais elles estoient trop plus longues que roseau ; car il y en avoit qui avoient plus de vingt brasses de long et est fort simple, et sont quasi aussi grosses a un bout qu a 1 autre, et sont nouecs ensemble trois ou quatre, bout a bout pour tenir la nasse et la boure. Ceux du Sacre pri- rent leur bois et leur eau a la grande isle, a cause qu ils estoient ancrez aupres ;nous a la petite. Etces deux isles ne sont point habitees de gens. i. Ce chenal, oil s engagerent la Pensee et le Sacre, sc trouve entre Tile de Tanah Massa et cclle de Poulo Nyas. La petite ile dont parle 1 auteur de la relation est celle de Tanah Ballah . 5 8 DISCOURS DE LA NAVIGATION Lc dimanche, nous retournasmes a 1 islc, et y fut chantec messe par nostre chapelain, et aussi y avoit chante le samedy semblablcment ; puis, recueillismes du bois pour faire Ics cloaisons en notre ncf. Et cependant que nous allasmes a terre, le Four, fils de 1 oublieur nomme Thomassin le Boulanger mourut, dont Dieu ait Tame. Et allasmes le capitaine et moy, avec le capitaine du Sacre, voir 1 isle Parmentiere, qui estoit fort bien plantec de bois, et si y avoit au bord de la mer, une fontaine d eau douce fort claire et excellemment bonne. Le lundy, jour St Crespin et St Crespinian, fusmes requerir le demeurantde nostre bois, et recueillismes cinq nasses en chcmin avec les boures ct cordages, et si eusmes du poisson pour faire chaudiere, et jet- tasmes deux de nos nasses pres nostre nef. Le mardy, on y trouva quelque peu dc poisson et l aporta-t-on a bord. Le capitaine prit la situation de ces deux isles ou nous fusmes, ettrouva que la Louise et la Parmentiere gisent nord et su par le milieu, et sont distantes 1 une de 1 autre dix licue s. La Margue rite ct la Parmentiere gisent surouest et nordest, distantes par le milieu 1 une de 1 autre trois lieues et par le bout devers Test une lieue. La Parmentiere est au su dc la ligne a deux tiers de degre, et aupres des deux, y a bel ancrage partout a vingt-cinq, a vingt, a dix-sept, et a quinze brasses. Le mercredy veille St Simon et St Jude, mourut un nomme Nicolas Boucher, serrurier, premier ma- ladc, etle jour devant mourut Colinet Fayolle, argen- DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 59 tier du Sacre. Ce jour, apres midy, nous partismes des dites isles. Le jeudy xxvm me jour St Simon et St Jude, fismes voile en 1 estnordest, etpassasmes entre la Parmcn- tiere et la Marguerite, outre la Margueiite. Et entre la Parmentiere et la Louise est une longue barre de banes environ de huit ou dix lieues, et gisent nord et nordest et su suest 1 . Ce jour, fismes environ huit lieues. Le soir, mismes les voiles bas ; et y a diverses marees, car il n y a isle ne cap qui n ait maree di verse ; mais la maree plus continue vient de Test. Le vendredy xxix me jour d octobre au matin, nous vismes terre grande, toute rangee quasi nord et su. Le samedy, nous en aprochasmes a dix oudouze lieues pres. Le dimanche dernier jour d octobre, ancrasmes a deux lieues de la terre. Et le lundy jour de Toussaints, nostre grand bat- teau et celui du Sacre furent a terre, et nageasmes longuement au long de la cote, sans trouver des- cente ; mais, a une petite ance, nous trouvasmes lieu assez convenable pour descendre, et se vinrent pre senter devant nous plus de trente des gens du pays avec rondelles, dards et espees; mais, sitost que i. Ces trois iles, qui font partiedu groupe des ilesBatou, sont designees aujourd hui sous les noms malais de Tanah Ballah (la Louise), Tanah Massa (la Marguerite) et Poulo Pini (la Parmentiere). Les noms de Louise et de Marguerite furent donnes a deux d entre elles en 1 honneur de Louise de Savoie, mere de Francois I er et de Marguerite de Navarre, sceur de ce prince. 60 DISCOURS DE LA NAVIGATION nostre truchement et factcur Jean Masson cut parle a cux, il s en mit deux ou trois a 1 eau, et vinrent en nostre batteau, aporterent du ris un petit pour des cousteaux et des miroirs, et un coc etun pouchin que nous renvoyasmes pource qu ils vouloicnt avoir un bougran pour cela; et nous montrerent du poivre, disans qu il en croissoit force en cetteislc, et qu il y croissoit de Tor ; mais qu il y avoit a une, deux, ou trois lieues de la vers le su unc villc nominee Ti- cou ,011 le Roy nomine Sultan Megilica* setenoit, ct s en vinrent trois avec nous qui nous promirent nous y mener, moyennant que chacun eust un bougran rouge, et quelques cinq quartiers de toile blanche, un cousteau et un miroir. Le mardy matin jour des Morts, vint un esquif de terre, et trois hommes dedans, dire au capitaine 1 . Ticou est le nom d un canton de la residence de Padang dont le chef- lieu porte le meme nom. Le village de Ticou compteaujourd hui huit cents maisons construites en bambou. Le port est bon, et les navires s y trouvent abrites contre tous les vents. La rade est couverte par trois lies basses. Lcs Hollandais etablirent en 1670 a Ticou une factorerie fortifiee pour proteger leur commerce de poivre et de poudre d or. Elle fut abandonnee pendant quelque temps, puis reoccupec ; le fort fut reconstruit en 1823. Veth, Woordcnloek van Nederlamhcb Indie, tome III, p. 961. 2. Thevet fait mention dans sa CoswograpJrie de ce prince qui re gnait a Ticou. Cesteisle cy (Sumatra) estantgouvernee de plusieurs roytclcts qu il a este dit cy devant, en 1 an mil cinq cens vingt trois, la pluspart de 1 isle fut saccagee et brulee par quelques pilotes et gens de guerre de Cephala : a la compaignie desquels estoit un vieil chrestien abyssin nomme Athiel que je trouvay en Egypte qui me compta des choses grandes et remarquables qu il avoit veucs y estant esclave six ans cntiers au royaume de Pedir, du temps d un roy nomme Megelicaraga, mot moresque, qui sc tenait a Ticu ville dudit royaume. Cosmographie, fol. 422, v. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 61 que le Ro*y luy mandoit qu il fust le bicn venu, et qu il menast encore son navirc entre la terre et trois isles qui sont devant la ville de Ticou, et que nostre navire y seroit seurement et en bon abri, et que le Roy luy vouloit faire quelque present, et le capi- taine luy dit qu il remercioit le Roy, et qu il avoit volonte aussi de luy faire un honneste present et Taller voir a terre ; et les ancres furent levez, et allasmes entrer entre la grand terre et le prochain islot 1 . Et quand nous fusmes arrivez et jette 1 ancre hors, arriva un autre esquif de terre qui fit present de par le Roy au capitaine de deux chevreaux, un quarteron de coques, et un boisseau de ris, avec feuilles de botre et chaux vive esteinte, et d une racine fort mince en une escuelle de cuivre en facon de tasse, le bord espais et le demeurant tendre, bien legere. La botre est une feu ille dont ils tiennent grand compte et en mangent fort souvent devant ou apres leur repas, avec un peu de chaux esteinte, et en la mangeant, elle donne bonne odeur, et rend un jus rouge dont ils ont les dents rouges, et cela leur garde leurs dents 2 . 1 . Les ilots qui se trouvent devant Ticou sont au nombre de trois : ils sont boiscs et situes a environ trois quarts de mille 1 un de I autre. Ils por tent en malais les noms de Poulo Rapie, Poulo Kassi etPoulo Tonga. Ins tructions, etc., p. 71. 2. La plante du betel porte en malais le nom de sirib. Le mot bontir, dont 1 auteur a fait botre, designe la petite boule de chaux couverte de feuilles dc sirih que machent les habitants de la Malaisie. D. Garcia de Orta, medecin du vice-roi des Indes, a ecritunehistoire des plantes aromatiques et des simples qui croissent aux Indes. Get ouvrage a 62 DISCOURS DE LA NAVIGATION Lc mercredy, il vint encore unesquifdc terre dire que le Roy entendoit que nostre capitaine descendit. Le capitaine dit qu il n iroit point a terre qu il n eust de tons pleiges dedans la nef: et ils dirent qu ils auroient des pleiges assez, et fut conclud que Jean Masson, Nicolas Bout, et moy, irions a terre ; et demeura deux ou trois pleiges pour nous dedans le bord, a celle fin que nous eussions connoissance de ceux de la terre qui cstoient plus suffisans pour estre pleiges de nos capitaines. Nous, descendus a terre, fusmes recueillis assez humainement de ceux du pays, et conduits jusques au lieu ou le lieutenant du Roy nomme Tue Biquier raza nous attendoit avec toute la seigneurie de la ville de Ticou, lequel vint au devant de nous accompagne de deux principaux gouverneurs, et nous le saluasmes pensans que ce fust le Roy, ainsi que nous avoient donne a entendre ceux qui nous conduisoient. Apres la salutation, il nous mena sous un arbre ou tous ses gens 1 atten- ete traduiten latin par Cluvius et public par Plantin en 1567. D. Garcia de Orta donne au betel le nom deBetre. In Malavar vocatur Betrc, in Decan, Guzarate et Canam Pain, in Malaio Siri. Aromatum.,. bistoria, etc., p. 92. i. Cc nom, mal orthographic, doit etre ainsi restitue :BouBequierRaza (Abou Bekr radja) ; le manuscrit qui a servi a 1 edition publiee parM. Estan- celin donne le mot Rais commc terminant le nom de cet officier. Cette lecon me semble devoir etre preieree a celle de Radja. Nous trouvons ce meme titre dans la relation d /m gran capitano del mare fraiicese del Itwgo di Dieppa : lo non hebbi pratica salvo che di duoi oirkiali di tutto il detto luogo, e sotto questo re, delli quali 1 uno era il capitano delli genti d armi nominate Nacanda rai a che vuol dire il capitano del re. Ramusio, tome III, page 432. Le mot Nakhouda est persan et designe, dans cette langue, le patron et le pilote d un batiment. Le terme arabe Rei s a la signification de chef et celle de capitaine de navire. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 63 doient ; et s assit a terre les jambes croisees comme jm couturier, et a sept ou huit pieds de 1 environ ses gens s assirent en maniere d une couronne, a la pou- drette, les jambes croisees, et nous fit signe que nous nous scissions comme les autres ; ce que nous fismes, et on luy vint presenter des feuilles de botre et aux principaux, et nous en fit donner dont nous man- gasmes. Aprescela,ledit lieutenant demandaqui nous estions, qui nous menoit, qui nous cherchions. Jean~ Masson luy dit en la langue malaye que nous estions Francois, et qu il y avoit huit mois que nous estions partis de nostre pays, pour les venir voir, et leur aporter de bonnes marchandises de nostre pays dont il leur nomma plusieurs especes, et aussi pour avoir de leur poivre et autres marchandises, ce qu ils escou- toient volontiers. Us demanderent si nous estions point gens de guerre ; il leur repondit que nous estions marchands, et que nous ne demandions que paix et amour ; mais qui nous voudroit faire tort, estions gens pour nous deffendre et vanger ; et que nos capitaines avoient grand desir detrouver bonne paix et amour avec eux ; et ils dirent qu ils le seroient aussi. Et apres plusieurs paroles ou n entendions rien, car Jean Masson ne nous disoit pas tout en francois, ledit lieutenant du Roy se leva et tous les seigneurs et nous aussi, et fusmes conduits en la maison d un des principaux gouverneurs de la ville, ou nous lusmes bien traitez a la mode du pays, une natte de de jonc blanc estendue sous nos pieds ; et nous fut presente pour notre souper un plat de pourcelaine 64 DISCOURS DE LA NAVIGATION plein de riz a demy cuit a 1 cau sans sel, et environ la moitie d un coq hache par morceaux avec le brouet qu ils mirent sur le riz, et la grand tasse de cuivre pleine d eau claire, et mangeasmes tout ala belle sauce d apetit avec un peu de pain que nous avions aporte de la nef, qui bien nous servit. Et puis apres souper, nous couchasmes au lieu ou nous avions soupe sur la natte de jonc tendre ; et nos manteaux nous servirent d oreiller, et Dieu scait comme nous fismes mains tours la nuit ; et ainsi attendismes le jour que nous desirions fort pour nous peigner, arm d abatre la plume de nos cheveux. Le matin, nous retournasmes a la nef, et vintavec nous le Chabandaire de Ticou l , qui est quasi tout I. Chahbender est un mot persan qui signifie le roi du port. C est 1 equi- valent du titrearabe deMelik el Tomljar (roi des marchands) donne au nego- ciant le plus notable d une place de commerce, ou a un officier servant d intermediaire entre les differetites corporations et les etrangers pour 1 esti- mation et la fixation duprix des differentes merchandises. II intervenait dans les discussions et les differends qui s elevaient en matiere commerciale. <( Entre les officiers royaux y en a deux des plus remarquez et qui tiennent la main a tout 1 Estat et police, a sc,avoir le general de Farmee qu ils appel- lent Nacauda-Roua c est-a-dire Royal Capitaine et un qu ils nomment Cbain- h udiire lequel a charge de donner pris a toutes marchandises qu on porte en 1 isle ; et sans licence duquel il n est aucun si hardy, qui osast achepter ni vendre : aussi est-ce lui qui leve les daces et tributs qui sont deuz auRoy sur chacune especede marchandisc. C est luyqui fait satisfaire et payer aux marchans estrangers leurs dcnrees seurement et fidclement si quelqu un de 1 isle achepte d eux quelque chose. Thevet, Cosmograpbie, fol. 422, v, 423. Vincent Leblanc nomme cet officier (( Sabandar. Le roy de cc pais voyant son peuple de si peu de foy, et que cela luy tourne a mespris et dommage, il leur deffend de negocier et fait reconnoistre la quantite qu un chascun a de poivre et y fait mettre un certain prix auquel ils aycnt quelque DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 65 gouverneur du Roy, et assiet les prix de toutes les marchandises qui s acheptcnt et vendent, et tient les poids et les mesures, et nul n oseroit vendre ou achep- ter sans son conge ; et croy qu il a luy seul tons les offices du royaume, car nous n y vismes point d au- tres ofliciers ; et Dieu scait les belles promesses que ledit Chabandaire nous fit, tant de nous faire bien vendre nos marchandises, que de nous faire charger du poivre. Nous venus en nostre nef, il fut recueilli honorablement de nos capitaines, ainsi que si c eust este la personne du Roy. Le capitaine luy fit un pre sent assezhonneste, et luyfitmontrer plusieurssortes de nos marchandises desquelles il nous promit avoir bientost la depesche ; mais il disoit qu on ne scauroit faire marchandise tant qu on eust fait le pre sent au Roy, et eust bicn voulu que ce jour mesme Ton eust este le faire: mais il fut differe jusqu au dimanche septiesme jour de novembre. Ce nonobs- tant, que tons les jours il venoit quelque messager dire que le Roy n attendoit que ce present, et pour- quoy on differoit tant. Cependant nos capitaines firent faire des habits triomphans pour se presenter devant le Roy en bon ordre pour faire le present. profit, puis il envoya son Sabandar, 1 un des principaux de son palais avec ses gens, aux magasins pour en negocier avec les marchans du dehors. Mais il faut estre averty de trocquer les marchandises a moitie", chose pour chose, et 1 autrc moitie en argent. Les voyages fametix du sieur Vincent Leila nc, niarseillais. . . redigezfidelkment stir ses ineinoires et registres tires de la Biblio- theque de M. de Peiresc, consciller ait Parlement de Provence et enricbis de tres cm tenses observations par Pierre Bergeron. Paris, 1648, in-^. part. i,p. 137. 5 66 DISCOURS DE LA NAVIGATION Le dimanche septiesme jour de novembre, nos capitaines esquiperent les bateaux, et descendirent en bon ordre a terre avec leurs presens, et n y sceus aller, a cause d un heurt que j avois eu en la jambe, en retournant de terre, en descendant en notre nef, parquoy je n en feray pas long recit a cause que je n en ay rien veu. Mais le present fut honorablement porte et honnestement receu selon la coutume du pays, avec bonne paix, alliance et amour par foy promise entre France et Ticou, promettans estre tous amis de leurs amis, et ennemis de leurs ennemis, et eux a nous par reciproque, tant qu ils disoient tous, Ticou France, et France Ticou. Le dimanche quatorziesme jour de novembre, pour ce qu ilm estoitun peu amende de ma jambe, j allay voir le capitaine a terre, et m y tins huit jours avec luy, et autres huit jours avec son frere, a cause du barbier du Sacre qui medecinoit ma jambe. Durant ce temps, on fit quelque peu de marchandise avec ceux de la ville et les marchands de dehors, environ jusques a une livre d or, d un peu de miroirs, de coins de fer, et sept ou huit aunes de rouge, et non pas sans fort barguigner, et ne fit on autre chose durant quinze jours que nous fusmes a terre : par quoy nos capitaines delibererent d eux retirer, et nos marchandises auplustost, parquoy Maistre RaoulPar- mentierqui estoit demeure a terre fut prendre conge duRoyet des Oranchaies J , ce sont les grands sei* i . Le mot malais Orang caya signifie litteralenient homnie riche ; on de- signe sous ce nom et les notables et les personnages de marque . DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 67 gneursdeTicou : maisquandcevintau partir, leCha- bandairene nous voulut point laisser aller qu il n eust un sien frere, et encore un autre de Ticou qui estoient en ostage aii Sacre. Le capitaine luy promit qu il ne partiroit point de la terre que les autres fussent ve- nus. Nonobstant toutes promesses, voyans que nous faisions nos aprests pour partir, le dit Chabandaire assembla plus de cinq cens hommes, ayans chacun une pertuisane emmanchee de roseau ou de bois, une rondelle et un gois. Le Portugais du Sacre qui alloit etvenoitavant lavillefut adverti de ces choses, etvint prier au capitaine qu il leurbaillast ostage, jus- qu a ce que leurs gens fussent venus, pour eviter a tous belliqueux debats, qui sont dangereux de tous costez, et qu il estoit content de demeurer pour un, et je dis que je demeurerois volontiers pour 1 autre. Le capitaine dit que je ne demeurerois point, et M c Jean le Paintre se presenta pour y demeurer ce que le capitaine acorda. On fit vcnir le Chabandaire, et le Portugais luy dit cequi avoiteste ordonne, dont il fut content; mais il ne voulut point que M e Jean demeurast, mais que je demeurasse avec le Portugais pour ostage : le capitaine ne vouloit; je le priay de demeurer, ce qu il m acorda bien envi. Le Chaban daire nous mena chez nostre premier hoste, et nos gens se retirerent a bord en bon ordre, a tout lances a feu, arquebuses et rondellcs, et nous voyons en allant avant la ville grand flote de gens portans ron- delles et dardilles, dont je faisois semblant de rire, ct notre hoste me regardoit et rioit, et quand nostre 68 DISCOURS DE LA NAVIGATION capitainc fut a bord de la riviere, il envoya un autre bateau a bord, pour aporter les pleges et ostages, et dit qu il ne partiroit de terre tant qu ils fussent ve- nus, et furent longtemps sur la greve a faire le co- limasson, et se mestans en ordre de bataille le tam bour, le phifre, et la trompette sonnoient; et ceux de Ticou estoient grande multitude qui les regar- doient de bien loin, et avoient grand peur. Parquoy le Chabandaire nous vint dire quc j allasse au capi- taine luy dire qu il se partist de la, et que nous ne partirions point tant que les ostages fussent en leurs maisons : je dis au Portugais que cela ne seroit pas bon, et que s ils vouloient, apres avoir eu leurs ostages, ilsnous retiendroient; etil dit qu il leur avoitpromis ainsi ct que je ne doutasse rien. Toutefois je fis pro- mettre la foy a Molona l et a mon hoste qu ils garde- roient qu on ne nous fist aucun destourbier, ct que j irois vers le capitaine luy dire que je ne partirois de leur terre tant que les ostages fussent venus, et ainsi fut fait. Et quand je fus vers le capitaine, il me dit que je demeurasse avec luy et que je ne retour- nasse point, et qu il avoit envoye querir les ostages; mais qu il ne partiroit point du bord du bateau tant qu Antoine le Portugais ne fust venu. Je luy priay afin qu il n y eust plus d estrif, qu il envoyast hardiment les ostages en leurs maisons, et que je retournerois avec le dit Antoine, ceque jeluy avoispromis; ildit i . Maulana (Notre Seigneur), est un terme de respect donne par les musulmans aux pcrsonnes revetues d un caractcre religieux, ou exergant des fonctions judiciaires. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 69 qu il le feroit, puisque je le voulois ainsi, mais qu il ne partiroit de terre que nous ne fussions a sa com- pagnie. Quand je fus retourne, ils me demanderent pourquoy notre capitaine ne s en alloit, je leur fis dire que c estoit pour ce qu il avoit jure ne partir de terre tant que leurs gens ne fussent venus. Ils deman derent pourquoy notre capitaine estoit ainsi parti de la ville en ordre de bataille, et je dis qu on nous avoit avertis qu ils s estoient mis en armes pour nous tuer; et ils dirent qu on leur en avoit dit autant de nous. Et quand leurs pleges furent venus, ils nous donnerent conge amoureusement, et nous embras- serent disans : Ticou, France! et adieu Ticou. On demanda six marcs d or au Chabandaire qu il devoit; il differs a les bailler, parquoy nos capitaines indignez contre luy pour autres choses, le lendemain, apres avoir receu les ostages, declarerent la guerre a ceux de Ticou s ils ne luy envoyoient le Chaban daire. Et quand il ne venoit plus nuls marchands, nous allions visiter la ville et voir les Oranchaies avec notre capitaine. Un jour entre les autres, estans avec notre truchement, notre capitaine tint propos avec Molona, le grand prestre de la ville, qui avoit un beau fils faisant deja 1 oflice de prestre. II luy fit demander, qui estoit le premier homme pere de tous les hommes; il dit que c estoit Adam et sa femme Eve, et qu ils eurent huit enfans; mais le propos pour cette heure ne dura point longuement a cause d autres Oranchaies qui estoient presens et fut dit qu ils en parleroient plus a plain une autrefois : par- 7 o DISCOURS DE LA NAVIGATION quoy, a un matin, notre capitaine se delibera de Taller voir, etmenaseulement avec luy Nicolas Bout, le truchement, et moy. Mais quand ce vint a parler, il protesta que notre capitaine ne se courrouceroit de chose qu il luy dit, et aussi ne feroit-il. Le capi taine luy fit demander s il avoit connoissance com ment Adam transgressa le commandement de Dieu, pourlaquelle transgression il fut banni du Paradisde delices, et fut sujet a mort, et apres mort, aller en enfer luy et tous les humains. II dit que ouy, et nous conta comment le diable ou serpent donna le fruit a la femme qui en donna a Adam, et comment il s en- fuit et se mussa, et qu Adam mentit a Dieu, et qu il dit qu il n en avoit point mange. Le capitaine luy demandas il scavoitbien qu il luy feroit misericorde; il dit que ouy. II demanda plus outre, s il avoit con noissance comme Dieu avoit envoye son Verbe di- vin se faire chair en terre et s incarner en une vierge par 1 operation du Saint-Esprit : et comment ce Verbe, qui est le fils, est engendre du Pere, ainsi que la parole est engendree au coeur et en la pensee de 1 homme; et que le Saint-Esprit procede du Pere et du Fils, qui est 1 amour des deux. Notre truchement dit qu il ne scavoit dire cela. II luy demanda s il avoit ouy parler de Jesus et de la Vierge Marie, il dit que Houy : et pour ce que le truchement ne pouvoit bien parler de ces choses, le propos fut change. Ticou est situe sous 1 equateur justement en la terre de Tropobane 1 , au coste duouest; lacoste gist i . Pour le regard de Sumatra, c est une des belles et grandes isles DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 71 su un quart de suest; la ville de Ticou n est pas grande, et y a deux ou trois rues : elle est close aux deux bouts de gros pieux de bois fichez en terre, et la sont les portes, et pour la closture y a des boises du monde, appelee autrefois Taprdbane et Palesimonde. II y en a qui veu- lent que ce soil la Chersonese d or des anciens et I Oplnr tant renomme de Salomon . Quelques peuples 1 appellent Tosan, c est-a-dire isle grande, pour ce qu elle a plus de huict cens lieues de tour. Ceux de Malaca disent qu elle estoit autresfois jointe a leur terre -ferme, mais qu un tremblement de terre Ten a separee. Elle est situee directement sous la ligne equinoctiale, au premier climat, qui luyrend les jours et les nuits en perpetuelle egalite". Elle est divisee en plusieurs provinces qui forment trois grands royaumes prin- cipaux, dont le plus estime en richesses est celuy de Saugar, commune- ment appele Pedir, bien que tous les autres ayent des mines d or, d argent et autres metaux et les meilleures drogues et espiceries de tout 1 Orient ; aussi le poivre qui en sort est plus gros et plus picquant que tout autre pour estre mieux nourry, estant directement sous la Torride, qui rend le pais le plus tempere et le plus habile qui soit au monde... Scs peuples sont dociles, mais de peu de foy et ne fait pas bon negocier avec eux, car ils sont suiets a se desdire pour leur profit. Cette isle est habitee de Gcntils, Mores et Juifs ; il y a force Turcs qui s y sont retirez pour la bonte de 1 air et du pais. Les idolatres seuls sont naturels du lieu, les autres venus d ailleurs. Les voyages fameux du sieur Vincent Leblanc marseillais,... redige^fidcllement stir ses memoir es et registres tires de la BiUiotheque de Monsieur de Peiresc, conseiller au Parkment de Pro vence et enriclris de tres curieuses observations, par Pierre Bergeron. PariSj 1648, in-4, part. i,p. 137. Je crois devoir aj outer les titres des principaux ouvrages publics sur Su matra depuis les dernieres annees du siecle dernier. W. Marsden, History of Sumatra, Londres, 1811, 3" edition. II existe dc cette histoire de Sumatra une traduction franchise faite sur la seconde e"di- tion et publiee par Perraud en 1788, 2 vol. B. Heyne, Tracts on India... also an account of Sumatra, Londres, 1814; J. Anderson, Mission to the east coast of Sumatra in 1823, Londres, 1826; J.-H. Moor, Notices of Sumatra, Singapore, 1837. S. Muller, Berigten over Sumatra. Amsterdam, 1837. Dutch Survey of the West Coast of Sumatra, dans le journal de la Societe royale de geographic de Londres, tome XVI, p. 305. 72 DISCOURS DE LA NAVIGATION traversantes passees au travers deux gros pieux par des mortaises qui y sont; les maisons ne sont pas de gros bois, et sont toutes d une facon, mais il y en a de plus grandes les unes que les autres. Le lieu ou ils se tiennent est eleve de terre environ quatre pieds, et est tout solle de petit soilage a demi rond, de trois doigts de large et lie dc petites harcettes, et la dessus, aux bonnes maisons, ils mettentdes nattes de jonc dessus, et ont une autre boise elevee envi ron de deux pieds de terre au long de la maison, sur- quoy ils marchent, et s assiesent a 1 entree de la mai- son; et y a une coque pendue pleine d eau en quoy ils lavent leurs pieds avantque marcher sur les dites nattes. La maison est toute ouverte par devant, ct laclosture est faite de roseaux fendus en trois ou en quatre, et y a environ un doigt d espesseur entre deux roseaux, et sont tenus de harcettes, et de jour, cela est roule et tient d un croc en haul; de nuit, on le decroche et s abbat jusques sur le plancher. II n y a autre estage en la maison que cestuy la. La closturc dc toute la maison est de roseaux, ou de feuilles de palmes de quoy la maison est couverte. En la tierce partie de la maison, droitement sous le faite du milieu, a une closture faite de hucherie, ils rcti- renttoutleurbien. Au coste senextre, ils ont un petit foyer de terre portatif ou ils font leur cuisine. Au dextre, ils mettent de petites ustanciles de la maison ; et vous promets qu il n y a pas grand mesnage. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 73 DE LA VIE DES HABITANTS DE TICOU, ET DE LEURS MOEURS ET CONDITIONS Ceux de Ticou sont gens a demy noirs, et ne sont point gras. Pour vestement ils ont une toile de cotton ceinte entour leurs reins, et une autre qu ils jettentsur leurs espaules. Aucuns ont des bains de toile de coton blanche, ou perse, ou autre couleur, qui sont faits comme une chemise de sergette 1 . Les Oranchaies i . Les habitans de ceste isle sont gensde belle et grande stature, alaigres et fort disposts, assez beaux de visage pour estre noirs et autres bazanez. Ils s efforcent de monstrer tousiours un aspect terrible et tel que avec la voix, qu ils ont grosse et mal plaisante ils donncnt frayeur a qui les oyt et regarde les voulant offenser. Et quoy qu ils ne mangent point de pain de froment ou seigle, et que autre guere que le roy ne boive vin, si est ce que pour cela ils ne laissent de vivre fort longuement, et y font les cent et six vingts ans plus ordinaires que par dee, a. Leurs habits sont faits de fine toile, ou de grosse soye et les appellent albauveig et les Ethiopiens alfarmala. La plus fine soye n appartient qu aux grands seigneurs et la nomment edanaph, les Javiens arrif, et les Arabes Alhareir et la filent avec un fuseau nomme d eux mazel avec une autre ma- niere d engin, fait en facon de quenouille, qu ils nomment awilba: et sont les femmes et filles qui font ce mestier, tandis que les hommes sont au labeur ou en guerre. Ils se couvrent iusques aux genoux, comme qui por- teroit vestue une chemise assez courte, fermee environ demy pied devant 1 estomach : et appellent ceste facon d habillement Baiug : et vers les genoux en bas depuis la ceinturc, ils portent encore une piece de toile de cotton, laquelle est peinte de diverses couleurs. Or ceux qui sont grands seigneurs et les plus apparents d entre eux, portent, pour monstrer la difference d eux d avec le peuple, une autre piece de toile, laquelle ils jettent sur leurs 74 DISCOURS DE LA NAVIGATION ont de gros brasselets d or auxbras; lesmanches de leurs cris ouvres d or; aucuns ont la teste tocquee de toile, aucuns ont de petits bonnets a dix ou douze car- res 1 . Quand ils sont en quelque lieu arrestez, ils s as- siesent sur leurs talons le cul a deux doigts de terre ; ou s ils sont en leurs maisons, ils serontassisen couturiers les pieds croisez : et leur sembloit chose bien estrange de nous voir promener, aller, et venir, en devisant ensemble. Ils ne sont point penibles a faire quelque ouvrage; le plus du temps ils ne font rien. Les femmes besoignent a filer du coton, ou a tisser des toiles dontils se vestent. Leur vie est bien austere; au repas ils ont pour tous mets un petit de ris a demi cuit a 1 eau sans sel, et aucune fois un petit de poisson menu comme le doigt seche au soleil qu ils man- gent avec : et c est un bien grand banquet quand il- espaules, s en ay comme nous faisons de noz manteaux ou bien s en ceignent sur leurs autres habillements ; aucuns ont de petits bonnets de jonc faits en poincte, et autres d autre estoffe : lesquels ne leur couvrent que le sommet de la teste, avec quoy ils se parent et monstrent se contenter de leur personne estant ainsi parez a 1 avantage ; mais tous portent la teste rase et la barbe aussi, sauf le dessus des levres ou ils laissent croistre quelque fort peu de poil et moustaches. Les hommes noirs qui sont crespeluz se fardent a la facon et maniere des Ethiopiens. Andre Thevet. Cosmograpbie uuiverselle, fol. 421-422. i. Aucuns de ces Taprobaniens, en lieu dece petit bonnet, s enveloppent la teste de bandelettes de lin, et en font un petit turban a la moresque. Neantmoins la plus part des pauvres vont nudz depuis la ceinture en hault, couvrans sculement leurs parties honteuses ct cuisses jusques aux genoux, ayans des bracelets d or aux bras, et 1 espee sur les flancs, laquelle ils appellent en leur langue cus (criss) et autres nebob, et est longue de deux pieds et demy, ayant le manche et poignet tout d or, et aboure a la rus- tique, fort subtilement, le fourreau estant de bois, fait tout d unc piece, fort bien agence et d asscz grand artifice. II n est aucun, soit grand ou petit, DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 75 y a quelque coq hache par morceaux, roty sur le charbon, ou bouilly en un peu d eau et mesle avec le ris. Us boivent j]e Feau de puis, aucune fois du vin de palme qui ? tel goust que poire nouveau, au matin, quand il est nouveau cueilli a 1 arbre, mais au soir, il y a une mauvaise queue, et aussi ils n en boivent gueres. Leur coucher, c est sur le solage de leurs maisons, une natte de jonc sous eux, et me semble qu en la plus austere religion de notre pays on ne vit point de plus rude ni si austere vie, que font les Ticounins. Ils ne sont point forts, mais ils sont fins et astucieux, grands flatteurs, grands _m_en- teurs__et moqueurs; parmi fort marauts, toujours demandans; qui eust voulu obtemperer a leur re- queste, nous n avions point marchandise pour y fournir. En marchandise, ils sont grands bargui- gneux plus que Escossois ou Houivests. Car, apres marche fait, ils veulent rabatre du prix, ou bien se dedisent; et n est si sage qui aucune fois n en fut courrouce centre eux; mais nous le portions plus marie ou de quelque estat qu il vouldra, qui sorte de sa maison sans avoir 1 espeeceinte. Ils usent outre de 1 espee ainsi courte, d arcs, flesches et iave- lines, qui ont le fer plus long et plus estroit que celles desquelles nous usons, d un bois fort dur et pesant. Ils se couvrent en guerre de targues et ron- delles, faites de cuir d elephant ou buffles, espais d un doigt ou environ, couvertes de peaux de poisson, de serpent ou de quelqu autre animal sau- vage. Ils ont des arcs fort petis, et usent de sarbatannes, dans lesquclles ils mettent de petits traits, bien ferrez et fort pointuz, desquels ils blecent leurs ennemis et bien peu d entre eux en rechappent, pour estre la plus grand part envenimez. Andre Thevet, Cosmographieuniversette. Paris, 1575, in-8, tome I, livre XII, p. 422 r. 7 6 DISCOURS DE LA NAVIGATION patiemment, pour ce que nous voyons .e c estoit la coutume du pays, car le r<~/ CL it plus grands o oienttous faits en r^.iuule; et outre plus, nousfusiucoadvertisnarad iu marchandsduPriame, qu ils leur avolent deffendu d achepter de nos mar ch^ dises sur peine d avoir le chef tranche; et d aiilres marchandshorsadvisdisoient qu ils n osoient achepter, si le Chabandaire n en faisoit le premier le prix, lequel vouloit que nous donnassions la mar- chandise a vil prix : parquoy nos capitaines 1 eurent en haine. Et partismes de Ticou le xxvii e jour de novembre, et plusieurs de nos gens furent pris de fievres chaudes et aigues, et estimois que c estoit des mauvaises eaux que nous avions beue s a terre; car de tous ceux qui se tinrent a terre, n en rechapa qu un ou deux, que tout ne fut malade, fut de fievre, chaud mal, ou flux; et en mourut une grande par- tie, et pour le premier, nostre chef et capitaine Jean Parmentier commenca la danse, et trespassa de ce siecle la vigile sainte Barbe troisiesme jour de de- cembre, et huit jours apresque la fievre 1 avoit pris 1 . i.Lc capitaine Walter Peyton qui aborda a Ticou, en 1614, nous apprend que les habitants de cette ville etaient la proie d horribles maladies et il les attribue, comme 1 auteur de notre relation, a la mauvaise qualite des eaux. Un grand nombre des indigenes que j ai observes sont affliges de ma ladies contagieuses. Les membres de quelques-uns d entre eux semblent tomber en pourriture ; d autres ont au cou d enormes goitres de la grosseur d un pain de quatre pence. Us attribuent ces infirmites a la mauvaise qua- lite de 1 eau. Us sont tres ignorants et ne savent pas trailer leurs maladies. Les habitants de Ticou sont vils, ruse s et voleurs. Us recherchent le gain a DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 77 S,. uies furent faites ce dit jour en 1 isle au miei. qu<c- ^-ms sceumes faire. Et ce mesme jour, levasmes les ancfe^^ Levant Ticou, et alia ,. .es cher- cher notre bonne a\\ tu. )v ra-u long de L tt ste a la bande du su. Le lundy ensuivant, sixiesme jour de de^nbre trespassa Noel Chandelier, et Nicole Bouvet * la mesme maladie, et le petit Nicolas Gilles trespassa le mercredy huitiesme jour de decembre. De jour en jour, faisions un peu de chemin au long de la coste, ancrant tous les jours, et envoyant bateaux a terre pour trouver port a charger et pour avoir des eaux. Environ sous deux degrez, trouvasmes gens qui nous dirent que nous trouverions du poivre a Andri- pour a demi journee plus au suest, et eusmes un jeune homme de la terre pour nous y mener; mais ceux d Andripour ou de Indapour eurent peur de nous et dirent que c estoit plus outre. M c Raoul tres passa, parquoy nous passasmes outre jusques a deux degrez et demy, et trouvasmes une riviere d Indapour, tout prix, par la traudc, et quand ils 1 osent par la lorce. Us presentent des comptes faux et se servent de faux poids. Ils essayerent d empoisonner ma nourriture et mes boissons en les preparant et ils tuerent mes chevaux avec leurs criss . The second voyage of captain Walter Peyton into the -East Indies in the expedition which was set forth by the East India Company, together with the Dragon, Lyon, and Pepper Come in January 1614, gathered out of his large Journal. Dans le quatrieme volume du rccueil de voyages de Purchas. Londres, 1625, page 532. Les assertions du capitaine W. Peyton peuvent faire supposer que Jean Parmentier et son frere ont etc" empoisonnes pendant leur sejour a Ticou. 78 DISCOURS DE LA NAVIGATION etl entreeestnommeeSelagan ^etlavilleestavant sus la terre, nous y arrivasmes le vingt-troisiesme jour de decembre surveille de Noel 2 ; et fut Jean Mochin a terre, et luy dirent que nous aurions du poivre assez ; parquoy nous nous y arrestasmes et ancras- mes pres de terre, pour faire notre cas. Le jour de Noel et le dimanche, nous y retour- nasmes pour parler a leur seigneur nomme Sangue de Pacy, car ils nous avoient dit que es dit jour il viendroit parler a nous, et qu il ne fit point. Et le lundy, de rechef, nous y retournasmes pour avoir des eaux et des vivres : mais ils s cnfuirent devant nous, nous craignans plus que le premier jour, parquoy voyant que nous les avions tou jours traitez amou- reusement, nous estimions que la crainte leur venoit a cause des menteries qu ils nous avoient faites, et apercusmes bien qu il estoit impossible de faire mar- chandise avec eux ; parquoy fut conclu de regarder qu il estoit bon de faire. Aucuns disoient qu il falloit aller en Jave, d autres disoient qu il s en valloit mieux i. Selagan est lenom de la riviere sur le bord de laquelle est situee. a quelque distance dans 1 interieur des terres, la ville d Indrapoura. Une ville appelee Mokomoko s eleve a Fembouchure de la riviere. 2 t Le nom d Indrapour (la ville d Indra) designe a la fois le district et la riviere sur les bords de laquelle s eleve la ville. La riviere d Indrapour, qui prend sa source dans les montagnes de Karinchi, est la plus conside rable de toutes celles qui arrosent la cote occidentale de Sumatra : *elle est navigable pour de petits navires. Indrapour etait autrefois le centre d un grand commerce de poivre ; on y apportait de 1 or de 1 interieur de 1 ile. Les Anglais y etablirent une factorerie en 1684, mais cet etablissement n eut jamais d importance. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 79 retourner a Andripour, ou en Priame 1 et qu on y vendroit nos marchandises, et qu on y trouveroit du poivre; d autres disoient qu il s en falloit retourner au pais, a cause des morts et malades des deux navi- res, et aussi de nos victuailles qui estoient fort empi- rees ; parquoy ceux du Sacre et de la Pensee conclu- rent ensemble d avoir les avis de la communaute des deux navires : scavoir lequel leur sembloit le meil- leur de passer et aller en Jave, ou de s en retourner au pa is. I Le vingt-huictiesme jour de decembre, furent envoyez au Sacre Guillaume Sapin contre maistre de la Pensee, Jean le Roux, et moy, pour ou ir et voir enregistrer la deliberation du Sacre, lesquels apres plusieurs belles remontrances a eux fakes par M e Pierre Maucler et le maistre du Sacre des fortunes et inconveniens a eux avenus, comme d avoir perdu leurs capitaines, deux contre maistres, plusieurs bons compagnons, leur grand bateau, et encore plusieurs malades en leur bord en danger de mort, les vic tuailles empirees, et grand nombre de boissons coulees, etpuis lamuaison du temps qui aprochoit,ou il faudroit estre sept ou huit mois davantage, si Ton i . Priaman est un district de la residence dc Padang sur la cote sud de Sumatra. Sa population s eleve aujourd hui a cinquante mille ames. Les maisons de la petite ville de Priaman, situee a 1 embouchure de la riviere de ce nom, sont presque toutes construites en bambou ; celles des Arabes et des Chinois sont en bois. Les Hollandais construisirent en 1712 un fort auquel ils donnerent le nom de Vredenburg. Veth, Woordeiibock van Neder- andsch Indie, tome II, page 843. 8o DISCOURS DE LA NAVIGATION attendoit qu elle fust venue ; surquoy il y en cut treize ou quatorze qui dirent qu ils s en vouloient retourner en France, et neuf ou dix dirent qu ils s en vouloient aller en Jave. Aucuns dirent qu ils feroient tout ce qu il plairoit au maistre leur commander, et mais qu ils eussent des victuailles qu on les menast ou 1 on voudroit. Ce mesme jour apres disner, le maistre du Sacre, et M e Pierre Maucler, Antoine de laSarde vinrenta la Pensee pour avoir deliberation de tous nos gens; mais n en fut trouve que deux ou trois qui ne fussent tous deliberez d aller ou Ton voudroit ; mais qu ils eussent des victuailles pour les nourrir ; parquoy fut dit qu on leveroit 1 ancre pour aller chercher lieu a visiter les victuailles, et retournasmes vers Inda- pour. Le jeudy vingt-neuviesme jour dudit mois, Jean Masson fut a terre au port d Andripour, ou ceux de ce lieu leur dirent qu ils portassent eschantillons de leurs marchandises a terre, et qu ils avoient de For pour achepter et non point de poivre. Le penultiesme jour de decembre, nous leur por- tasmes eschantillon de toutes nos marchandises, et firent marche d une piece dc drap; mais ils nous dirent qu ils ne 1 oseroient achepter tant qu ils eus sent conge du Roy, et que nous luy eussions fait un present et au Chabandaire. Et on leur dit, mais que les prix fussent faits, et que nous eussions delivre de nos marchandises, que nous leur ferions un present honnestc et dont ils n auroient cause d eux plaindre. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER Si DC nos toiles, ils en vouloient avoir huit pour un facel *, un bougran pour deux coupans. Le dimanche quatorziesme jour de novembre, le maistre etmoy fusmes voir le capitaine aterre et me tins avec luy le demeurant de la semaine. En ces jours, vinrent plusieurs voir et barguigner nos mar- chandises, mais on ne leur pouvoit rien vendre. Tou- tefois, vers la fin de la semaine, Ton vendit un peu de coins de fer, et dcs miroirs, et quelque quantite de patenostres de verre et d os teints en rouge, en troque devictuailles. En cette semaine, nous fut dit qu il y avoit un hommc en laville, vieil et ancicn Oranchaie, nomme Mocodon, qui avoit preditnotrc venue a plusieurs de la ville deux mois devantque nous arrivasmes la; et leur disoit que de bien loin il viendroit deux jon- ques de gens de bien et serviteurs d un grand Roy, gens blancs, pour faire marchandise aveceux; ce que ne voulions croire. Parquoy, cependant qu estions la, fusmes voir ledit Mochodon, etluyfismesdemander par Antoine le truchement du Sacre, si ce qu on nous avoit dit estoit vray, mais il dit que ouy; et il luy demanda comment il lescavoit; etluy respondit qu il 1 avoit veu de nuit au ciel; et nous luy fismes demander, s il estoit astrologue, et s il connoissoit les mouvemens des cieux ; et il dit que non, mais que ce sont visions qui de nuit s aparoissent ainsi I. Au lieu de facel, il iaut probablement lire tael. Le coupan est une petite monnaie de cuivre dont la valeur varie suivant les localites. 6 82 DISCOURS DE LA NAVIGATION devant luy ; outre, il luy fut demande s il scavoit bien que nous irions jusques en Jave, Moluques ou Bendam, et si nous y ferions notre charge, et il res- pondit qu il n en scavoit rien, mais que, dedans deux ou trois jours, il nous le scauroit a dire. Et le jour que nous partismes, il dit au dit Antoine en ma pre sence qu il avoit regarde a cela, et qu il allast parler a luy en sa maison, et qu il luy diroit ce qu il avoit trouve. Mais nous eusmes tans d empeschemens que nous n y sceusmes aller, et conclurent de nous rendre response dans deux jours. Le premier jour de l an, le bateau du Sacre et le nostre furent a terre pour avoir des victuailles, car nous enavions mestier; car nous ne mangions que du ris, et ne buvions que de 1 eau pour espargner nos victuailles. Depuis ce jour jusques au dix-huitiesme jour de Janvier, nous continuasmes a faire marchan- dise avec eux, et leur vendismes du rouge de Paris, de la toile, et des bougrans, des miroirs, et des pa- tenostres, pour de 1 or, du ris, et du miel, avec des coqs et des poules pour vivre, et ne sceumes avoir du poivre que deux bahars pour le Sacre et pour i . <( Bahar ou bahara est le nom d un poids qui varie selon les lieux et les choses que 1 on pese. Dans beaucoup d endroits, le bahar de clous de gi- rofleest de55O livres, celui de muscadesest de 57 livres, tandis que celuide poivre serait seulement de trois pikul ou 375 livres. M. 1 abbe Favre, Dictionnaire malais-franfais. Paris, 1875, tome I, page 181, au mot Sa hara. Le Bahar de poivre qui est de trois cent soixante livres, peut valoir trois escus et demy ou quatre au plus fort : ce qui peut revenir a un Luca- tan ou cinquante-cinq sols le quintal. V. Leblanc, Voyages, pages 138. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 83 nous, et pour ce que la saison se passoit, vivres nous defailloient, nos gens se mouroient ; quatre de nos gens furent noyez a la barre d Indapour, le dix huitiesme jour de Janvier. Pour ces raisons et plusieurs aultres, le samedy vingt-deuxiesme jour de Janvier, nous deradasmes, et fismes voile au ouest surouest pour retourner en nostre pays. NAVIGATION DE JEAN PARMENTIER SECOND VOLUME MEMOIRE DE CE QUI EST CONTENU EN I/ISLE DE SAINT-DOMINIGO A SgAVOIR : Longitude et latitude de la diteisle, et la longueur et largeur et circonference d icelle. Les ports, ponts, et passages. Les rivieres, rades, aprochemens, pointes, costes et battures. Les villes, villages, chasteaux, tours, maisons, grot- tes et habitations. Les monts, vallees, campagnes, prairies, bois, ro- chers, mines, sortes et diversitez d hommes, tant sau- vages, Indiens, Espagnols, Francois, qu autres estans en la dite isle, avec la fac.on des trafics, sorties et entrees des marchandises et diversity d icelles, 1 abon- dance et penurie de ce qui y est, des fruits, grains, bleds, sucres, cottons, casses, et autres choses qui y croissent; la facon des eglises et administrateurs d icelles, les justices, justiciers, et executions. 88 DISCOURS DE LA NAVIGATION PREMIEREMENT la dite isle contient de longitude prenant a la pointe du Cau d Ingagne qui est la pointe de la partie d est, jusques au cap de Teboron qui est la partie du coste d ouest, contient cent septante lieiies, et de largeur contient cinquante lieiies de nord a sus. Entrant en laditeisle de StDominigo du coste de Test, il y a une isle qui s apelle la Savonne, isle rase de sable, qui n a point d arbre, ni fruit. La dite isle est posee aupres de la dite pointe, sans avoir aucun passage pour entrer en terre ferme, et y a bon mouiller 1 ancre du coste d ouest, a neuf et a dix bras ses. La terre ferme plus prochaine de la dite isle est du coste de suest; ne donne aucun fruit, et n y a sinon arbres, forests, sangliers, oiseaux, rochers, et battures le long de la dite coste. Le long de la dite coste a cinq lieiies de la, y a une autre isle nominee Sainte Catherine, qui est a vingt cinq lieiies de St Dominigo du coste de Test, a une lieiie de terre ferine, petite isle de rochers et battures, sans proffit. La dite terre ferme depuis le premier cap est tout ainsi sans fruit, sinon d arbres, sangliers, oiseaux, roches, battures, jusques a la dite ville de St Domi nigo, t venant le long de la dite isle, pour avertis- sement de Fentree de la riviere de St Dominigo, y a une tour blanche, haute comme d un moulin, faite seulement pour avertissement, qu on ne la peut voir, sinon quand on est a 1 entree de la barre DE JEAN PARMENTIER 89 du coste de Test. La dite riviere est faite a la bouche en maniere d une grande baye ; et depuis 1 entree de la dite riviere, jusques a la dite ville, il y a une grande portee de canon. La dite barre contient cinq brasses de fond a toute basse mer, et les navires, pour aller a la dite ville, faut tirer au cable pour la grande force de 1 eau qui descend de la dite isle. Dans la dite riviere sont certains poissons furieux nommez Tibourons, si dangereux, que si subite- ment qu il tombe quelqu un dedans, il est devore par les dits poissons, et n y a remede de les secourir, comme il se voit par experience tous les jours. La dite ville de St Dominigo est situee du coste d ouest sur la dite riviere, prenant la dite riviere et de la mer fait en vaye. De 1 autre coste de la dite riviere est situe un engin de faire sucre, avec une maison faite en facon d eglise. Sur la dite riviere est une grande barque pour passer de coste a autre ; et les navires sont au milieu de la dite riviere, devant la dite ville, attachez, un ancre dans la dite riviere, etun cable a la ville. La maniere de la dite ville est faite sans murailles, sinon du coste de la mer, qu elle est posee sur une roche, avec une grande forteresse a 1 entree, faite de petites tours basses, forte et imprenable, qui est toute la force de la dite ville. Dedans la terre n y a point de murailles, sinon d arborettes sauvages, sans point de proffit : du coste de la riviere, a 1 entree de la ville, du coste de la terre y a 1 eglise qu on apelle Ste Barbe, la ou Ton enterre tous les mariniers, 90 DISCOURS DE LA NAVIGATION quand ils meurent sur les navires, et cette eglise est au bout de la rue principale; et de 1 autre bout de la rue, du cost de la mer, est posee la grande eglise de la dite ville ; et au milieu de la dite grande rue, est la place ou Ton vend toutes choses, et s y font les fetes, dances, jeux, et tous festins d esclaves. De 1 autre coste de la terre, croisant la dite ville, est le monastere de St Francois. De cette ville, il y a traittes par tous les lieux contenus dans le dit pays que vous voudrez aller ; et cette dite ville est abon- dante en cuirs, sucres, casses, avec force arbres d oranges, limons, citrons, tous melez par dedans les arbres et les forests de la dite isle. Sortant de la dite ville, pour tirer du long de la coste, tirant a ouest, il est batture tout du long de la coste, jusques au port d Ancone ; le dit port est a quatorze lieiies de la dite ville du coste d ouest, ety a bon mouiller 1 ancre tout le long de cette terre, sans aucun danger, sinon de ce que vous voyez; et y a bon rafraichissement. Tous les navires et flotes qui viennent se vont rafraichir la d eau, de bois, et de victuailles. En cette dite vaye, il y a un engin de sucre apar- tenant a un qui se dit Jouan Cavalier. Le dit engin de sucre donne quantite de sucre, ety a grande prai ries par la terre, avec grande quantite de vaches sauvages, chevaux, chiens sauvages, et font grande quantite de cuirs tous les ans, tirant les cuirs tant seulement, et laissent la chair manger aux chiens, et y a force arbres. DE JEAN PARMENTIER 91 Et a dix lieiies de la, a sept ou huit lieiies du bout de la mer, y a tine haute montagne apellee la Mine, pour ce que c est vraye mine d or ; et y a grande quantite d or, mais ne veulent point amuser a le tirer, pour ce qu il y a de proffit aux fruits de la / terre. La dite montagne se voit de bien loin venant de la mer du coste du sus. Partant de cette dite vaye, pour aller le long de la dite coste, tirant a ouest, il y a une grande montagne du long de la dite coste qu on apelle les Pedrenas; la dite montagne est toute chargee de forests, et arbres, et est mauvaise acoste, fort dangereuse pour les navires, toutes battures contenant dix lieiies que vous trouverez une grande riviere, qu il y a un petit village dedans qu on apelle Hassoa. II y a quatre engins de sucre le long deladite riviere, quidonnent grande quantite de sucre, qu on porte a StDominigo pour porter en Espagne, avec grande quantite de cuirs. La dite riviere n est que pour petits bateaux. Sortant de la dite riviere pour aller plus outre du coste d ouest, il faut mettre le cap du navire au sus susouest, pour monter la Isola de la Beata. La dite Isola de la Beata est une isle rase, sans point d ar- bres, ni montagnes, tant seulement un petit haut, comme une seule maison, tout de rochers et dan- gereux pays, est a une lieiie de terre ferme, et y a passage pour homme qui sc,ait le pays pour un petit navire. A une lieiie de la dite isle du coste de sus, il y a trois ou quatre farraillons 1 un aupres de 1 autre, 92 DISCOURS DE LA NAVIGATION rochers de la hauteur d une maison, et peut on passer tout aupres sans aucun danger. Les uns sont nommez Hattobelle; les autres, les Frailes. De la tirant au nord, venez a entrer en une grande vaye, qui est toute de sable, sans point de bat- tures; par les prairies en suivant la coste, vous trouverez un port qu on apelle Jacquimo. Le dit port est au milieu des montagnes, qui portent de grandes forests. II y a bon port pour tous navires, et a 1 entree du port, il y a des battures du coste de Test, et se faut prendre garde pour entrer dans le dit port; et quand vous estes a 1 entree du port, vous voyez un chasteau vieil deffait qui estoit une forte- resse au temps pass. II faut aller mouiller 1 ancre au beau pres de la dite forteresse, et les battures vous demeurent du coste de la mer. En ce dit port, il y a trois ou quatre maisons, la oil il se tient ordi- nairement quatres ou cinq negres, avec force che- vaux et force chiens pour s en servir. II y a de grandes prairies parmi les valons, la ou il y a grande quantite de vaches sauvages, et chevaux et chiens sauvages; la ou ils font grande quantite de cuirs. Et la maniere que Ton tue les dites vaches, pour avoir les cuirs : les noirs sont sur chevaux, et en main portent une iacon de lance, et au bout, au lieu de fer pointu, y a un croissant taillant, pour couper les jarrets des vaches, qui demeurent la estropies, et apres les escorchent pour avoir le cuir, et laissent znanger la chair aux chiens sauvages et privez. II se levent du matin pour surprendre les vaches, qui DE JEAN PARMENTIER 93 venant le jour, se retirent dans les forests, craignant les chasseurs; et les Francois y viennent ordinaire- ment trafiquer. Toute cette dite coste jusques a la Savane, qu il y a quarante cinq lieiies, toute coste d est ouest ; il n y a point d habitation, toutes mon- tagnes, forests, grande quantite d arbres de palmes, avec force bestail sauvage, chevaux, chiens, sangliers, vaches, parmi les dites forests et montagnes. Et le long de la coste, entrant en la dite Savane, il y a du coste de Test cinq ou six isles blanches, et ont pour nom Isles Blanches, pour ce qu elles sont blanches; et a deux ou trois lieiies plus avant, il y a une isle rase pleine d arborelles, avec force vaches privees, qui ont este mises par les Espagnols, et s apelle la dite isle Deybacques, et est fort dange- reuse du coste du sus, avec force battures. Entre la dite isle et la terre ferme, il y a bon pas sage pour tous navires, pour aller a la Savane. Par dedans la dite isle, il y a bon mou iller 1 ancre, a scavoir entre la terre ferme et la dite isle; et la Savane demeure au fond de la dite baye. En la dite baye, y a grandes prairies ou y a grande quantite de vaches, chevaux et chiens, et y font grande quantite" de cuirs, et grand traffic pour les Francois, grande quantite de palmes, orangers, et autres. II y a six ou sept maisons de negres pour le mesme fait des cuirs. Tirant de la dite Savane jusques au cap Tiboron, il y vingt lieiies toutes battures et montagnes les plus hautes qui soient en toute 1 isle, sans point 94 DISCOURS DE LA NAVIGATION de proffit, maisons, ni rien qui soit avec ses prairies comme devant. Et du cap de Tebouron jusques a la pointe de Done Marie, il y a douze lieues tirant au nord ouest; et en la dite pointe de Done Marie, il y a bon mouiller 1 ancre, et riviere pour se rafraichir, avec grande quantite de prairies, arbres, palmes, Grangers, comme devant est dit. De la, tirant a Test du coste de sus, il y a depuis la pointe de Done Marie jusques a une petite isle, nommee le Reimito, il y a dix lieues. Entre la dite pointe de Done Marie sont toutes battures dans 1 eau, avec montagnes en terre ferme, forests, bestes sauvages. Aupres du dit Reimito, dedans la terre ferme y a une montagne haute qu on apelle la montagne Done Marie. Du Reimito tirant a Test, y a une montagne qu on apelle Miragavana; devantque d entrera Yaguana, jus ques a la Yaguana y a quinze lieues de forests et montagnes, sans aucunes habitations, sinon aupres de la dite Yaguana. A cinq lieues du coste d ouest il y a un port qu on apelle Aguana, que ce sont les maisons des particuliers de la ville de Yaguana et y a grande quantite de maisons de negres qui se tien- nent la ordinairement pour le labourage, chacun en leur maison. DE JEAN PARMENTIER 95 LA MANIERE COMME L ON FAIT POUR AVOIR DU PAIN DE CE PAYS. II ont de petits assadons, qu ils font en grande quan- tite de melons de terre de la hauteur de trois pieds et de quatre pas d homme de rondeur. Depuis, Ton prend de petits trots de bastons, et Ton les plante dans le dit molon de terre, de quoy il en sort le pain que Ton mange. Car ces dits bas tons, quand il ont demeure un an dans la terre, ils jettent de grandes racines, comme la jambe d un homme, et d autres petites en maniere de naveaux; et au bout de Fannee, Ton les arrache et prend les racines qui sont dans terre grosses et petites, et jettent la les branches pour les replanter pour une autre fois : et prennent les dites racines et les raclent bien avec cousteaux pour en oster 1 ordure de la terre, et puis on les gratuse sur une table faite expres en maniere de gratuse; apres cela estre bien gratuse et tourne en paste, Ton prend la dite paste, et la met on dedans des cabats, comme on fait aux olives, ni plus ni moins, comme Ton tire Fhuile, pour luy faire rendre cette mauvaise eau, et apres avoir rendu 1 eau, on prend la farine qui est purgee de 1 eau; on fait secher cela sur un fourneau fait expressement plat de dessus, pour estendre la dite 96 DISCOURS DE LA NAVIGATION paste, laquelle estant un peu seche, Ton la fait secher aii soleil, et de cela en vivent. Us ont aussi grande quantite de bleds de ce pays la qu on apelle Maiz, qui a un gros grain blanc, en facon deroseau. Et de la jusques a la Yaguana y a cinq lieiies toutes battures, avec montagnes hautes, pleines d ar- bres et prairies, palmes, vaches, chevaux, chiens, sangliers, comme dessus. La dite Yaguana est une terre basse, rase comme la mer, avec grandes prairies, et grande multitude de palmes, et autres manieres d arbres fruitiers qu on apelle Gouyaux, de la grosseur d un limon, et de la couleur jaune. La dite ville de la Yaguana, est hors de tous arbres, a une lieiie de la mer, au milieu d une grande prairie, avec grande quantite d arbres, qui portent la cassia que les Espagnols apellent Canna fistola. Les maisons de la dite ville sont toutes couvertes de feuilles de Cannes, et closes a 1 entour avec des Cannes et des pieds de bois plantez tout de bout pieces que 1 une touche Fautre. Les maisons sont rares, loin 1 une de 1 autre, faites en maniere de tentes; belles femmes Espagnoles, et force negres parmi eux, avec acoutremens de toile qu on leur a acoutume faire porter. Tirant plus outre, il y a un grand cul de sac qu on apelle le golphe de Saragoa, et dans le dit golphe est tout terre basse, rase, avec maisons, DE JEAN PARMENTIER 97 vacheries qui font cuirs, vaches, chiens, chevaux privez et sauvages. Et en retournant vers le cap Saint Nicolas, il y a montagnes, grande quantite dc labourage de la maniere que cy dessus le long de la mer que Ton apelle Halcahai. Et sortant de Cahai jusques a Saint Nicolas, il y a tout du long de la coste dix huit lieiies, toutes montagnes et terres basses, avecbois, forests, vache ries, sinon a Tibonicque, ou Ton fait des cuirs de la maniere que dessus. Sortant de la Tibonicque, tirant au cap Saint Ni colas, y a une saline qu on apelle le Coribon qui pourvoit la ville de sel, et n y a autre chose jusques au cap Saint Nicolas, que montagnes, bois et prai ries, vaches, chevaux et chiens, comme dessus a este dit, sans point d habitation. Au devant de laEguana, six lieues en la mer, il y a une isle qu on apelle le Gravano, qui contient seize lieues de longueur, et trois ou quatre lieues de largeur, bien dangeureuse de battures tout a 1 entour et demeure inutile, ct sans point de proffit, ains toute de rochers. Et le cap de Saint Nicolas fait la pointe de la dite isle : y a trente six lieues partie du nord ouest ; le cap de Saint Nicolas est une montagne haute, et y a un port du coste du norouest du dit cap, dans lequel port y a une Fontaine qui sort des montagnes en maniere d une petite riviere, ou Ton se peut rafraischir, et prendre de 1 eau pour les navires, et n y 98 DISCOURS DE LA NAVIGATION a point d habitation, et est bon port pour grands et petits navires, eta 1 entree du dit port du coste du su, il y a des battures, dont se faut prendre garde, pour entrer dans le dit port. Et du dit port de Saint Nicolas jusques a Porto Real, qui est a trente six lieues de la tirant a Test, n y a point d habitations; carsont toutes montagnes, forests, arbres, rochers, le long de la mer, jusques a 1 entree du dit Porto Real, etl entree du dit Porto Real, est aussi toute batture, dangeureux et meschant port. Ce Porto Real est un petit village, maisons couvertes de paille comme les autres, ou se chargent grande quantite de cuirs qu on aporte de la montagne. Entre Porto Real et Porto de Plata, a dix lieues de Porto Real, y a un petit village apelle Monte Christo. Du dit Porto Real, tirant a Test jusques a Porto de Plata, y a trente lieues, tout de montagnes, forests, rochers, battures, jusques au dit Porto de Plata. Le dit Porto de Plata est un port de grand traffic, la ou Ton charge grande quantite de cuirs, et de sucre, que les Espagnols emportent : il est large et dangereux pour le vent du nord. Au dedans du port, il y a une forteresse, pour def- fense de la dite ville. En la dite ville y a assez abondance de vivres et bleds, comme et en fac.on que^cy devant a este dit, avec des plaines et vacheries, avec un engin de sucre. DE JEAN PARMENTIER 99 Et suivant la costc jusques au Cau de Cabron, y a vingt cinq lieiies depuis le dit port de Palema jus ques a ce dit Cau, toutes montagnes et rochers, forests inutiles, comme devant a este dit. Et depuis le cap de Cabron, jusques au fond de 1 isle Samana, ou il y a une isle habitee de negres sauvages qui ont fuy pour ne vouloir ser- vir les Espagnols. Les dits sauvages sont habituez en cette isle avec leurs femmes et enfans, qui ont multiplie et multiplient toujours, et vont tous nuds, comme bestes, sinon un petit drapeau devant eux aux parties honteuses, et se deifendent avec leurs arcs et fleches; de sorte que les Espagnols n y peuvent entrer, avec leurs maisons parmi les arbres en maniere d animaux. Sortant de la dite baye, pour retourner le coste du susde la dite isle, pour venir joindre avec la pointe d Ingaigne, qui contient vingt cinq lieiies de coste, rochers, montagnes et dangereux pays. Et est tout ce qui est a 1 entour de la dite isle, au rivage de la mer : parquoy prenant et commencant de la pointe du coste de Test, nomme le cap d lngai- gne, faisant son long en tout tirant a 1 ouest, et retournant du coste du nord, se venant autrefois joindre avec le dit Cau. De la pointe d Ingaigne, jusques a Saint Domi- nigo par le coste du su, quarante lieiies. De St Dominigo, jusques au port d Anconne du coste du su, quatorze lieiies. Du port d Anconna, jusques a la riviere de Has- ioo DISCOURS DE LA NAVIGATION soa, ou sont les engins a sucre, dix lieiies. De Hassoa,- jusques a la Beata du coste du sus, douze lieiies. De la Beata, jusques es Frailes, qui sont trois isles, dix lieiies. Et de la dite Beata, jusques au cap Tiboron la pointe plus a 1 ouest, du coste de la dite isle, cinquante lieiies. De la pointe de Tiboron, jusques a la pointe de Done Marie tirant au nord est, dix lieiies. De la dite pointe de Done Marie, jusques a la Eguagna d est ouest, du coste du nord du cap de Tiboron, quarante cinq lieiies. De la dite Eguagna, jusques au cap de St Nicolas, de nord et su, qui est le Cau plus a 1 ouest du coste du nord de la dite isle. vingt cinq lieiies Du cap de St Nicolas, jusques au Cau de Ca- bron, d est ouest, du coste du nord de la dite isle, octante cinq lieiies. Du Cau de Cabron jusques au Cau d Ingaigna, de nord ouest, et surouest, du coste de nord est de la dite isle, cinquante cinq lieiies. Dedans 1 isle en allant de St Dominigo, a Porto de Plata, il y a un village apelle Sant lago della Vega, qui est a trente lieiies de San Domingo, lequel village donne grande quantite de cuirs, sucre, cassia, qu ils portent a St Domingo : et ce village est situe" en grandes planures, prairies, vacheries, maisons, mais couvertes de paille, engins a sucre, avec ses Cannes douces. DE JEAN PARMENTIER 101 Tout le circuit de 1 isle de St Domingo est de 356 lieues, suivant ce que dessus. DE CE QUI S ENSUIT DEPUIS LA RIVIERE GRANDE JUSQUES A VERAGUA ET PREMIEREMENT : La Riviere grande est une grande riviere sortant de la terre ferme qui descend du Novo Reyno que nomment les Espagnols, qui vient a sortir a vingt cinq lieiies de Carthagena du coste du nord est a hauteur d unze degrez et demy ; la bouche de la dite riviere fait une grande ouverture la ou il y a une isle au milieu de 1 entree qui depart la riviere en deux. Cest un dangereux passage, et les navigans se contregardent fort, a cause de la grande force de la riviere qui repousse en la mer, qu on y prend quelquefois de 1 eau douce a deux lieues. La dite riviere a les spondes toutes de terre basse, et n y a point de connoissance, si ce n est du coste de Test une inontagne qu on apelle les Serres Nevades, qui sont a douze lieues, et quand un na- vire se trouve a 1 endroit de la dite montagne, et la nuit le surprend, il est contraint d amener ou oster les voiles, attendant le jour du lendemain, craignant la dite riviere. Dans la dite riviere il y a traffic de bri- gantins qui viennent de Carthagena, chargez de marchandises, de mesme qu elles viennentd Espagne, 102 DISCOURS DE LA NAVIGATION pour porter au Nuevo Reyno; Ton porte les dites marchandises jusques a quatorze lieues le long de la riviere, jusques a des maisons qui sont faites pour recevoir les dites marchandises qu aportent les dits brigantins, et de la les tournent a charger dessus des Caura, barques d Indiens qui sont tout d une piece de bois ; les dites Caura sont faites d une piece d un arbre qu on apelle Sego, qui est un arbre qui ne sort point de branches du long de la jambe, sinon a la cime, de merveilleuse grosseur et gran deur, et les feu illes petites a mode d amandiers, et bois fort leger, et ne se fend point, parce qu il est quasi comme liege ; et le long de la dite riviere n y a sinon arbres. Lesdits bateaux peuvent porter huit ou neuf pipes. Tirant du coste du surouest, tirant a Carthagena, a quatre lieues de la, il y a un petit port qui s apelle Moro Ermoso, et de Moro Ermoso tirant au surouest, a dix lieues de la, y a une grande baye qu on apelle la baye de Zamba, qui va bien a trois lieues tournant a 1 est, qui se vient quasi a rencontrer avec ladite riviere. Au fond de la dite baye y a un petit village, la ou ils nourissentbeaucoup de pourceaux et volailles, comme poules et cha- pons, comme les nostres, et y recueille force mil comme celuy d Espagne, qu on charge sur les bri gantins, avec des pourceaux, pour porter au Nombre de Dieu au temps que 1 armee d Espagne y est; et en la terre y a un petit village d Indiens. Sur le bord de la dite baye du coste" de la terre ferme, a 1 en- tour de la mer, sont toutes plaines sans arbres, et a DE JEAN PARMENTIER 103 une lieiie de la mer, il y a une montagne qu on apelle la Galere de Zamba, pour ce qu elle est haute d un coste et basse de Fautre, on luy a mis nom la Galere ; tirant toujours au sudouest prenant de la dite pointe de Zamba jusques a la pointe de la Caura qui est a dix lieues de la, tirant a Carthagena, le long de la coste, il y a tout dangereux le long des dites huit lieues : il y a isles de sable, qu on apelle isles d Arenes, et la terre les couvre toutes. En la terre ferme y sont de petites montagnettes non guere hautes, il y a quelques maisons en la dite terre ferme la ou il y a des Indiens en d aucunes, et une autre maison seule la ou il n y a que des negres qui travaillent la a semer du mil et a faire de la cassade, qui est leur pain fait de racines ; nourrissent pour- ceaux et volailles, puis Ton charge cela dans un petit bateau pour porter a la villc de Carthagena, a la maison du Seigneur : la dite maison s apelle Taroge. Et aux dites montagnes n y a qu arbres sauvages sans proffit, ni prairies aucunes, mauvais pays. Et de la tirant toujours au sudouest a quatre lieues de la est la pointe de la Caura; on 1 apelle la pointe de la Caura, par ce qu il y a une pierre en la mer, a une bonne lieiie, qui ressemble a une des dites Caura, barques d Indiens. La dite pointe est de terre rouge ; il y a bon mou iller 1 ancre pour grands et petits navires. Passe que vous avez la dite pointe, vous pouvez aller jusques a Carthagena, qui est a cinq lieues de la du coste du sudouest, sans point de danger ; vous allez partant de fond que vous io 4 DISCOURS DE LA NAVIGATION voulez, avec le plomb a la main, et pouvez aller en terre et en mer tant que vous voudrez. Depuis la dite pointe de la Caura jusques a Carthagena, il est toute plage; il n y a point d habitation dans la terre. II y a un estang depuis la dite pointe qui vient respon- dre a la dite ville de Carthagena ; il n y a point de montagne, qu on puisse dire parfaitement sont montagnes, sinon de petites montagnettes sans proffit, meschans arbres, jusques a ce que vous estes a la ville de Carthagena. II y a une petite montagne qui est au dessus de Carthagena, on Tapelle aussi Galere, pour ce qu elle a facon de galere, comme 1 au- tre ; qu elle est haute d un coste et vient en baissant d autre comme une galere. Sur le plus haut de la dite montagne, il y a une sentinelle pour descouvrir la mer, avec une petite logette qu ils ont faite en facon de deux grandes eschelles pour monter en haut pour descouvrir la mer; de sorte que ceux de la ville y voient ordinairement la sentinelle. La ville de Carthagena est posee sur le bord de la mer. De la dite montagne, en venant de la mer avec un navire, vous voyez blanchir les maisons, pour ce que les maisons sont la plus grande partie de tables. II y a une maison de pierre, qui est au milieu de la ville, qui blanchit comme une eglise; et la dite ville est posee sur le bord de la mer toute environnee d eau. Du coste de la mer, du long de la plage, il y a une petite forteressc qui est quarree de la grosseur d un moulin qui deffend le coste de la mer. A 1 entree du port, il y a une petite forteresse, la ou les navires DE JEAN PARMENTIER 105 mouillent 1 ancre, pour ce qu elles ne peuvent pas aller dans la ville. L entree du port qui se prend a une lieiie de la dite ville, c est une grande entree d une bonne tiree de moyenne d un coste et d autre, qui a bon fond par tout a douze ou treize brasses la dedans. A deux lieiies de la mer de la dite bocque, il y a une bande d arene droitement a 1 ouest, que par peu de vent vous voyez le brisant de la mer, et est bien dangereux, et faut bien prendre garde : on 1 apelle Salmedine. Du coste du sudouest de la dite entree du port, est une isle qu on apelle Careyt : il y a un beau jardin dedans, ou il y a force figuiers de figues noires de la grosseur d un esteuf : il y a force migra- nes et treilles qui donnent des raisins, avec cinq ou six maisons, et ordinairement dix ou douze negres; il y a une cisterne au milieu du dit jardin, qu on en tire 1 eau pour arrouser le dit jardin avec une grande pompe de navire. A 1 entour de Carthagena ne se nourrit chose qui soit, sinon des jardins, qui ont bien escharsement de 1 eau ; et du coste de la terre ferme, apres avoir passe le pont, il y a une eglise apellee Saint Francois; et plus a la pointe du coste du sudouest de ladite isle, il y demeure quelques Indiens qui nourrissent des volailles et pourceaux qu ils vont vendre a la dite ville de Carthagena. Et entre la dite isle et terre ferme, y a une autre petite entree, qui est du coste du sudouest, par ou entrent les brigantins, quand ils viennent du coste du Nombre de Dieu; et toute la dite terre ferme qui io6 DISCOURS DE LA NAVIGATION contient depuis Carthagena jusques a Tolo, il n y a point de maisons, ni villages, sinon toute terre basse, et petites montagnettes par le milieu, sans fruit, meschans arbres ; et de la dite isle de Carez venant le longde la coste du coste du sudouest, a une lieue de la, il y a une petite baye, qu on apelle Porte de Nau : il y a bon mou iller 1 ancre a dix ou douze brasses d eau. Tirant plus le long de la coste jusques aux isles de Baruth, qui est a cinq lieiies de la du coste du sudouest, il y a des isles qu on appelle les isles de Baruth, qui sont cinq a six isles ensemble, 1 une aupres de 1 autre, toutes roches; il y a passage entre les dites isles, pour ceux qui sont pratiquez la, qui y ont passe autrefois; et prenant des dites isles de Baruth, la terre s en revient a Test et fait un grand golfe leans dedans, qu on apelle le golfe de Zapata, et depuis la terre s en vient rassembler aux isles de Saint Bernard, qui sont a sept lieiies des isles de Baruth. Tirant au sudouest du coste de terre des dites isles Saint Bernard, il y a un petit village qu on apelle Tolo, la ou il y a cinquante ou soixante mai sons de paille, la ou ils nourissent grande quantite de volailles et pourceaux, qu ils portent vendre a Nombre de Dios et a Carthagena, avec grande abondance de mil; toute terre basse, sablonneuse, sans montagnes, arbres sans fruit. Tirant de la a douze lieiies de la, a sept lieiies des dites isles Saint Bernard, il y a une isle qu on apelle isle Forte, laquelle isle est pleine d arbres marins, c est-a-dire sans proffit. Cette petite isle a demie lieue de Ion- DE JEAN PARMENTIER 107 gueur, et du coste de nordouest, il y a un rocher qui fait bane, qui va une bonne lieiie en la mer; et du coste de surouest il y a bon mouillerl ancre pour le vent de nord et de nordest. A une lieiie de la vient respondre la terre ferme, pour ce que c est une grande baye, la ou est la ville de Tholo; et la pointe du golphe vient respondre la a une lieiie pres de la dite isle tirant a 1 ouest surouest. A la dite pointe de la terre ferme, il y a une riviere, qu on apelle la riviere de Senou, la ou il y a quelques maisons le long de la dite riviere ou se tiennent des Espagnols avec des Indiens qui sement du mil et nourrissent des pourceaux et volailles. Tout le long de cette dite coste il n y a point de montagnes, si ce n estune petite montagne qui prend le long de la riviere, bien petite, qu on apelle la montagne de Carbonniere; et tirant tout le long de la coste du cost de sudouest, il y a quelques maisons d Indiens, et encore plus au fond du golphe de Orana, qui est un golphe qui confine a la dite coste, il n y a point de montagnes, ains quelques maisons d Indiens qui sont sauvages et n obeissent point. Et de la dite isle Forte jusques a sept lieiies plus au sudouest, il y a une autre petite isle qui s apelle la Tarthuga, qui est une petite isle, la ou il n y croist que quelques meschans arbres marins, et toute de roche, et si il n y a ni eau, ni herbe, et si il y a des pourceaux ; et a deux ou trois lieiies de la, il y a une pointe qu on apelle la pointe de Caribana, bien dangereuse de battures, rochers, et meschant pays. De la entrant au cul de sac, y sort de io8 DISCOURS DE LA NAVIGATION grandes rivieres, ou il n y a que des Indiens sauvages; et retournant la terre, tirant au nordouest, il n y a que toutes montagnes, s entend de 1 autre coste du golfe du coste de 1 ouest, toutes montagnes, hautes roches, sans arbres, ni habitations, sinon de negres sauvages qui font maisons de^a et dela, par dedans le bois; et la montagne continue decette sorte tou- jours de cette hauteur, jusques a la montagne qu on apelle de Sainte Croix, autrement dit la Cavesse de Cattinas. Le long de la dite coste sortant du dit cul de sac, au beau pres de la terre, y a deux isles 1 une aupres de 1 autre, 1 une plus grande que 1 autre; la plus grande s apelle isle de Pine, et 1 autre isle de Louve. Tout du long de la dite coste jusques a la pointe de Cattinas, tirant au norouest, est tout plein d isles sans point de proffit. En la dite pointe de Cattinas, il y a une isle qui est plus a la mer que piece des autres; il y a bon mouiller 1 ancre pour toutes sortes de navires grands et petits, et si y a de 1 eau douce. De la jusques au Nombre de Dios, il y a douze lieues tirant a 1 ouest, toute coste brave de rochers. Aupres du Nombre de Dios du coste de Test, il y a une riviere, qu on apelle riviere Francoise, la ou il y a une petite playa, les grands navires y mouillent 1 ancre quelquefois; et de la a 1 entree du Nombre de Dios, il y a quatre lieues; et a 1 entree du dit Nombre de Dios, il y a une petite roche ronde, qui paroit trois ou quatre lieues de la mer du coste de Test, qu on apelle la Morre de Nicoise ; et du coste de 1 ouest a deux lieues de la, il y a une isle ronde DE JEAN PARMENTIER 109 assez haute, qu on apelle les isles de Batiment; et entre les isles et le dit Nicoise demeure du coste de Test; il y a une pierre parmi 1 entree que la mer luy brise dessus pour peu de vent qu il y ait; et du coste de Test a 1 entree du port du Nombre de Dios, il y a des battures que la mer luy brise, qui sont certaines, et n y a point de danger de passer bien pres; et de la vous voyez les maisons qui sont la dedans le cul de sac, sur le bord de la mer, que c est la ville du Nombre de Dios; et sur la ville du Nombre de Dios, dans la terre, il y a une montagne haute, qu on apelle la montagne de Capiro ; et cette montagne se voit de bien loin dans la mer. Le chemin qui va de Nombre de Dios a Panama passe au pied de cette montagne, la ou vous voyez ordinairement le long de ce grand chemin quantite de mulcts, qui portent les marchandises du Nombre de Dios qui viennent par d Espagne, les chargent sur des mulcts et les portent a Panama, et de Panama, quand retournent, portent les tresors or et argent ; et depuis le dit Nombre de Dios jusques aux montagnes Saintc Croix, qu on a nomme cy devant, il n y a point d habitation, ni montagnes qui se puissent dire hautes, sinon petites montagnes, avec arbres sans fruit, avec force pores, sangliers etvaches sauvages. .no DISCOURS DE LA NAVIGATION LA VILLE DE NOMBRE DE DIOS. II n y a nulle habitation autour, quelle quelle soit, sinon un jardin ou deux, ou il y a force oran ges. Us ne servent de rien la, sinon recevoir les marchandises, et les envoyer plus outre a la mer de Sus. Et de Nombre de Dios jusques a Panama, il y a dix huit ou vingt lieues de la sur la mer de Sus, la ou sont d autres navires de trafic qui portent autant de marchandises comme a cette mer, et trafiquent en cette mer de la; et sortant du dit Nombre de Dios tirant a 1 ouest, il y a des isles a deux lieues de la du coste de 1 ouest, qui se disent les isles de Batiment, qui sont quatre ou cinq isles ensemble, dont il y en a une plus grande de toutes, qu il y a une maison avec des negres qui sement du mil, et y a un jardin ou il y a force oranges et plantanes, qui est un fruit qui est long et vert, et croissent a grande quantite ensemble comme gros raisins, etl arbre qui les porte, est un arbre vert qui n a point de facon de bois, et le pied de 1 arbre est gros comme le bras, et les feu illes longues et larges, comme une aune de long et trois pieds de large; et quand Ton veut cueillir le fruit, il faut couper la jambe avec un cou- teau, et Ton abbat 1 arbre pour cueillir le fruit qui est gros ; et le dit arbre ne porte jamais qu un raisin seul ; et quand 1 arbre est coupe subit a son temps DE JEAN PARMENTIER in en croist un autre : le dit arbre n a forme de bois, pour ce qu il est tout comme liege ; les feuilles sont en facon d herbe a la Reyne, et ne porte jamais de fleurs. Et tirant de la a 1 ouest, jusques a Porto Bello, y a dix lieiies, toutes battures, dangereux pays ; la terre ferme qui contient depuis Nombre de Dios jusques a Porto Bello, est toute terre mauvaise, montagnes pleines d arbres sans point de fruit, tous pays de sauvages, ou il n y a que des negres sauvages qui habitent la dedans; ily a force sangliers etvaches sauvages. Le dit Porto Bello, est un port fort bon pour toutes sortes de navires. II y a du Nombre de Dios jusques a Porto Bello vingt lieiies du coste d ouest ; et du Porto Bello tirant a la riviere de Chagry, il y a douze lieiies. Cest une riviere qui sort de la terre, qui vient d aupres de 1 autre mer de Sus, a quatre lieiies, la ou les brigantins du Nombre de Dieu char- gent les marchandises et les portent le long de ceste dite riviere, et les portent jusques a quatre lieiies de 1 autre mer comme dit est, la ou il ya une maison ex- pressementfaite pour recevoir les dites marchandises, etde la les chargent sur descharrettesqui les portent a Panama. Toute cette terre, depuis le dit Porto Bello jusques a la riviere de Chagry, tout est terre mauvaise, basse, et plage long de la mer ; et depuis la dite riviere de Chagry jusques a la riviere de Veraghe, il y a dix lieiies, toute terre perdue, mon tagnes, roches, tout le long de la mer, sans point de ii2 DISCOURS DE LA NAVIGATION battures. La dite riviere de Veraghe, est une petite riviere, que tant seulement y peuvent entrer les brigantins qui portent les vivres et autres marchan- dises. La dite Veraghe est posee dans la montagne a une petite lieiie le long de la dite riviere, sur une petite planure qui est la entre les montagnes ; et en la dite Veraghe ne s y recueillit rien qui soit, et n ont rien, sinon ce qu on leur porte par mer. II y a quelques cinquante ou soixante maisons, qui sont toutes de pailles, ou les Espagnols se tiennent ordi- nairement en maniere d une retraite qu ils ont faitc la, pour ce que les dites montagnes qui sont la ren- dent grande quantite d or; et les Espagnols se sont retirez la, par ce qu il y fait plus sain que se tenir aux montagnes, et les negres se tiennent en la dite montagne, qui tirent 1 or. II y a dix lieues depuis la ou se tiennent les Espagnols jusques aux mines, et y portent les vivres de quoy ils vivent, le long de la riviere, avec de petits bateaux. La maniere comme ils tirent 1 or, je vous le diray. II est de cette maniere. Ils ont de petites houe s de quoy il sapent la terre qu ils apellent Alma- chapt, et avec cela cavent la terre centre la dite montagne, et mettent la terre luisante dedans des battees, qui est une chose de bois rondes, plattes, et creuses au milieu : et puis s en vont dans la ri viere, et lavent fort cette terre dans les dites battees, de sorte qu il n y demeure que 1 or au fond des dites battees . Et toutdu long des dites montagnes n y a aucunes DE JEAN PARMENTIER 1 1 3 habitations, sinon toutes montagnes, forests ct mauvais pays, sans fruit, ni rien. Et jusques a la riviere de Nicaraghoa, toutes grandes montagnes, ou il y en a une a vingt cinq ou trente lieiies des dites mines de Veraghe, qu on apelle les Serres de Broc- can ; Ton 1 apelle Broccan, pour ce qu en cime de la dite montagne y a un feu qui en sort a la pointe, que Ton voit de bien loin. Et de la dite Veraghoa jusques a Nicaraghoa, le long de la coste de la mer, il y a mauvais pays dangereux. II y a une isle au milieu de la dite Nicaraghoa, du coste de 1 ouest, a dix lieiies de Nicaraghoa, et s apelle Lescut. Tirant de la plus avant du- coste de 1 ouest, il y a des autres isles, qui se disent les isles de Sarobaru, qui sont des isles qui sont en une baye, cachees entre montagnes, sur le bord de la mer, grandes. II y a bon port pour toutes sortes de navires ; et depuis dela, la terre tire au norouest, jusques a la riviere de Nicaraghoa, qui est une riviere qui vicnt de quatre lieiies aupres de 1 autre mer. II y a quatre vingts lieiies depuis la bouche de la dite riviere jusques au fond ; la dite riviere est large a 1 entree, repartie en deux, une grande isle au milieu. Dans cette dite riviere est grand trafic de brigantins qui por tent marchandises. Toute cette terre est sans demeu- rance de personne, terre rase, de petites montagnes, avec grandes planures, et grandes forests d arbres sans fruit, vaches sauvages, sangliers. Sortant de la dite Nicarague, et tirant toujours le long de la coste de la mer, la terre s en retourne vers nord nordest, ii4 DISCOURS DE LA NAVIGATION et de la dite riviere jusques a la pointe de Gratias a Dios, il y a soixante dix lieues, toutes costes braves, mauvais pays, rochers, montagnes, forests sans point de proffit ; il n y a point d habitations le long de cette coste. Et de la dite riviere de Nicaraghoa tirant aii coste de nordest, il y a une isle a quinze lieues de la, avec grande quantite de farraillons du coste de Fouest a la dite isle : et sur le capde Gratias a Dios, il y a un bon port, ou pourrez trouver de 1 eau douce : il faut caver si pres de la mer que vou- drez, vous trouverez de 1 eau, et de la tirant au nordouest, il y a une autre grande baye, qui se dit Cartage, ou il y a un bon port ; tout pays deserts, montagnes et bois, pays sauvage : et de la tirant au nord jusques au Cau de Camaron, toute coste brave et mauvaise, meschant pays, mauvaise navigation : il y a que quatre et cinq brasses d eau ; c est un grand bane d arenes, qui dure depuis le port de Cartage jusques au Cau de Camaron, et dure d est ouest bien cinquante lieues, et la dite terre, toutes montagnes, meschant pays, sans point de peuplaison. On apelle la dite coste, la coste de Tasgualpa, Tas- goalpa ; et la pointe s en retourne droitement a 1 ouest. II y a depuis le dit Cau de Camaron jusques a la ville de Truchillo vingt lieues droitement a 1 ouest, toutes montagnes fort hautes et pointues. Sur la dite ville de Truchillo il y a une montagne fort pointue, et sur le bord de la mer; et toute terre rase, durant quatre lieues de longueur jette une grande pointe a la mer, et fait une grande baye du DE JEAN PARMENTIER 115 coste 1 de 1 ouest de la dite terre basse ; et la dite ville est posee au pied de la dite montagne pointue ; et du coste de 1 ouest de la dite terre rase il y a un petit islot a la mer, qui se bouche avec la terre rase : mais toute la terre est toute d arene et plage. TRAICTE EN FORME D EXHORTATION, CONTENANT LES MERVEILLES DE DIEU ET LA DIGNITE DE I/HOMME COMPOSE PAR JEAN PARMENTIER En traversant la grand mer cTOccident Pleine d esprit ou gist maint accident Par ventz soufflantz sans mesure errepos, Delibere penetrer 1 Orient, Passer mydi : mais que inconvenient Ne peust troubler mon desireux propos : Le cueur bien sain en ma nefbien dispos, L esprit ouvert sursi pesant affaire, Vins a penser quel oeuvre vouloys faire. Je suis pensant pour quelque fantasie, Je quicte Europe et tant je fantasie, Que veulx lustrer toute Affrique la nove, Encores plus je ne me rassasie, Si je ne passe oultre les fins de Asie, A celle fin que quelque ouvre je innove Mon cervault boult, mon esprit se renove Car pour repos il prend solicitude; Mais dont me vient telle eftrenee estude ? ii8 LES MERVEILLES DE DIEU Diray je avec Horace ou Juvenal, En concluant soubs un propos final, Que aux Indes vays pour fuyr pourete ? Cest argument est faulx et anormal ; Faulte d argent ne me peult faire mal ; Point ne la crains, car j ay plus poure este. Sur quel propos suis je done arreste, Quand j ay conceu voyage si pesant ? Alors raison contenta mon esprit, Disant ainsi : Quand ce vouloir te esprit De te donner tant curieuse peine, Cela tu feis afin que 1 honneur te prit, Comme Frangoys qui premier entreprit De parvenir a terre si loingtaine. Et pour donner conclusion certaine, Tu Tentrepris a la gloire du roy, Pour faire honneur au pays et a toy. Sur ce pensif et tout melancholique, Entray en chambre ou ma bibliotheque, Vins revolver pour trouver passetemps, Et me adressay a 1 Ecclesiastique Sur ung beau mot de sentence autentique, Pour tous haultz cueurs rendre plei s et contentz Dont le vray sens feut tel comme j entendz : Qui veult avoir grande gloire et honneur, Doibt suyvir Dieu sonsouverain seigneur. En suyvant Dieu sur ce bas territoire On trouvera le royaume de gloire. Par suyvir Dieu on prendra avec luy Bruit immortel; on obtiendra encore Longueur de jours eternels par memoire. Sans fascherie ou soit mortel ennuy. ET LA DIGNITfi DE L HOMME 119 Que me vault done avoir tant circuy En terre et mer, puis qu en plus prochain lieu On trouvera honneur en suyvant Dieu ? En suyvant Dieu et ses commandementz, Ses doulces loix et ses enseignementz, On a honneur quiveult se humilier. Que me vault done de veoir tant d elementz, Souffrir en mer tempestes et tourments, Ayant tousjours des soucys ung milier! Mieux m eust valu me rendre Cordelier Avec Francois et sainct Bonaventure : Je y eusse acquis honneur a 1 adventure. C est ung estat comme 1 ordre 1 afferme Pour suyvir Dieu ; etsi c est a pied ferme Sur le plancher aux vaches bel et bien. Ou bien souvent d ung beau bissac on s arme Plein de lopins de quoy le traict on charme Qui n auroit plus ou moins c est mieulx que rien Ilz vont prescher, pour acquerir du bien Et de 1 honneur, parmy dames devotes, Qu il y a souvent de bonnes sottes. Et si j estoys Cordelier d adventure, Auroys je honneur pour porter sur la dure Le beau bissac comme un poure belistre ? Tout bien pense, de tel estat n ay cure Mieulx me vauldroit la bonne grosse cure, Ou quelque abbaye afin de porter mitre, J auroys honneur, car j auroys un beau titre. Mais je ne sgay si c est le droit du jeu Et 1 honneur vray qu on a pour suyvir Dieu. 120 LES MERVEILLES DE DIEU Ce m est tout img ; de tels gentz ne veulx estre ; Car aussi bien je n ay argent a mettre Sur le bureau pour avoir benefices : Et sans argent on n a bulle ne lettre, Si on n est subtil pour s entremettre D en crocheter par dol ou par blandices. Mais j eusse eu aultres moyens propices D avoir honneur comme les aultres ont En acquerant le grave bonnet rond. Or pour certain on tient qu ung bon pillote, Ung marinier qui tout son cas bien note, Bien entendu et bien exercite, Est plus longtemps pour entendre sa note., Parfaictement qu il ne s en faille iote, Qu ung docteur n est en 1 universite. Suys je pas done bien plein de cecite D avoir esleu le maritime estude, Laissant le doulxpour emporter le rude. Consideres quel docteur j eusse este, En quel honneur ma grave majeste, Pesantement on eust veu apparoistre, Et en lieu suis un poure dejete, Ung mathelot qui n a auctorite, Fors qu en la mer quand au dangier fault estre ; Mais en la terre on m eust diet : nostre maistre Bona dies ! vos beaulx motz par sainct Gille Sont aussi vrays que la belle evangile. Raison oyant mon trop maigre propos Mai mis en ordre et assez mal dispos, Poury asseoir bonne conclusion, Me dist aussi : Comme ung de mes suppostz Te veulx donhcr spirituel repos, ET LA DIGNITE DE L HOMME 121 Pour te garder d avoir confusion. Poursuy ton ceuvre ou nait abusion. Se ainsi le fais, tu ensuyviras Dieu, Dont tu auras vray honneur en tout lieu. Et les moyens entendz que je te dys : Ensuyvir Dieu, c est ensuyvir sesdictz, Ses mandementz, et sa benigne loy Pour estre mis au reng des benedictz Pour avoir lieu d honneur enparadis Et parvenir en glorieux arroy. Or est ainsi qu en ce mondain terroy, Qui veult servir son seigneur ou son roy, On prend plaisir a cognoistre ses faictz. Plus il est grand, plus il est crainct en soy ; Plus il est bon, plus luy tient on sa foy ; Onl aime autant qu on voit ses faictz parfaictz. Et tu as Dieu pour souverain seigneur, Tu es soubs luy, il est ton enseigneur, C est ton vray roy, seul plain d omnipotence, Qu on doibt tenir pour obtenir son heur, Qu on doibt querir pour acquerir honneur, Qu on doibt servir premier sans negligence. Expose done plaisir et diligence, Cueur, corps et ame et toute intelligence, De recognoistre a qui tu as affaire Quel seigneur c est, et sa puissance immense, Sa grand prudence et parfaicte clemence, Sur tout tes faictz tu as tel ceuvre a faire. 122 LES MERVEILLES DE DIEU LES MERVEILLES DE LA MER Mais veulx tu mieulx cognoistre sa puissance Que pour suyvir soubs son obeissance Ton bon voyage et navigation? Tu y pourras contempler a plaisance Son hault pouvoir par grande esbaissance, Voyant la mer en son inflation, Sa merveilleuse et grosse elation. Ondes mouvantz par fluctuation, Sa profondeur, son creux et son abisme. Lors tu diras par admiration : Seigneur! qui fais telle operation, Tant ta vertu est grande et altissime ! Qui cognoistra les merveilles de mer, L horrible son plein de peril amer Des flotz esmeus et troubles sans mesure ? Qui la verra par gros ventz escumer, Pousser, fumer, sublimer, se abysmer Et puis, soubdain tranquille, sans fracture ? Qui cognoistra son ordre et sa nature ? Mais qui dira : j ay veu telle adventure, Sinon celluy qui navigue dessus. Cestuy la peult bien dire par droicture : O merveilleuse et terrible facture Du merveilleux qui habite la sus ! O navigantz, o poures mathelotz, Qui cognoissez la nature et les flotz De la grand mer ou pretendez profits, Levez les yeulx (ayant les cueurs devotz) ET LA DIGNITE DE L HOMME 123 Devers le ciel, et je feray des vos A donner gloire a celluy qui la feit. Sans laschete dont maint est desconfit, Soit a tousiours vostre parler confit En sa louenge et en son seul honneur : Et vous aurez non obstant tout conflict De ses bienstant, que vous direz il suffit : Car c est luy seul vray liberal donneur. Considerez la grandeur et 1 estente De cette mer tant large et tant patente Dont la moitie pourroit noyer la terre Et non obstant sa force violente, La main de Dieu forte et omnipotente La tient ensemble en arrest et en serre, Par sa puissance en lieu borne la serre, Par sa puissance il luy donne son erre, Son mouvement et son cours ordinaire. Et quand el bruit comme horrible tonnerre. Dont pourement maint esquippage en erre, Par sa clemence il 1 appaise et faict taire. Considerez les merveilleux tropeaux Qu on voit cingler au travers de ces eaux, De gros poissons et d horribles velus Diversement et a si grandz monceaux, Que engin humain jugeroit cela faulx Si de premier telz bestes n estoient veues. Ilz sont sansnombre ettoutes sontrepeues; Le seul parfaict qui surmonte les nues Sustente tout et leur donne pasture, Qu ilz vont chercher parmi vagues esmues En sortissant de leurs profundes nues Jouxte 1 instinct de leur propre nature. i2 4 LES MERVEILLES DE DIEU Et voyez done quelle puissance assouvie Ha celluy seul qui seul donne a vous vie Qui tout nourrit en vertu de sa grace- A qui mieulx mieulx chascun par bonne envie . Considerez en pensee ravie, Le haultpouvoir plain de saincte efficace, Et vous aurez cause bien efficace De luy donner louenge en toute place, Et d exalter son sainct nom et sa gloire, Se humilier devant sa saincte face, Carder sa loy, quelque chose qu on fasse, Et leservirpar effect peremptoire. LA DIGNITE DE L HOMME Mais oultreplus considerez comment L homme mortel a eu 1 entendement, L esprit, lecueur et la grande hardiesse De naviguer pendant un gros tourment Durant un temps par vent trop vehement, En soubstenantsur mer mainte rudesse. O Dieu vivant, qu est-ce de rhomme,, qu est-ce, Qu est-ce de luy, qui 1 as en ta pensee ? Tant que bien pres d angelique haultesse II a attainct en son esprit noblesse Par la vertu que luy as dispensee. Pour demonstrer ta puissance et grandeur, Tu as faict 1 homme en charitable ardeur, Et chascun jour tu le viens visiter : Tant que tu veulx pour luy donner bon heur Le couronner de grand gloire et honneur, ET LA DIGNITE DE L HOMME 125 Se en ton service il veuille persister . Car je ose bien de Phomme reciter Qu il n est vivant qui saiche resister Contre son sens, quand son esprit s esforcc. Tu 1 as vouleu si hauhement monter, Que soubs ses pieds, il peult tout surmonter Moyennant toy qui lui donne tel force. Tu 1 as esleu souverain admiral, Grand capitaine et grand chef general, En mer, en terre, et mesme en my IVtr ; Tu 1 as faict roy, tu 1 as faict capital Entre tes faicts, comme le principal De tous vivants dont on sauroit parler. Bestes brutaulx ne scauroient ou aller, Poissons cingler, ne les oiseaux voler, Que tous ne soient sous le pouvoir de I homme ; C est ta vertu qu en luy fais rutiler ; Tout vient de toy, nul ne le peult celer, Car rien sans toy ne s acheve et consomme. Se ainsi est done que le hault Dieu parfait Par la vertu ait pour rhomme tout faict, Luy donnant tout en generalite, Qui detiendra que par voye de faict, L homme de cueur ne se mette en effect, De aller chercher en specialite Ce qui est faict pour son utilite, Et soubs vertu pleine d humilite, En rendre a Dieu les graces et louenges Magnifiant sft liberalite, Qui plus a faict a la realite Pour rhomme seul que pour tous les saincts anges? 126 LES MERVEILLES DE DIEU Pren donqs cueur, toy avecques tes gens, De passer oultre et estre diligentz, Ainsi que gens et non pas comme bestes ; Et si n avez parfois entre les dents Le gros plaisir du ventre la dedans, N en faictes cas et vous montrez honnestes ; En tel voyage auquel maintenant estes, Sobriete rend les pensees nettes, L esprit gaillard, subtil, plain de vertu : Mais ces pourceaux, ces soullards deshonnestes Qui aiment tant morceaux et grasses festes Ont leur esprit tout mort et abattu. Puis contemplez en cinglant par long cours Qui faict les jours, qu on voit puis longs puis courts, Qui faict mouvoir le haultain firmament Qui faict la lune en croissant, en decours, Ay ant tous jours vers lesoleil recours Pour soy montrer clere a tout element, Qui faict mouvoir le soleil tellement Que ciel et terre en un jour seulement II circuit plain de ardente splendeur; Qui faict tourner le ciel asprement Qu en la vertu de son fort mouvement Le tout est meu sous sa forme et grandeur. Cestuy la seul quitou jours se repose Faict au hault ciel toujours avoir sans pose Les corps luisants qu on voit tant radieux; Cestuy la seul (duquel bien dire je ose) Qu il ne se meult jamais pour nulle chose Faict seul mouvoir les grandz roes des deulx ; C est le seul roy et le seul Dieu des dieux, Qui a puissance et vertu en tous lieux; Et tous les cielz ne le sauroient comprendre : ET LA DIGNITE DE L HOMME 127 * II est si grand, il est si merveilleux, Ses faictz si haults et si miraculeux, Que, tout conclud, on n y scait rien entendre. Mais il suffit que tu entendes bien Qu il a tant faict et tout pour ton grand bien, Dont tu luy doibs honneur en toute affaire II a tout faict. Voire de quoy ? De rien. II a tout faict afm que tout soit tien, Non pas a luy, car il n en a que faire. II a tout faict, mais il peult tout deffaire, Car s il te voit par vice contrefaire Et te obstiner sans reprendre vertu, Et sans a luy humblement satisfaire, De tous les biens qu il a vouleu parfaire Enfin n auras la valeur d un festu. Or reduys done au creux de ta pensee Quelle grand grace est a toy dispensee (Si tu la veulx) par cer ouvrier parfaict. Et si raison est en toy compassee, Tu ne feras une seule passee Sans louer Dieu qui tel bien te parfaict. Se ainsi le fais, tu veorras que par faict Dieu eternel aura tant pour toy faict Que tu feras bon voyage en bon heur, Qu en ton pays ton cueur tout satisfaict Tu reviendras de joye tout refect, Plain de plaisir, de profit et d honneur. Se a Dieu aymer avez vostre cueur mis, Ne craignez point vos mortels ennemys, Dieu destruira leurs operations, Tout leur pouvoir sera par luy submis Tout leur conseil aboli et remis, 128 LES MERVEILLES DE DIEU En reprouvant leurs cogitations. Dieu voit du ciel sur toutes nations II voit les cueurs et les intentions De tous humains en 1 universel monde. L homme propose en ses affections, Et Dieu dispose en ses perfections Et faict a 1 homme ainsi comme il si fonde. Or fondez vous a vertu ensuyvir, A louer Dieu, Faymer et le servir Et vous ferez parfaict et bon voyage. Ne pensez point les biens d aultrui ravir, Ne pensez point les hommes poursuyvir D aultre raison pour leur faire dommage ; Mais si ennemys s offrent vous faire oultrage, Monstrez en vous un vertueux courage, Defendez vous, car Dieu fera pour vous ; S ils ont en nombre un plus grand advantage, Ne craignez point leur furieuse rage : Dieu est pour vous, qui les confondra tous. Considerez ce qu en dit le Psalmiste : Ne pensez pas que victoire consiste En la vertu d un roy ou de ses gentz; Vertu divine est seule qui resiste Encontre tous, et se en vous elle assiste, Vous ne pouvez jamais estre indigentz Se avecques Dieu vous estes diligentz, Vous obtiendrez sur peuples et regentz Suyvant bon droict Thonneur de la victoire. Car qui craint Dieu et s y fie en tout temps A son besoin en guerres est contendz; Dieu le regarde et luy est adjutoire. ET LA DIGNITE DE L HOMME 129 LES MERVEILLES DE L AIR Ainsi peasant aux merveilles divines Qui sont au ciel et aux ondes marines Vous parviendrez a honneur glorieux ; Mais passons oultre et voyons les haultz signes Qui sont en 1 air selon les divers lieux. L un air est fin, 1 aultre esttousjours pluyeux, Caligineux, obscur et ennuyeux : L un est joyeulx, 1 aultre est plain de tourment, L un est fort chaud, 1 aultre est froid rigoureux, L un est fort doux,l aullre estmal amoureux, Et si tout sert, considere comment. Dieu n a rien faict qui ne serve a nature, Dieu n a rien faict en vain contre droicture, Tout feit si bien que tout est bon de soy. Le philosophe et la saincte escripture En sont tesmoings : par quoy la creature Qui sent raison peult bien dire : O hault roy ! O createur qui tout as faict pour moy ! Si maintenant je tombes en esmoy, En voyant 1 air trop austere en maintien Par chault, par froid, par tourment que je y voy, Ce non obstant pardonne moy. Je croy Que ainsi le fais et le veulx, tout pour bien. Si tu voys 1 air plein d une beaute nette, Pur, cler, fin, beau, en douceur tant honneste Qu il semble a veoir qu onques ny eust laidure Je te supplye fais comme 1 alouette 1 30 LES MERVEILLES DE DIEU Qui vole en 1 air chantant la chansonnette Pour dormer gloire au hault Dieu de nature, Ceste petite et belle creature Oublie tout et manger et pasture Pour gringoter ses chants et ses fleurtis Enlouant Dieu. O humaine facture ! Si tu fais moins, c est bien centre droicture : Rends gloire a Dieu dont tous biens sont sortis. Vole en ton cueur par contemplation, Penetre 1 air par speculation, Va jusques a Dieu de plain vol de pensee, Plus, fays sortir de meditation Un doulx motet a 1 exaltation Du seul qui fit tel beaute compassee; Et se en ce poinct est sa grandeur pensee Dedans ton cueur bien pesee et passee Parmi louenge a sa gloire mystique Ta voix seroit bien rude et bien cassee Se el n est de Dieu beaucoup plus exaulcee Que tous leschantz qu onques pensa musique. Et si tu vois par facon opposite L air obscurcy, que le gros vent excite Par grand tempeste et tourmente soubdaine, Ce non obstant sans par olle mal dicte, Sans murmurer soit ta pensee induicte Alouer Dieu en sa vertu haultaine, Considerant que la grosse balaine Y prend plaisir, et a force d alaine Voyant tel temps faict 1 eau bondir en 1 air, Elle s esmeut, elle sault, el se pourmaine, Se jecte en 1 air, ettel plaisir elle maine Qja il semble a veoir qu elle doive voler. ET LA DIGNITE DE L HOMME 131 Je te supply, fais en bien ton profit ; Mais qui la meult ? c est celuy qui la feit. Et semble a veoir qu el luy veult rendre gloire. Auras tu done ton cueur tant desconfit De te aller rendre en desespoir confict Moins qu un poisson pour un vent transitoire? Recognois Dieu pour ton vray adjutoire, L air a trouble, mais il le peut encore Faire plus beau que ne le veis jamais. Prend done espoir avec luy, et 1 adore, Requiers son aide en ta simple memoire, Et tu n auras quelque perilleux mais. S en cesi estat avec Dieu te conforrnes, Et qu en voyant impressions et formes Qui sontenl air, ton Dieu tu magnifies II n est gros airne brouillars si difformes, Gros coups de ventz si pesantz et enormes Qu en la vertu de Dieu tu ne deffies. Fays ton pouvoir, et du reste te fies En cestuy la lequel tu glorifies. Et tu n auras aulcun mal et nuisance : Car ce qu il faict, c est affin que n oublies Son sacre nom et que tu te humilies En cognoissant sa terrible puissance. LES MERVEILLES DE LA TERRE Apres avoir bien contemple les faictz Qu il a au ciel, en mer et en 1 air faictz, Venons a terre a ses vertus entendre. Entendez-moy, bons mathelotz parfaictz, 1 3 2 LES MERVEILLES DE DIEU Estes vous pas de joye tous refectz, Lorsque voyez la terre ou voulez tendre Quand par longtemps faictes voilles estendre, Cinglant sur mer, et que par long attendre La faim vous prend, la, soif vous prend en serre, Le pain vous fault, on ne salt plus ou prendre, Quand un tel cas vous vient de pres surprendre ; Par votre foy ! desyrez vous point terre ? N en jurez ja, ce seroit chose folle ; On vous croit bien a la simple parolle. Que 1 opposite en tel cas seroit faulx, Car j en congnois deja en vostre escole, Quelqu unou deux, si bien je m en recole, Assez tannes par ce qu ilz ne sont saoulz. Us ont assez, mais non pas les morceaux Si tres frians n y a si grands monceaux Ne si bon vin qu ils auroient a pied ferme. He! Dieu du ciel ! (cedisent ces pourceaulx) Demourrons nous tousjours dessus ces eaux ? Ne bevrons nous jamais j usque a la lerme ? En telz regretz pleins de memoire grasse, Non obstant vice, ils congnoissent la grace Que Dieu a faict sur terre universelle Pour nourrir I homme, et disent a voix casse : Dieu fait bien tout, car la terre humble et basse Donna a I homme affin qu il vive en elle ; Ilz pensent bien que puissance eternelle Met bled en grange et le vin en tonnelle, Mais leur penser est tout ainsi que vent : Car s ilz ont terre et sont pres la vaisselle Dieu est leur ventre, et sa louenge belle : C est le poirier qui charge si souvent. ET LA DIGNITE DE L HOMME 133 Mais vous enfans d honneuretde raison, Qui desirez en temps et en saison A veoir la terre apres vos longs sejours, De vous a eux n y a comparaison; Car vous fondez louenges et oraison Enprotestant y persister tousjours; En ce moyen vous aveztous les jours Quelque pensee et seul etseur recours Au seul qui faict les merveilles du monde. A Dieu pensez : Dieu pense a vostre cours A Dieu priez, et Dieu vous est secours, Se procedez d un bon cueurpur et munde. En desirant avoir la jouissance Des biens et fruictz croissantz par abundance Dessus la terre, et la n y povez estre, Dens vostre cueur et en la circunstance De ce desir vous goustez la puissance De Dieu qui feit la machine terrestre ; En desirant, pour vostre corps repaistre, Quelque chapon, quelque ouaille champestre, Ou quelque bceuf pour mieulx faire gros rost, Bon pain, bon vin,pour sus la table mettre, Vous benissez celluy qui en est maistre Et luy priez que cela vienne tost. D autant qu on voit la chose difficile Tardive etrare, et qu el n est pas facile De Tavoir tost, d autant elle est plus chere. Et avec ce qu elleest bonne et fertile, Commode a 1 homme, excellente et utile, Plus on I estime et plus on la prefere. Et oultre plus, celluy qui la confere Qui en est maistre, et s il veult, qui differe A la bailler, selon son bon plaisir, 134 LES MERVEILLES DE DIEU C est cestuy la qu on honore et revere Qu on vient prier et auquel on adhere, Affin qu on ait ceste chose en desir. Par ce moyen vous estans sur la mer, Tant plus avez quelque peril amer, Tant plus pensez au hault Dieu admirable, Et le penser, vous contrainct a 1 aymer, Et en 1 aymant, vous voulez sublimer Et hault louer sa gloirc inenarrable. Mais en la terre, a 1 auge et a Testable. Vous ne pensez ni a Dieu ni a diable. Tout vous est un, mais que Margot soit plaine C est faict en brut et beste variable En laissant Tame en la voye incertaine. Mais revenons au point de nostre entente Et contemplons que main omnipotent^ A bien montre sa merveille et grandeur Dessus la terre en sa terrible estente : En ses haultz montz, enmainte isle patente, En sa beaute, en sa torme et rondeur. Plus contemplons que luy supresme autheur La colloqua ainsi que createur Au centre vray du monde pour son lieu : L air tout entour, le ciel etsa haulteur Etnon obstant sa masse et pesanteur A rien ne tient fors qu & la main de Dieu. La main de Dieu en sa vertu discrete La tient en 1 air parfagon tant secrete, Que rhomme n entend ceste vertu protunde La main de Dieu qui toutes choses traicte La tient, soubtient, entretient et arreste : Droictau milieu etvray centre du monde. ET LA DIGNITE DE L HOMME 135 Et tout entour de cette terre ronde On voit tourner maint corps lumineux munde Le cler soleil, estoilles et planetes Le firmament, les nues, 1 air et 1 unde, Dont elle prend fertilite fecunde Pour sustenter les hommes et les bestes. Les faictz de Dieu evidentz et apertz Le monstrent bien sur la terre dispers, Quand tout autour, et dessoubs et dessus II y a gens en maintz lieux et divers, Piedz contre piedz, de coste, de travers; Et toutefois chascun pense estre sus : Aussi sont ilz dontplusieurs sont deceus, Disant : comment ne sont tumbez ou cheus La teste en bas ceulx la qui sont soubs nous Si telz secretz ne sont par 1 homme sceus Se neantmoins le hault Dieu de la sus Entretient tout au dessus et dessoubz. Par ce voyage et navigation Vous cognoissez en speculation Ce queje dys par vraye certitude : Les corps du ciel en sont probation Que vous voyez par elevation De jour en jour en vostre latitude Quand le froit nord ou gist vostre habitude Vous delaissez et mettez votre estude A naviguer vers la part de mydi La partdu su vous monte en altitude, Et vostre nord descend en promptitude Tant qu en la mer il est approfundy. Quand vous cinglez au su d un temps prospere Vous elevez dessus vostre hemisphere Les estoilles du bas pole antartique : i 3 6 LES MERVEILLES DE DIEU Etsi chascun de vous bien considere, Lors vous laissez toute estoile cm sydere Qui est aupres de vostre pole artique. Dont vient cela? II fautbien qu on pratique Que la rondeur de terre et mer applique Devant vostre oeul un obstacle au milieu Qui nuist a veoir aulcune part celique Et monstre 1 aultre en droict ou en oblique Ainsi la terre a rondeur en tout lieu. Se elle a rondeur comme il fault conceder Et que par long et bien loing proceder Trouver le quart du grand globe univers, On doibt conclure et a raison ceder Sans soustenir, ou du contre se aider, Que estes adonc establis de travers Du lieu premier tant sont les lieux divers. Plus si voulez vous trouver a 1 envers Comme antipode, ou bien pied contre pied, Oultre cinglez en vos vaisseaux appertz Lors ce verrez ainsi que gentz expertz Quand vous aurez du grand rond la moitie. Ainsi voit on les merveilles insignes Ainsi voit on les haultz faicts, les haults signes Et les vertus du seul immortel roy, Ton grand seigneur plain de bontez benignes, Vray enseigneur en sciences divines, Et ton ducteur en ce mondain terroy. En ce voyarit, auras tu poinct effroy De proceder contre sa saincte loy ? Feras tu pas, au gre d un tel seigneur Qui est ton Dieu? je crois que ouy : par quoy Se ainsi fais, et les tiens avec toy, Tu obtiendras profit, joye et honneur. ET LA DIGNITE DE L HOMME 137 LECTEUR Quand je eus ouy et entendu raison Ainsi parler par prudente oraison, Je fus si plain de joye et de plaisir Que oncques n en eus autant en ma maison ; Parquoy conclus qu il estoit bien saison Pour eviter ennuy et desplaisir De escrire tout a mon petit loisir Comme raison me avoit bien faict entendre Et a mes gens le donner a entendre : Ce que j ay faict dont a Dieu soit la gloire Qui nous conduict et conduira encore Comme j espere en faisant bon voyage. Et pour avoir tousjours de luy memoire A vous maistre d un fraternel courage J en fais present et a tout 1 esquippage. En vous priant, mes freres et amys, Que ayons tousjours a Dieu nostre cueur mis. VELA DE QUOY. PLAINCTE sur le trespas de deffunctz JEAN ET RAOUL PARMENTIER Capitaines de la Pense e et du Sacre EN LA NAVIGATION DES INDES . FAICTE PAR EULX I/AN MlL. D. XXIX, COMPOSED PAR PIERRE CRIGNON, BOURGEOIS DE DIEPPE, COMPAIGNON DESDITZ PARMENTIER EN LEUR DICTE NAVIGATION. Seul a parmoy faisant regretz et plainctes Centre Atropos qui, par mortelles poinctes Des dartz agus ou son venin a mis , A succumbe deux de mes bons amis, Considerant de leur entreprise La ou vertu et force estoit comprise Ne sortiroit un si louable eftaict Comme au vivant des deux freres eust faict, Voyant aussi noz gens soudain mourir Sans qu on les sceust ayder ou secourir; Et le patron qui du tout se dispose De retourner sans plus faire aultre chose, Mettant desia en despris et en hayne Tout ce que aymoit le deffunct capitame, Son poure chien il ne povait plus veoir Ne moy aussi, quoy que feisse debvoir D executer ses bons commandemens, L esprit vacquant en divers pensemens. 140 PLAINCTE SUR LE TRESPAS II me souvient comme a la departie Chascun prenoit conge de sa partie, Et que je vey la nymphe Parmentier Qui son espoux aymoit de cueur entier, Faire un adieu si mesle de regrez Que ce voyant un cueur plus dur que grez Se feust fendu ou fondu comme cire. Jamais ne vey adieu plus fort a dire : Sa face blanche et de couleur rosee Estoit de pleurs et larmes arouse, Helas ! disoit la nymphe gracieuse, Perdray je ainsi la perle precieuse Que tant j aymoys : mon espoux et amy ; Je n ay este fors que un an et demy Avecques luy qui me semble trop brief. O dur depart, tant tu me feras grief! Tous les plaisirs que j ay prins jours et nuictz Sont convertis en douleurs et ennuictz. He mon amy, je n ay plaisir qu en toy, Tu as dur cueur qu il ne te chault de moy ; Tout en un coup, je pers joye et doulceur. C est mon mari et ma benigne seur Qui de nouveau est par mort succumbee. O fiere mort, que ne m as tu tombee ? En son sercueil j eusse este bien heureuze Et mise hors de peine douloureuze ; Comment veulx tu tes deux enfans laisser, Pour en pays si loingtain converser Dont Ton n a veu aucun faire retour? Desir d honneur te faict faire ce tour Que plust a Dieu que ton cueur si haultain Feist a mon gre : tu prendroys le certain. N avons nous pas des biens a suffisance Pour vivre ensemble en joye et en plaisance Sans te donner tant de peine et soussy? DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 141 Car bien souvent te voy presque transsy Fantasie et tout melencolique Du grant travail et soing ou tu aplique Ton appetit par telle oeuvre entreprandre. S il te plaisoit avec moy en gre prendre Les petis biens que avons peu acquerir, Tu n yrois point aux Indes en querir, Ne te exposer en un si grand danger ; Mais ton esprit est si prompt et leger Qu il n a regard aux effectz de fortune ; Ne pense pas qu el te soit opportune A ton plaisir : elle est trop variable Si autresfoys t a este amiable, Au temps present te pourra estre adverse, Et se ainsi est que ton oeuvre el renverse Pour augmenter ton travail et ta paine, Tu seras mis en despit et en hayne De tous ceulx la quite flatent etdorent; Et d autant plus que haultement te honorent Us seront lors plus promptz a te blasmer ; Apres le doulx, tu gousteras le amer Qui te sera un trop estrange metz. Si tout ne advient ainsi que le prometz, Helas ! helas ! encore n est ce rien D y perdre temps ou son temporel bien ; Mais qu en ce lieu te veisse revenir Pour a mon gre te acoller et tenir ! Car je crains trop que mort ne nous separe, II m est advis que desia el prepare Les dardz agus pour centre toy gectcr Et qu el te va en quelque lieu guetter La ou courir pour te ayder ne scauray Et que jamais je ne te reverray. Lors en plorant el 1 acolle et embrasse En luy disant : me feras tu point grace ? 142 PLAINCTE SUR LE TRESPAS Helas ! nenny : bien voy qu il est trop tard, Les nefz sont hors, tu veulx faire depart, Tes mathelotz te demandant et orient Pour t embarquer ; et puis les ventz te prient Et leur desplaist que avec moi faictz sejour. O pleust a Dieu, mon amy, que ce jour Eolus feist, pour mon cueur contenter, Le vent de ouest si rudement venter Que les deux nefz vinsent frapper en coste, (Pour ceste nuict seroys encor mon hoste) Et de ce coup feussent toutes brisees ! Les corps saulvez, maintes nymphes prisees Beniroient Dieu avec moy de courage D avoir rompu un si pesant voyage Ou leurs amis se vont habandonner. II ne scavoit quel confort luy donner En luy voyant demener si grant deul ; Le cueur navre ayant la larme a 1 ceil, Se repentant d avoir faict 1 entreprinse N eust sceu parler : car sa voys estoit prinse Entre souspirs sortissantz de son cueur Qui faisoient perdre alaine et vigueur. Puis un baiser en fin luy a donne Et un adieu aussi bas entonne, Comme le son de dolente tenebre Qui me donnoit un prezage funebre, Ainsi qu il est du depuis advenu. De s embarquer le temps estoit venu Et nous fallut tout k 1 heure partir ; Mais comme aucuns m ont bien sceu advertir, La doulce nymphe a 1 aultre capitaine Ne souffroit pas moindre douleur ou paine Mais encore plus : et luy semblablement Au departir plora moult tendrement, Et fauldroit bien un Virgille ou Homere DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 143 Pour declarer la grant douleur amere, Les durs regretz, les plainctes, les tourmentz, Les doulx baisers et les embrassementz Que feirent lors ces deux loyaulx amantz ; On en ferait volumes etromantz. Par quoy je dy que si au departir On avait veu tant de larmes partir De leurs beaulx yeulx que, a nostre revenue Lors que seroit la mort d iceulxcongnue, Qu on leur verroit mener grant desconfort Dont a parmoy je les regretoys fort. Ainsi pensif et melencolieux, Pesant sommeil me feist clore les yeulx Et Morpheus en forme de poesie Se presenta devant ma fantasie, Ainsi disant : ne te course ou indigne De ce qui plaist a la bonte divine ; Pense tousiours d acomplir son vouloir Et metz regretz et deul a nonchaloir; Le dieu Phebus par devers toy m envoye Pour te remettre un peu le cueur en joye. Escoute moy : as tu point souvenance Que quelque foys, par la mienne ordonnance, Te feis songer que estoys sur le perroy Plain de soussy et en terrible effroy, En regardant ces navires bruller Tous deux en rade et n y sgavoys aller, Ne trouver nul qui leur donnast secours ; Et du depuis, apres singler long cours, Tu as songe a Dieppe estre arrive, Ou tu contoys a quelque un ton prive Que retournez estiez sans rien faire. Pour te advertir de ce doulent affaire Je te faisois telles choses songer; Car ce grant feu : actif, aspre et leger, 144 PLAINCTE SUR LE TRESPAS C est la chaleur de fievre continue Qui comme un feu est aux deux nefz venue Prendre et brusler tes deux bons capitaines Pour mettre fin a leursoeuvres haultaines. Mais le bon Dieu ou estoit leur fiance Ne permettra que au fleuve d oubliance Leur nom perisse ou meurt avec le corps ; Son plaisir est que Ton face recordz De leurs vertus de honnorable merite Et pour loyer leurs deux ames herite Lassus au ciel transformees en estoilles, La ou ilz sont de magnitude telles Et de beaulte que Castor et Polus. Ce nonobstant aucuns brouillars polutz S esleveront oultre ordre coustumiere, Pour offusquer leur splendente lumiere- Mais quoy : Phebus qui le ciel illumine Fera tomber ceste obscure bruine, Si qu on verra ces deux astres celebres Reluyre au ciel par nocturnes tenebres, Car tout ainsi que un grand paintre parfaict Un boys pourry tres salle et infaict Faict sembler beau par un peu de paincture Dont il y met bien tenue couverture, Ou la dessus pourtraira un ymage Si vivement qu on luy fera hommage Et qu on dira : c est une chose vive . Mais si aucun en dispute ou estrive II congnoistra en bien faisant 1 espreuve Que la dessoubz c est boys pourry qu iltreuve, Semblablement aucuns adulateurs Amadoueurs, invectifz detracteurs, Feront couleur pour paindre un grant mensonge De verite qui s estend et alonge Comme 1 or fin qui est plaisant a veoir DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 145 Pour tous oyans tromper et decepvoir ; Et semblera que leurs parolles painctes Solent veritez de 1 evangile attaintes Faisant ce bruit fluer en tous carriers Pour offusquer 1 honneur des Parmentiers, Le tien aussi dontbeaucoup souffriras; Mais quant au vif picque te sentiras II te fauldra alors la pique prendre, Pour leur honneur avec le tien deffendre Contre tous ceulx qui par excessifz blasmes Veullent honnir des trespassez les ames. Ce sont ceulx la qui leur donnoient louenges En leur vivant plus qu on ne faict aux anges, Ce sont ceulx la qui leur command faisoient ; Fust bien ou mal, point ne les desdisoient Mais plus disoient : monsieur, c est tres bien faict, Vous estes sage et homme tout parfaict En ce faisant vous aquerrez grant gloire Et si bon bruict qu il en sera memoire A tout jamais : tant que ton capitaine Estoitfache de leur louenge vaine Comme il t a dit en prive plusieurs foys. Et pour cela qu ilz n ont heu a leur choys Ce qu ilz pensoient avoir par leur blandisses, Convertiront tous les biens faictz en vices Et en diront du mal plus qu on ne pense. Mais tu seras leur escu et defFense En soustenant tousiours la verite Avec 1 honneur qu ilz ont bien merite .; Pourtant prens cueur : apres toute souffrance Tureviendras enlaterre de France. Puis s en alia prenant de moy conge Et n estoit pas encor fort eslonge Que advis me fut que j estoye en une isle Plaisante a veoir, verdoyante et fertille, 146 PLAIN CTE SUR LE TRESPAS La ou croissoient plusieurs haultz arbres vertz Qui portoient fruictz estranges et divers. En ce beau lieu se assemblerent les dieux, Les demys dieux venant de divers lieux, Les heroes, les nymphes et driades, Oreades et les amadriades, Les hyamides et muses pegasides Qui se assembloyent sur les ruisseaulz humides D une fontaine yssante d un rocher. Je n osoys pas au pres de eulx aprocher Car ils faisoient devises et carolles , Et ne sgavoys entendre leurs parolles, Qui les menoit ne qu ilz venoient la faire. Comme j estoys pensif sur cest affaire, D entre eulx sortit la muse Polymnie De grant beaulte et faconde munie, Qui me jecta un regard de ses yeulx Avec un ris begnin et gracieux En adressant vers moy son petit pas, . Dont fuz honteux, car je ne scavoye pas Qu elle eust de moy aucune congnoissance ; La regardant par grant esbahissance Me retiray et ne 1 osoye attendre, Mais doulcement me vint par la main prendre Et tout soudain, je me jecte a genoulx : Susbout! dist elle, susbout mon amy doulx, Faictz au seul Dieu honneur et sacrifice, Je te congnoys : j ay este ta nourice Semblablement aux deux bons Parmentiers Qui ne sont plus en corps et ames entiers ; Tous troys vous ay en jeunesse traictez Aymez, nourris, doulcement alaictez Du fluant laict de mes blanches mamelles Et congnois bien que pour eulz tu te melles^ Car ung amy doit pourl aultre veiller. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 147 Done se tu veulx un petit resveiller Le tien esprit pour escoutermon dire, Tu y prendras matiere pour descripre L honneste pris et loyer qu ilz ont heu Par ensuivir honorable vertu. Tous les haultz dieux qui sont en ce pourpris Ont decrete que pour gloire et pour pris, Leurs corps mortels tendansa pouniture Transformeront en quelque aultre nature. Du corps de Jean tiens toy tout informe Qu il est desia en palme transfbrme : Hault exalte ses branches estendues, Et en son tronc plusieurs cocques pendues Orne, pare de mainte feuille verte Dont est sa tombe ombragee et couverte; Et tout ainsi que de sa fluant bouche A distille mainte parolle douche, Le vert palmier distillera vin doulx, Plaisant a boyre et agreable a tous ; En ce palmier sera prins sucre et laict Pour demonstrer qu il estoit tout complect En la doulceur de ornee rethorique, Et tout ainsi que la palme on aplique En ce pays pour voilles et cordages II s apliquoit afaire longs voyages La ou cordage et voilles sont utilles; Parquoy sera sur tous arbres fertilles Ayme, prise ; des nymphes et des muses Souvent viendront a tout leurs cornemuses Horganes, haultz boys, harpes et espinettes, Soubz ce palmier raisonner chansonnettes Par bon accord et tres amoureux bien. Lors que Phebus sur ce meridian Fera son cours par la zone torride, Faisant lascher a ses chevaulx la bride 148 PLAINCTE SUR LE TRESPAS Pour tost courir esmettes d occident, Ycy viendra maint heroe prudent Prendre et gouster deson fruict savoreux : Pans, egipans en seront amoureux Les reverans de honorable sculpture En ceste isle ougist la sepulture. Le corps de Raoul qui jecte fut en mer, Pour demonster qu il est digne de aymer Et que a tousiours il en soit mention, Les dieux marins en grant convection L ont recueilly ainsi que leur affin Er transmue en un leger daulfin, Pour tost nager par ceste mer sallee Et advertir mainte barque etgallee Du mauvais temps et tempeste advenir Pour a leur cas soigner et prevenir Et leur monstrer aussi en quel saison Les divers ventz sont en leurmueson; Et s il y vient des navires de France En les gardant de peril et souffrance, Les conduira hors de bancz et bastures Pour eviter toutes pertes futures ; Et pour enseigne aux navigans jolis Le beau daulphin porte la fleur de lis Dessus son chef, et au dos lacroix blanche Monstrant qu il est d une contree franche. Et ceste mer ou il faict demouree Du nom des deulx doibt estre decoree, Se plus Francoys vient en ceste frontiere II nommera ceste mer Parmentiere Et en feramemoire a tout jamais. En ce disant, et voicy un grand metz Qui vient frapper en handle du navire Si rudement que sur le coste vire Et fus jecte ducoup hors de mon lict. DE JEAN ET RAOUL PARMENTIER 149 Se j avoyeprins en songeant grant delict, Au reveiller je euz cent foys plus de peur : D uneheure apresn estoys pas bien asseur, Mais quant je fus un petit revenu Memore en feis comme il est content! En cest escript, priant tous clers voyans Qui le liront ou le serontoyans, Me pardonner se fay faulte commis En priant Dieu qu il mette noz amis En paradis ou n a faulte de rien Cy feray fin : a Dieu, tout vienne a bien! FINIS. Tout vienne a bien ! PIERRE CRIGNON. EPITAPHIUM JOANNIS PARMENTEIRII qui in Samothracia periit PER GERARDUM MORRHIUM CAMPEXSEM HEUS! heus! siste gradum, rogo, Viator, Classi velivohe, ac parumper audi. PARMENTEIRIUS heic jacet sepultus Qua Samumlcarium alluit fluento, Gens inhospita, patria remota Multum, (sicplacuit necessitati Fatorum, rigidis sororibusque) Naturae undique dotibus begnignis, Exquisite adeo manuque plena Instructus, Genio favente et alma Junone, ut merito omnibus stupendus. Ille, inquam, numeros sciens etastra Ad unguem usque adeo, ut secundus illi Vix quisquam veterum repertus, ille Qui vastos toties maris profundi Fluctus, et Siculae vias Charybdis Sulcavit, fragili suam phaselo Committensanimam, tridentis ausus 152 EPITAPHIUM JOANNIS PARMENTEIRII Neptuni imperium aestimare nauci, Hie summum patria; decus theatri Curis, tristitia (velutTrophoni Egresses latebris modo retrusis) Confectos toties nitore lasto Vultus in teneros sibi cachinnos Pellexit : valuit lepore namque Tantum candidulo facetiisque Ut vel semianiniem excitare Crassum Ac tristes salibus suis Catones Ad risum facile potisse credam* Hinc factum, ut toties sui nepotes Per thermas, fora, composita, et tabernas, Extinctum columen suas requirant Urbis, ac lachrymis fleant obortis. Jfec sciresvolui, Viator, acjam Recta quo properas abi, sed heus tu Fac Christum assiduo roges Jesum Sterna ut superum hicfruatur aura. APPENDICE LE GRAND INSULAIRE ET PILOTAGE D ANDRE THEVET ANGOUMOISIN, COSMOGRAPHE DU ROY, DANS LEQ.UEL SONT CONTENUS PLUSIEURS PLANTS D lSLES HABITEES ET DESHABITEES ET DESCRIPTION D lCELLES (L isle de Haity ou Espaignole, 1 isle Beata et les isles du Chef de la Captive.) ISLE DE HAITY OU ESPAIGNOLE La diversite des noms qu on a bailie a ceste isle, a mis plu- sieurs en peine, qui, s amusans a 1 escorce (comme Ton dit) ont laisse ce qui estoit de rare, exquis et recommandable en Haity espaignolisee. Cela a fait qu encores que je n eusse trop grande envie m amuser a telles scrupulosites, neansmoins, pour lever le lecteurhors d oeuvre, j ay bien voulu icy luy proposer la pluralite des noms qui ont accompaigne 1 isle de laquelle je pretens presentement discourir. Les premiers done qui vindrent habiter ceste isle, sortirent de 1 isle Matitina, non gueres esloi- gnee de Haity, vaincus par les partisans de la lignee qui estant victorieuse, demoura aussy dame et maistresse de Matitina (regie par la quenouille, d autant plus que la non plus qu a Stalimene on veut que les masles n y hantent point) et les autres 156 ANDRE THEVET furent forces se retirer en nostre isle qui aupres de Matitina sembloit estre un monde entier, a cause de sa grandeur, et pour ce 1 appeloient-ils Qisqueia qui signifie le tout, estimans par ce qu ils ne pouvoient si tost voir son bord, fin et limites, quece fut tout le continent du monde et que Matitina ne fut qu une parcelle et eschantillon du fotage de Qisqueia. Puis passans plus oultre, et voyans quelques montaignes gravissantes avec des rochers aspres et pleins de precipices appelerent ceste con- treeHaity, quiestautant dire qu aspreetraboteux. Puis enfoncans davantaige, et voyans des montaignes ressemblans a une autre qui estoit en leur isle originele d ou ils estoient sortis, nominee Cipangi a cause des pierres, d autant que Cipan signifie pierre, donnerent aussy a ceste isle ce nom de Cipanga pour ce qu elle estoit pierreuse. Finablement, Christophle Colomb genevoys 1 ayant descouverte en Tan de Nostre Seigneur mil quatre cens quatre vingts douze luy changea de nom comme estant a demy espaignolisee et voulant favoriser son maistre, 1 appela Es- paignole. De maniere que vous voyes qu ily a trois raisons sur lesquelles est appuyee la multiplicite des noms de ceste isle. La premiere sur 1 estrange grandeur qu avoient remarque en icelle ses nouveaux habitans. La seconde sur le respect que portoient ces Barbares a celle qui les avoit esclos et nourris, la memoire de laquelle ils cherissoient de toute facon qu encores que la fertilite d Haity surpassa de beaucoup celle de Matitina pour illustrer et priser davantaige leur pays originaire, le renou- vellerent et le replaconnerent dans les vergiers de ce pays quis- queien. La troisiesme doit estre fondee sur ce que Colomb ne se contenta d assujetir souz I empire espaignol ceste isle et la re- peupla d Espaignols, sc, avoir de plusieurs bandoliers des moms Pyrenees, de meurtriers, de bannys, maranes, mores de Barba ric et d autres lieux d Afrique. Depuis, estant la guerre ouverte entre les princes Chrestiens, ayant pris sur mer ou sur terre, Francois, Italiens, Anglois ou Alemans, les faisoient conduire lies etenfermes plus inhumainement que les Arabes, Turcs et Tartares, a leurs isles nouvellement conquestees. LesPortugais ISLE DE HAITY 157 n en out moins faict le temps qu ils avoient vent en poupe. De- puis lequel desastre 1 isle fut nommee Sainct Dominique pour ce que la ville principale cTicelle fut ainsi nommee. Or, afin que plus distinctement et mieux a propos je puisse discourir des singularities les plus recommandables de ceste isle, je suis bien contant icy commancer par la description de son assiette . Aucuns luy baillent en longueur cent cinquante lieues depuis la pointe dti Higney qui est a Test jusques au cap de Tiburon qui est a 1 ouest ; en largeur de la plage de la Nativite jusques au cap de Lobos ou des Loups, cinquante lieues du nord au sud, encores qu a la verite je scache, 1 ay ant costoyee a mon retour, qu elle n a que cinquante trois lieues de longueur et quarante sept de largeur; estant posee au troisiosme climat et septiesme parallele, gisant des le dix septiesme jusques au vingt deuxiesme degre de latitude, desle trois cens septiesme jusques au trois cens treiziesme degre de longitude. Et ainsi sa longueur est de Test & 1 ouest et sa largeur du nord au sud. Vers Test, elle regarde Pisle nommee de Sainct Jean et plusieurs au- tres fort redoutees de ceux qui font voile en ceste contree. A 1 ouest, elle avise les isles de Cube et Jamayque et du coste du nord les isles des Canibales; vers le sud, elle regarde de droit au goulfe d Urabe et cap de Veles qui est en terme ferme du Peru en la province de Saincte Marthe. De feindre que sa figure soit semblable a une feuille de chastaignier, c est se laisser tromper a credit et se tourmenter a des speculations vaines. Ceux qui out este en Sicile demeureront (je m asseure), d ac- cord avec moy, que pour mesme occasion, a 1 une etal autre doit estre attribue le nom de Trinacrie, parce que tout ainsi qu il y a en Sicile trois promontoires fort eminens et aises a descouvrir par les navigeans, aussi Haity en a trois bien fort avancans en la mer; 1 un se nomme Tiburon du nom d un poisson fort dangereux duquel j espere, si 1 occasions y adresse, ailleurs vous discourir. Le deuxiesme est le cap d Higney et le troisiesme Lobos comme s il se nommait le promontoire des Loups lequel est du coste d une isle que les Espaignols out 158 ANDRfi THEVET appelee Heureuse. Quant aux departemens qui ont este faicts decesteisle, jemedeplais de telle varied, pour autantqu aucuns 1 ont escartelee en quatre parties par quatre grandes rivieres qui ont leur source des monts Cipangi ascavoir Imma, Altibunico, Napta et lacche, quoiqu oultre ceux la il y ait Damayan et Ozama. Les autres la divisent en cinq provinces principales, ascavoir celle de Caizimu qui, en la langue de la contree, signifie chef ou commencement et abboutit vers le midy avec le fleuve Ozama qui est nomme par aucuns Ma ibe et par les autres Ozane, lequel passe par la ville de Sainct Dominique qui est metropolitaine de tout le pays. Au nord, elle a les montaignes tres hautes d Haity. La seconde contree est nominee Cubaho qui est entre les mons susdits et un fleuve appele Jaciga. La troisiesme se nomme Cajabo, laquelle embrasse tout cest es- pace qui est entre Cubaho et le fleuve lacche et s estend jus- ques aux mons de Cibani, ou naist le fleuve Neiba lequel du coste du sud va se descharger en la mer. La quatriesme pro vince est appelee Bainoa et commance aux limites de Cajabo, s estendant vers le nord ou est le fleuve diet Bagaboni et ou les Espaignols firent leur premiere demeure. Le reste est vers ouest et s appelle la province Guaccaiarima, qui signifie comme autant que les fesses, comme si ce pays estoit le derriere de ceste isle. Quoy que soit, moiennant qu on fust bien d accord du compas et de I estendiie de ceste isle, ce seroit bien beaucoup. De ma part, afin que je nesemble estre par trop adherant ames conceptions, je ne feroie pasgrande difficulte de dormer de cir cuit a ceste isle quatorze cens mil ce qui reviendroit a trois cens cinquante lieiies de quatre mil pour lieiieselonle recitque nous en firent quelques pilotes et Espaignols accompagnez de trois vieux esclaves qui se vantoient avoir demoure dans 1 isle plus de vingt quatre ans et en donnoient tres bonnes enseignes dont le capitaine Testu avec lequel j estois, qui avoitpris leur navire ayant faict discourir ces pauvres prisonniers, ayant pitie d eux leur donna conge sans autrement les offenser, ayant prins leur navire et eux de bonne guerre. Sur cepropos, un certain Anglois ceste ISLEDEHAITY 159 presante annee mil cinq cens quatre vingts six, au retour du voyaige du capitaine Dracq, a faict courir le bruit et donne des memoires d une part et d autre du saccagement qu on fait les Anglois en 1 isle Espaignole, raconte ce discours par les memoires qu il a donne d une part et d autre, estimant autorise le voyaige dudict Drac*q, que cesteisle delaquelle jeparle peut avoir quel- ques cinquante lieues de tour, a quoy s est trompe le pauvre Anglois et tous ceux qui le luy ont donne a entendre qui m a donne argument de croire que tout ce qu il avoit descrit de ce voiage estoit faux aussi bien que ce qu il a recite des isles du cap de Vert et d autres endroits que je pourray reciter venant la matiere et sujet a propos. Vrayement ce bon Anglois estbien esloigne de son compte de trois cens cinquante lieiies que peut avoir 1 isle de tour la suppute et reduit a cinquante. Quant a sa longueur, par lemesmerecit que nousfirent nos prisonniers, nous assurerent qu elle avoit pour le moms de longueur quel- ques six cens mil qui seroit venir au point de ceux qui la font longue de cent cinquante lieues ; car comme si la figure n est point si justement examinee qu on doive. prendre precisemenr, la mesure au milieu sans tergiverser enquelque chose du droict fil et transpercant en droite ligne les montaignes ne se trouvera qu elle soit plus longue de soixante et seize lieues ; mais si on vouloit chevaucher et arpanter toutes les montaignes et levees qui y sont, je ne fais aucun doute qu a peu pres on n y puisse trouver les cent cinquante lieues. La ville capitale de 1 isle et qui (ainsy que j ai cy dessus desia touche) a honore toute 1 isle de son nom est Sainct Domi nique a Tendroit de laquelle isle est la plus peuplee. Son pre mier fondateur fut Barthelemy Colomb gouverneur de 1 isle par les moyens que je deduiray apres que j auray ramenteu 1 ordre et assiette des villes depuis la premiere forteresse jus- ques a la derniere laquelle est bastie et pcsee sur la mer. De puis la ville d Isabelle (bastie et fondee 1 an MCCCCXCIII sur la coste du nord de 1 isle par Christophle Colomb au second voiage qu il fit de par de Ifr) jusques a la forteresse nominee i6o ANDRE THEVET Esperance, y a douze bonnes lieiies. Depuis 1 Esperance jusques a Saincte Catherine, huit; de la jusques a Sainct Jacques, sept; de la jusques a la Conception, sept; de ce lieu a Bonan, six; de Bonan a Sainct Dominique, on y comte demye lieiie. Or la ville de Sainct Dominique fut bastie par le moyen et adresse d un jeune Espaignol du pays d Arragon, nomme Michel Diaz qui s estant retire d Isabelle, crainte d estre apprehende et justici6 a cause d un meurtre qu il avoit commis en la personne d un sien ennemy, fit sa retraite al endroit ou est aujourd hui Sainct Dominique. La si familierement s apprivoisa d une dame In- dienne qu il cut d elle deux enfants au bout de quelques annees, et tellement la captiva qu elle le pria de venir demourer avec les autres Espaignols laquelle tant de goust trouvoit-elle en ce personnage que pour 1 amour de luy elle les caressoit gran- dement, et luy descouvrit les mines d or qui sont a sept lieiies de Sainct Dominique. Tant d honestetes luypresenta qu il fut le plus contant du inonde de ne 1 esconduire point, prevoyant que la descouverture qu il feroit a Barthelemy Coulomb de ces thresors luy silleroit les yeux de telle fac,on qu il ne seroit do- resnavant pris, ne recogneu pour un meurtrier. Bien devinail, d autant que ces bonnes nouvelles servirent a 1 octroi de sa grace et remission, et firent marcher le gouverneur Coulomb droict a la riviere d Ozama a 1 emboucheure de laquelle il arriva le cinquiesme jour d aoust, un dimanche jour de Sainct Dominique 1 an mil quatre cens nonante quatre et commenca s fonder la ville de Sainct Dominique sur la riviere occidentale d Ozama par ce qu il nevouloit deschasser ceste damelndienne (qui depuis fut baptisee et nommee Catherine) ni les autres Indiens qui y habitoient; et nomma ceste ville du nom de Sainct Dominique, tant a cause du jour qu il y estoit arrive que pour 1 amour de son pere et de 1 amh-al Christophle qui s appel- loit Dominique. Maintenant, elle est assise vers la part du sud ou le commandeur Dom Nicolas d Ovando la remiia pour y faire venir 1 eaue d un fleuve nomme Houcia, qui est a trois lieiies de la et accommoda la ville pour ce que 1 eaue d Ozama ISLE DE HAITY 161 n est pas bonne a boire a cause des marests qui y entrent et la rendent salee. Qui voudroit icy entrer en lice pour donner une carriere dans le champ- de la fertilite de 1 isle Espaignoley auroit beau moyen de discourir sur 1 abondance des richesses qui y est remarquee par les historiens qui 1 ont prisee jusques la que n ont point craint d escrire qu elle ne doit rien en fertilite a la Sicile et Angleterre ; pour preuve de quoy ont accoustume de dresser estat des mines d or et graisse du terroir. Ce qu il faut nean-moins entendre avec discretion d autant que tout ainsi qu ailleurs Taridite et secheresse du terroir est grandement pre- judiciable, aussi la trop grande graisse luy est tellement dom- maigeable que le grain ne vient si bien a -la campaigne ou la terre est fort grasse qu il fait es collines et es montaignes. Cela fait que je ne prise pas taut cette isle a cause de 1 uberte du terroir attendu que je trouve que les Espaignols qui y sont habitues sont si lasches qu ils ne daignent cultiver les terres ou les vignobles, aymans beaucoup mieux (peut estre) s entendre aux grands gains qu ils font pour le trafic du gingembre^ de la casse et dusuccre qui y a este esleve depuis que les Espai gnols eurent descouvert ceste isle, lesquels y en porterent des isles Canaries et en planterent. Le premier qui y en planta fut Pierre de Atienza et le premier qui en tira du succre fut un Michel Vallestero de Catalogne chastellain du bourg de la Vega. Mais le premier qui les mit en oauvre (combien que quelques autres en eussent desia tire du succre) ce fut un nomme Gon- zale de Velosa lequel, a ses propres despens, fist venir des maistres ouvriers de 1 isle de Palme et fit faire un moulin a succre sur le bord de la riviere de Nigua; et depuis, plusieurs autres a son exemple. Je pourroie pareillement icy ramentevoir la grande foison du bestail qu on y a transmarche d Espaigne tant grand que petit qui y est creu de telle sorte que pour 1 infi- nite du nombre, on en a laisse devenir une grande partie sau- vage qui est cause que la chair y est fort a vil prix et les chevaux a grand marche. Mais par ce que Tindustrie des Espai gnols qui y sont survenus semble avoir enfante ceste accidentelle ii 1 62 ANDRE THEVET fecondite, je suis bien contant de m arrester aux singularites naturelles de ceste isle qui (tant sont merveilleuses) outrepassent beaucoup la nature. En la province qui est vers Test que nous avons appelle Caizimu, on voit a un demy quart de lieiie de la mer, un mont tres haut avec une tres profonde et trs grande spelonque, 1 entree de laquelle est faite toute ainsi que la porte d un superbe et magnifique palais et dedans ceste caverne, on oit engoulpher des fleuves avec si tres grande vehemence que le bruit en retentit plus loin que deux lieiies fran poises. L effort en est si grand que, si par trop grande curiosite, quelcun en approche et s y tient trop longuement, il est en danger d en devenir sourd. De ces fleuves se degorgeans dans ceste grotte, naist un grand lac duquel sortent de gros bouillons et flots d eau qui retournent comme en eux mesmes, vomissent et rengloutissent leurs eaux sans cesse. A quelques quinze lieiies de S. Domi nique et comme vis a vis d icelle, aussi sur une tres haute montaigne, il y a un lac d eau douce, abondant en diverses especes de poissons, ayant d entour environ trois quarts de lieiie, fait en rond et tout clos de la hauteur de la susdite montaigne de laquelle rejaillissent et saillent diverses sources d eaux tres claires et tres douces et bien que tout aux entours du lac, il n y a que roches et cailloux aspres et steriles, si est il que les bords du lac sont herbus et verdoyans en toute saison. Icy, ne puis je sans faire tort a la presente histoire take les raretes esmerveillables du lac d eau salee qui est en la province septentrionele que nous avons appellee Bainoa, long de sept lieiies et davantage, large de trois ou environ lequel ceux du pays appellant Hagueygabon et les Chrestiens mer Caspie, a cause que d iceluy ne sort aucune riviere quoyque plusieurs courent dedans ce lac. Toutesfois n est pas hors de vray-semblance qu il s evapore par sous terre et par les veines secrettes d icelle, attendu que Ton tient pour chose tres asseuree que la mer entre par les pores de la terre ou par des canaux sousterrains dedans ce lac pour ce qu on y trouve ISLEDE HAITY 163 des poissons qui naturelement ne vivent ailleurs que dedans la mer. Au milieu d iceluy est lisle de Guarizaca ou se retirent les pescheurs pour faire leur proffict du poisson qui y fraye a tres grande foison. Bien pres de ce lac, y avoit un vallon long de quelques vingt cinq lieiies de Test a Touest et large de six du sud au nord pres duquel il y en a encores un autre qui redouble presque en etendue qu on appelle la province de Maguana en laquelle il y a un beau lac d eau douce pres lequel se tenoit le cacique Caramatexio s adonnant a la pescherie avec plusieurs autres Indiens qui y avoient aussi des maisons. Ce lac est fort estime a cause du poisson Manatj duquel cy apres aurons meilleure commodite de discourir. De mesme est fort recommandable le fleuve Bahuan qui est en la province de Bainoa et passe par le milieu du pays de Maguana, qui prend sa source au pied d une haute montaigne. II est sale comme 1 eau de la mer dans laquelle il s engorge sans perdre aucunement son goust sale encores que plusieurs autres rivieres et fontaines tres douces y entrent. Gueres loin de la, sont les montaignes Diagons asses celebres pour le sel tres dur et aussi transparent que cristal qu on y cave, duquel se servent les Indiens a faute de celuy qui se fait de Teau de la mer. C est chose estrange et presques incroyable des merveilles qu on attribue a quelques fontaines qui sont en Guanama et Gua- ziagua parcelles de la province nommee Caizimu; Teau des- quelles est douce et savoureuse au dessus et en la surface, au milieu elle est salee, et au fond tres amerc. Sur quoy plusieurs se sont aventures d en gasouiller peut estre plus hardiment que vrayment, voulans d une trop effrontee curiosite fouiller les secrets, vertus et proprietes cachees dans le cabinet de nature. De plusieurs cayers de papiers me faudroit engrossir ce discours, si je vouloie deschifrer par le menu ce qui seroit necessaire pour la description des oiseaux, poissons et bestes qui sont en ceste isle. Ne sera pas qu avant quitter ceste coste, 1 opportunite ne se presente de pouvoir en toucher quelque mot. Cependant nous reprendrons la route d Ozane qu aucuns 1 64 ANDRE THEVET appellent la riviere de Sainct Dominique par ce qu elle passe par la ville de S. Dominique qui comme estant la principale de toute 1 isle a aussy donne son nom tant a ceste riviere comme a toute 1 isle. Or ceste riviere est belle, grande et bien gayable au dedans de la quelle peuvent se ranger et mouiller 1 ancre mil havires en toute seurete, quant bien il feroit le plus mauvais terns du monde. Sur tout, se doit on garder de 1 entree de la bouche de la riviere emmuree de grandes et tres dangereuses battures du coste de Test. Et au milieu de ces battures, il n y a que deux ou trois pieds d eau qui fait que pour entrer en ceste riviere, il faut s esloigner un peu de ces battures en prenant la sonde, et quant vous trouveres trois brasses d eau, vous seres au milieu de la riviere, puis approcheres bien pres du chasteau avec bonne garde, et tousjours par le milieu du canal. Et quant il est temps de pluye, 1 eau courant hors de la bouche de la riviere, il faut que tenies vostre ancre avec bons cables pour mouiller et mettre bas toutes vos voiles, car vous vous perdries. Ceste isle Espaignole a dix villages d Espaignols et une ville qui s appelle Sainct Dominique qui peut avoir cinq cens Espai- gnols et mille negres captifs desquels les Espaignols se ser- vent pour la pluspart comme de pauvres esclaves, usans de fort grans cruautes al encontre d eux. La plus grant part d eux sont gens de guerre, fort riches d or, d argent-et de beaucoup de bestailqui faitqu ils font plus grand traffiq de cuirs que non pas dela chair qui est la moins prisee que la peau. Les commodites dela ville de Sainct Dominique sont bien telles que comme elle est assise en une belle planure, ayant 1 Ozama au nord et la mer au sud, du coste d est et nord elle s estend en edifices asses beaux et rues fort larges, de sorte que les vaisseaux surgis- sent jusques aupres des maisons, si bien que jettant un pont, on peut aisement mettre ses denrees dans des barques. Les Anglois se vantent qu apres 1 avoir a demy ruinee, bruslee, saccagee ils pillerent les thresors tant des temples que des maisons des marchans et autres et tuerent plusieurs personnes , entre autres des ISLE DE HAITY 165 religieux et deux jesuistes brusles dedans 1 eglise et coururent apres en plusieurs endroits pour en faire autant. Mais Dieu ne le permit, ains s embarquerent a leur grand home et con fusion. Or c est au plus si elle peut contenir (comme je viens de dire) cinq ou six cens feux. Comme c est le Paris de ceste isle, elle est aussi erigee en evesche et y a plusieurs eglises tant collegiales que cathedrales et convens des Cordeliers et Jacobins. Si ailleurs j avois commence a deduire le o-ouver- nement et administration politique des isles, je seroie fort contant d entrer icy au discours du reglement de la justice qu on maintient en ceste isle. Toutesfois pour ne faire bresche a ce que j ay desia commence, je sursoieray a rementevoir ce qui agreeroit fort au lecteur tant pour la nouveaute que pour la verite et rectitude des advertissemens que j en puis avoir par devers moy. Quant aux mceurs et facons de vivre des Haitiens, j entens les separer de 1 ordre, liste et categoric des Espaignols, lesquels ne sont pas autres qu ils estoicnt lorsqu ils demouroient en Espaigne, selon le dire du poe te que ceux qui seillonnent bien avant la mer, ne changent point leur enten- dement ains seulement le ciel, giste et zenit. En la contree de Guaccajarima, sont des sauvages, lesquels aucuns de nos peintres asses mal advises nous representent veslus, bien que (comme j ay remarque au dixiesme chapitre de ma Cosmographie) c est se laisser donner des balivernes a credit de croire que ces sauvages naissent ainsi velus. Je sc,ay et en ay vu aucuns nes fraischement aussy beaux, polis, et ayant la chair aussi belle, blanche et fraische que ceux qui naissent par dec,a. Et y a bien plus que si tost qu ils apergoivent quelque poil ou cheveul, ils se 1 arrachent ou pincettent. Ces pauvres sauvages sont sans loy, roy, ny seigneur plus brutaux que malicieux ; sont si legiers a courir qu ils semblent des cerfs et n ont encores peu estre reduits sous 1 obeissance d aucuns sei gneurs. Le reste des Haitiens est de son naturel le peuple si tres oisif, que Pierre Martyr raconte que telle est leur fai- neantise qu ils ayment mieux roidir et transir de froid 1 hiver et 1 66 ANDRfi THEVET vivre oiseusement que faisans quelque chose et prendre peine de faire quelques vestemens et s armer centre le froid. Us ont la plus belle commodite du monde d autant que les forests sont pleines d arbres faisans le cotton. Etc est pauvres gens qui n es- tans accoustumes an travail n ont aussi peu subsister aux charges que leur donnerent les Espaignols des qu ils eurent mis pied ferme en leur isle. De fait, les contraignoient ils d estre tout le long du jour au soleil ou par les monts a cercher de 1 orou le long des fleuves a cribler les sablons. Si bien les ont accables que de neuf cens mil personnes dont on faisoit estat quant les Espaignols asseugnirerent ceste isle, la pluspart fut en peu de terns evanoiiie; aucuns d iceux estans morts par le travail, les autres aymans mieux sortir hors de ce monde que d estre bour- reles de telles et si extremes oppressions, se firent mourir eux- mesmes, et les autres qui estoient restes de peur de bastir de nouveaux esclaves aux Espaignols, ont mieux aim se contenir et n avoir aucune accointance avec les femmes. II y a bien plus, que les femmes se sentant grosses et empeschees ont use de ne sc,ay quelle herbe avec laquelle elles se faisoient escouler et avorter le fruit qu elles avoient au ventre. Entrant en ceste isle de Sainct Dominique du coste del est, il y a une isle qui s appelle la Savane, rase de sable qui n a point d arbres, ny fruit. Ladicte isle est posee pres d icelle pointe, sans avoir aucun passage pour entrer en terre ferme et y fait bon mouiller 1 ancre du coste d ouest a huit et dix brasses. La terre la plus prochaine d icelle isle est du su est qui ne donne aucun fruit et n y a sinon arbres, forests, sangliers, oiseaux, rochers et battures du long de ladicte coste. A cinq lieiies de la, il y a une autre isle nommee Saincte Catherine qui est a vingt cinq lieiies de Sainct Dominique du coste de Test, a une lieiie de terre ferme, toute enrochee de banes et battures. Toute ceste terre ferme depuis le premier cap est tout ainsi deserte; mais le pays deLiogame est beaucoup plus fertil et plantureux. A Port Neuf ou de present se fait le commerce et traffiq sur le bord de la mer, distant une lieiie du propre lieu deLiogame, ISLE DE HAITY 167 il y a une petite maison basse avoisinee d arbres, couverte de feuilles de palmiers; vous pouvez en approcher jusques a la portee d une arquebouse et mouiller 1 ancre ahuit brasses d eau ayant son fonds de sable et vaseux. De ce lieu, se void une brave coste et fort plaisante qui se range a Test, puis en Test un quart de nord est jusques au goulfe de Chezagona distant de Liogame environ cinq lieiies. La habitent Espaignols riches et pauvres. Les riches tiennent grand nombre d esclaves qu ils marient pour les faire multiplier et les employent au labourage, succreries et vacheries, a tuer les bestes, accoustrer les cuirs, secher les chairs et aux pescheries. La charge des femmes escla- ves est de mesnager en la maison, faire fromages, pain etpeu de beurre a raison des grandes chaleurs ordinaires en ces regions. Les Espaignols ny leurs femmes qui ont moyen, ne font que ce qu ilz veulent. Ilz ont si grand nombre de bestail que c est merveilles. Car tel personnage y a qui tient plus de vingt ou vingt cinq mil boeufs et vaches et grandes troupes de mou- tons, chevres, pourceaux, mules, mulcts, chevaux, jumens et asnes quisont de bon service. Tout cela demeure etse nourrit aux champs et forests, sans garde ny dangier aucun, d autan t qu en 1 isle ne s engendrent aucunes bestes sauvages qui leur facent nuisance ny dommage. Les esclaves ont seulement le soin de les aller visiter pour marquer les nouvellement nes de la marque de leurs maistres. Us sont volontiers plus assidus et cueuillent plus de proffict de tous ces mesnagemens que des mines, encores qu il s en puisse tirer de Tor. Depuis nagueres, Ton a descouvert aux montaignes desminieres decuivre et airain d asses bon rapport et commodite. Quant au port et goulfe de la contree de Chezagona, c est bon pays plat et autant bien acco- mode de bastimens et abondant en pasturages et richesses d ani- maux que celuy de Liogame. II est arrouse d une tres belle riviere et s estendbien avant entre deux montaignes qui courent selon Test environ vingt cinq lieiies. Dans le goulfe, il y a plusieurs islettes pleines d arbres dediverses sort es, entre autres qui portent casses et fistules. Ce pays comme aussi celuy de 1 68 ANDRfiTHEVET Liogame est decore de belles eglises faites de bois, desservies par prestres seculiers et moynes des quatre ordres des mendians fort devotieux en religieux et leurs cerimonies et services, tenans la facon et usage de 1 eglise Romaine. Us vont querir leur cresme et faire benir leur linge ecclesiastique a la ville de Sainct Dominique, capitale de toute 1 isle Espaignole, esloignee par terre desdicts lieux de Liogame et de Chezagona (dont j ay par devers moy les portraits que je fais estat d un jour publier en ma Cosmographie), quelques quatre vingt lieiies. La aussi est erige le siege et ressort de la justice. Pour advertissement de 1 entree de la riviere de Sainct Domi nique, il y a une tour blanche qu on ne peut voir sinon quant Ton est a 1 entree de la barre venant du coste de Test. La dicte riviere est faicte a la bouche, en maniere d une grande baye. Depuis Tentree d icelle riviere jusques a la ville, il y a une grande portee de canon. Ladicte baye contient cinq brasses de fond a toute mer basse : mais pour la grande force de 1 eau qui descend d icelle isle faut tirer aux cables. La ville de Sainct Dominique est faite sans murailles sinon du coste de la mer, qu elle est posee sur une roche avec une grande forteresse a 1 entree, faite de petites tours basses, forte et imprenable. Dedans la terre, n y a point de murailles, sinon d arbrisseaux sauvages sans aucun proffict. Du coste de la riviere, a 1 entree de la ville, du coste de la terre, y a 1 eglise qu on appelle Saincte Barbe ou Ton enterre tous les mariniers quand ilz meurent sur les navires. Et est ceste eglise au bout de la rue principale et de 1 autre bout de la rue de la coste de la mer est posee la grande eglise de la dite ville, et au milieu de la dite grande rile est la place du marche. De 1 autre coste de la terre croisant la ville, y est le monastere de Sainct Francois. De ceste ville de Sainct Dominique, il y a traictes par tous les lieux contenus dans le pays ou vous voudres aller. ISLE BEATA 169 ISLE BEATA Partant de la villede Sainct Dominique pour tirer le long de la coste, chassant a 1 ouest, ce ne sont que battures jusques au port d Ancone qui en est esloigne a quatorze lieiies du coste d ouest; etyfait bonmouiller 1 ancre tout le longde ceste terre sans au- cun dangler. Et commeilya bon rafraichissement, tousles navires et flottes quiviennent, se rafraichissent la, d eau, de boys et de vivres. En ceste baye, il y a quelques pressoirs et moulins a succre de fort grand raport et belles prairies avec inestimable quantite de vaches, chevaux et chiens sauvages ; seulement font ils estat du cuir et laissent manger la chair aux chiens. Les esclaves ont le maniement de toutes ces facientes, et si manque rien du devoir qu ils doivent a leurs maistres, ilz sont salaries et payes de la dragee commune des esclaves, sc, avoir baston- nade a la Tartaresque ou a la Moresque. Je me suis laisse dire a un marane Espaignol naturalise de 1 isle, que pour un Espai- gnol se trouvoient deux cens esclaves qui n attendoient qu un chef pour se revolter, comme de son temps firent ceux de la province d Uraba et d autres, desquels je vous parlerai icy apres. Or, a huit lieiies du bout de la mer, il y a une haulte montaigne appelee la Mine ainsi nominee pour ce que c est une vraye mine d or, toutesfois encore qu il y en ait une grande quantite, les Espaignols ne s y veulent amuser parce qu il y a plus de gain a recueillir les fruicts de la terre. Ceste montaigne se voit de bien loin venant de la mer du coste du sud. Partant de ceste isle pour aller le long de 1 isle Espaignole, fixant a ouest, il y a une grande montaigne du long de ceste coste qui est nominee les Pedrenas laquelle est chargee de forests et arbres qui pour la pluspart sont infructueux. La coste est fort dangereuse pour les navires a cause des battures contenans dix lieiies, aupres desquelles vous trouves une grande riviere sur le rivage de laquelle il y a un petit village 170 ANDRfi THEVET nomm Hassoa ou il y a aussi quelques moulins a succre de grand revenu. Sortant d icelle riviere pour aller plus outre, du coste d ouest, il faut mettre le cap du navire an sud sud ouest pour monter a nostre isle laquelle j estime qu on a donne le nom d Heureuse parce qu elle ne produit les allechemens des richesses qui ont accoustume de causer le malheur des hommes. De fait, c est une isle rase, sans aucuns arbres, ny montaignes, ayant tant seulement un petit hauturon comme une seule maison. Ce ne sont que rochers et dangereux pays. Elle est a une lieiie de terre ferme, et y a passage pour un homme qui, a la routine, a apprins la seurete du pays, mais faut bien qu il prenne garde comment il veut aborder, car seulement avec un petit navire pourra il y amarrer. Elle fut premierement abordee par le capitaine Roderic Colmenar, le troisiesme d octobre en 1 annee mil cinq cens et dix. Or, par ce que discourant de 1 isle Espaignole n ay peu, crainte de trop enfler la description, tracer tous les entours de ladicte isle, icy je veux suppleer ce que j ay la obmis. Donques, a une lieiie de ceste isle du coste du sud, il y a trois ou quatre faraillons 1 un a coste de 1 autre de la hau teur d une maison et peut on passer tout aupres sans aucun peril. De la, tirant au nord, verres a 1 entree une grande baye qui est toute de plage. Suivant la coste, trouveres un port qu on appelle Jaquimo lequel est au milieu des montaignes toffiies de grandes et espaisses forests. II y a bon port pour tous navires : a 1 entree duquel il y a des battures du coste de Test d ou vous voyes un vieil chasteau desfaict qui estoit une forteresse au temps passe, aupres de laquelle faut aller mouiller 1 ancre et les battures vous demeurent du coste de la mer. En ce port, ily a trois ou quatre maisons la ou se tiennent ordi- nairement quatre ou cinq negres avec force chiens et chevaux pour s en servir. II y a de grandes prayries parmi les vallons ou il y a grande quantite de vaches, chiens et chevaux sauvages. Lamaniere que Ton dent a tuer les vaches esttelle : les noirs sont sur chevaux, et en main portent une facon de lance, au bout au lieu de fer ISLE BEATA 171 pointu il y a un croissant taillant pour couper les jarrets des vaches qui demeurent la estropiees; et apres les escorchent pour avoir le cuir et laissent manger la chair aux chiens sauvages et prives. Ilz se levent le matin pour surprendre les vaches qui, venant le jour, se retirent dans les forests craignants les chas seurs. Les Francois y viennent ordinairement traffiquer. Toute ceste coste jusques a la Savane d ou il y a quarante cinq lieues est coste d est ouest. II n y a point d habitations ains ne sont que montaignes, forests, grande quantite d arbres, palmiers, avec force bestial sauvage, chiens, chevaux et sangliers. Le long de la coste situant en la dicte Savane, il y a du coste de Test cinq ou six isles blanches; a deux ou trois lieues plus avant, il y a une autre isle rase, pleine de petits arbrisseaux avec force vaches privees qui ont este mises par les Espaignols et s appelle la dicte isle Deybacques ; elle est fort dangereuse du coste du sud avec force battures. Entre la dicte isle et la terre ferme, il y a bon passage pour tous navires tirans a la Savane par dedans la dicte isle, ascavoir entre la terre ferme, la Savane demourant au fonds de la dicte baye, en laquelle il y a grandes prayries et six ou sept maisons de negres pour le faict des cuirs. Tirant de Savane jusques au cap Tyburon, il y avingt lieues de battures. Du cap Tyburon jusques a la pointe de Done Marie douze lieues tirant au nord ouest. En icelle pointe de Done Marie, fait bon mouiller 1 ancre pour icy se rafraischir. De la, tirant a Test du coste du sud depuis la pointe de Done Marie jusques a une petite isle nominee Keiunito, il y a dix lieues. Entre la dicte pointe de Done Marie sonttoutes bat tures dans 1 eau avec montaignes en terre ferme, forests et bestes sauvages. Aupres dudict Keiunito, dedans la terre ferme, il y a une montaigne haute qu on appelle la montaigne Done Marie. De Keiunito tirant a Test, y a bon port qu on appelle Miriguana, duquel il y a jusques a la Jaguana quinze lieues de forests et montaignes sans aucunes habitations sinon aupres de la dicte Jaguana a cinq lieues du coste d ouest, il y a un port qu on nomme Aguana oil il y a quelques maisons des particu- 172 ANDRfi THEVET liers de Yaguana et plusieurs logettes des negres qui se tien- nent la ordinairement pour le labourage, chascun en leur maison. De la jusques a Yaguana, il y a cinq lieiies, toutes battures avec montaignes hautes, pleines d arbres, prayries, palmes, vaches et sangliers. La dicte Yaguana est une terre basse rase comme la mer, avec grandes prayries et belle multi tude de palmes et autre maniere d arbres fruictiers qu on appelle Govyaux, de la grosseur d un limon et de la couleur jaune. La ville de Yaguana est a une lieue de la mer, au milieu d une grande prayrie avec grande quantite d arbres qui portent la casse. Les maisons de ceste ville sont toutes recouvertes de feuilles de Cannes, et closes avec des tables et pieds de bois plantes tout de.bout. Ou n a pas bien regarde Gemma Phrison qui escrit qu au pays de Colao assis en la grande province du Peru, il y a une maison, lesparois et toict de laquelle sont d or tres pur et fin. Si le conte n est beau asseures vous que la bourde est belle et d aussy bonne grace que celle de Hierosme Girava qui escrit qu en la province d Auzenna, les harnois des guerriers sont de fin or, comme par dega sont de fer et que les fers des chevaux sont pareillement d or. II devoit penser aux inconveniens qui sourdent de ce recit. Le premier est qu il suppose qu en ceste region Perusienne, il y ait eu des chevaux avant que les Pizarres y arrivassent. L autre est que faudroit ou que ce fussent les Espaignols ou les Perusiens qui fissent ferrer d or leurs che vaux. Quant aux Chrestiens, ilz tiennent si grande estime de ce metal qu il n est pas loisible de croire qu ils ayent voulu mettre sous le pied de leurs chevaux. Des Perusiens encores moins, puisqu ilz n avoient aucuns chevaux, et quant bien ilz en eussent eu, les Espaignols leur tenoient la bride si courte et leur escu- roient si bien leurs mines d or et autres beatilles qu ilz eussent este plustost contraints de laisser sans fer les chevaux que de leurdorer les pieds; mais pour ce qu en d autres endroits, je dois plus a plein fonds sender la verite de cest or pour en lever 1 erreur trop espaisse de ces prometteurs de montaignes d or, ISLE BE ATA 173 icy je feray retraite pour reprendre ma premiere brisee et retourner aux maisons de Yaguana qui sont rares et esloignees 1 une de 1 autre, faites en maniere de tentes. La il y a belles femmes Espaignoles et force negres parmi eux avec accoustre- mens de toile qu on a accoustume de leur faire porter. Tirant plus outre, il y a un grand cul de sac qu on appelle le goulphe de Saragoa. Dans iceluy est toute terre basse avec maisons et vacheries. En retournant vers le cap de Sainct Nicolas, il y a des montaignes et grande quantite de labourage le long de la mer qu on appelle Halcahay. Sortant de Cahay jusques au cap de Sainct Nicolas, il y a toutdu long de la coste dix huit lieiies, toutes montaignes et terres basses avec boys et forests sinon a Tybonique ou Ton fait des cuirs de la maniere que dessus. Sor tant de la Tybonique et tirant au cap de Sainct Nicolas, y a une saline que Ton appelle le Coryton qui pourveoit la ville de sel, et n y a autre chose jusques au cap de Sainct Nicolas que montaignes, bois et prayries, sans aucune habitation. Au devant de la Eguana six lieiies en la mer, il y a une isle que 1 on nomme la Gravano qui contient seize lieiies de longueur et trois ou quatre de largeur, bien dangereuse de battures tout alentour, demeuree infructueuse, seulement remplie d infmite de rochers. Le cap de Saint Nicolas fait la pointe de 1 isle et y a trente six lieiies de la pointe de nord ouest. Le cap de Sainct Nicolas est une montaigne haute, et y a un port du coste du nord ouest du diet port, dans lequel port y a une fontaine qui sort des montaignes en facon d une petite riviere ou Ton se peut rafraischir et prendre de 1 eau pour les navires. II n y a point d habitation et y a bon port pour grands et petits navires. A 1 entree du diet port, du coste du sud, il y a des battures esquelles tout marinier qui craindra de faire naufrage, doit bien prendre garde d aheurter. Si faudra il qu il soit bien expert et routine si entrant en ce port, il n y froisse quelque peu. De ce port de Sainct Nicolas jusques au Port Real qui est a quelques dix lieiies de la tirant a Test, n y a maisons, logettes ou habitations aucunes; ains est le pays desert et herisonne de 174 ANDRE THEVET montaignes, forests et rochers le long de la mer jusques a Ten- tree du Port Real laquelle est pour la pluspart bandee de bat- tures si dangereuses qu il est bien difficile d y aborder sans tomber en naufrage, comme durant mes navigations, s y per- dirent quelques caravelles Espaignoles qui virevoltantes. ceste route avoient envie de se charger de cuirs, s hazarderent trop inconsiderement de donner dedans, mais aussi porterent la tres juste peine de leur temeraire entreprinse. De dire que ces Espaignols n eussent occasion de vouloir branler a ce Port Real, je m en garderay bien, attendu que je sc,ay bien qu a Port Real il y a un villaige et quelques maisons couvertes de paille oil se charge grand quantite de cuirs qu on apporte de la montaigne. Entre Port Real et le port de Plate ne scauroit au plus avoir trente lieiies qui sont presque tout pays desert et sterile, montaignes, forests, roches et battures. Bien est vray qu a dix lieiies du port de Plate r il y a un petit village appele Monte Christo qui sert de magazin pour resserrer tous les cuirs du plat pays. La, il y a quelques noirs emploies a avoir le soin de la vacherie et aux cuirs. Ce port de Plate est d un fort grant traffic tant a cause de la debite de ces cuirs que pour la grande quantite de succres que les Espaignols chargent la. II est fort large et dangereux pour le vent du nord. Au dedans du port, il y a une forteresse pour deffense de ce village qui est asses bien fourny de vivres et bleds pour le pays. Suivant la coste jusques au cap de Calbron, y a vingt cinq lieiies depuis le port de Plate, tout de montaignes, rochers et forests sans proffict aucun comme diet est. Et depuis le cap de Cabron jusques au fond de Tisle Savana, ilya dix lieiies. C estune isle habitee des negresquise sont eschapes desgriffes des Espaignols, lesquels exercoient sur ces pauvres esclaves telles et si grandes cruautes qu ils ont este contraincts, pour se garentir de telles oppressions, se retirer en ceste isle, ou ilz se sont habitues avec leurs femmes et enfants, et y ont de telle sorte triche et multiplie tous les jours que les Espaignols en sont maintenant a se repentir d en avoir amene avec eux si ISLE BE ATA 175 grande flotte, ou bien de n avoir sceu leur tenir la bride comme il faloit sans les ranger a ce desespoir qui maintesfois les a fait sursaillir a seditions si dommageables aux Espaignols, que quelque force qu on ait sceu employer pour les matter, n ont peu estre extermines. Maintenant, n est-il plus terns puisqu ils sont effarouchez, il faut que les Espaignols reconquestent de nouveau ce Peru d autant qu encores qu ils ayent fracasse la pluspart de la nation Perusienne, ilz ont pour le present a faire a gens qui leurres aux brigandages et advertis de leurs ruses leur donnent beaucoup plus d ennuy que nefit Atabalipa. De faict, ces negres qui se sont retires en ceste isle, se defFendent avec leurs arcs et flesches de sorte qu impossible est aux Espaignols d avoir prinse sur eux : lesquels vont tous nuds comme bestes et n ont qu un petit drapeau devant leurs parties honteuses. Et par ce que le principal but que j ai dit au present discours, a este de reprendre ce qui est a 1 entour de 1 isle Espaignole que n ay peu coucher en son lieu, icy sur la fin, je veux faire une recapitulation de toute la route que je viens de descrire. Doncques, prenant de la pointe du coste de Test, nommee cap de Yaguana, faisant son tour tirant a 1 ouest et retournant du coste du nord se vient rejoindre au sud d icelle pointe jusques a Saint Dominique par le coste du sud, il y a quarante lieues. De San Domingo jusques au port d Ancone du coste du sud, il y a quatorze lieues. Du port d Ancone jusques a la riviere d Hassoa ou il y a force pressoirs et moulins a succre, on compte dix lieues. De Hassoa du coste du sud jusques a nostre isle Beata, douze lieues. De la Beata jusques es Frailles qui sont trois isles, dix lieues. Encores de la Beata jusques au cap Tiburon qui est la pointe plus a 1 ouest du coste du sud de 1 isle Espaignole, il y a cinquante lieues. De la pointe de Tiburon jusques a la pointe de Done Marie tirant au nord est, dix lieues. D icelle pointe de Done Marie jusques a la Yaguagua d est ouest et du coste du nord du cap de Tiburon, quarante cinq lieues. De la dicte Yaguagua du nord et sud jusques au cap de Sainct Nicolas qui est le plus a 1 ouest du coste du 176 ANDRE THE VET nord d icelle isle, il y a vingt cinq lieiies. De la, jusques au cap de Cabron, on compte quatre vingt cinq lieiies, d est ouest du coste du nord d icelle isle. Du cap de Cabron jusques au cap de Yaguana a cmquante cinq lieiies du nord ouest et sud ouest, du coste de nord est de ceste isle. ISLES DU CHEF DE LA CAPTIVE Qui veut aller de Carthagene au Nombre de Dieu qui est i centlieiiesde Carthagene, fautmettrele cap a 1 ouest nord ouest, environ quatre lieiies, passer au vent d un bane de sable qu il y a deux ou trois lieiies dans la mer qui se dit Salmedine. Apres, tournes le cap a 1 ouest, les deux tiers du chemin et 1 autre tiers a 1 ouest et quart du sud ouest, ires reconnaistre la Cabesse de la Captive qui sont isles fort basses et y en a grant quantite ensemble ; et si il y a bon port de terre dans les dictes isles, de 1 eau douce, et force poisson et tortues, et y a fort bon port. Dedans les isles, il y a une grande montaigne que Ton nomine la Serre de Saincte Croix qui est une montaigne fort haute; et le bout de la montaigne est coupe en deux qui fait deux petites pointes dont 1 une est plus basse que 1 autre; et de la jusques au Nombre de Dieu, il y a douze lieiies de terre basse et petites montaignes, sans aucunes habitations, sinon des negres sauvages qui sont parmi les bois. II y a une petite riviere en allant au Nombre de Dieu a quatre lieiies pres qui se dit la riviere Francoise. Et la riviere est du coste de Test du Nombre de Dieu. Vous verres a quatre lieiies de la un grand rocher tout rond que la mer bat tout centre, qui se dit la Moree de Nicoise. En ceste riviere, il y a une petite plage ou les navires quelques grandes qu elles soient peuvent y mouiller seurement 1 ancre, d autant que la sonde y est tres bonne, ayant vingt et deux brasses d eau. Bien est il vray que 1 entree en est un peu dangereuse, a cause de cinq petits escueils qui .avoisinent Tentree du port de la part de ISLE DU CHEF DE LA CAPTIVE 177 1 ouest. II n est pas tout; c est que estant a la veiie de ce grand rocher rond que je vous dis, vous verres d autres isles qui vous demeurent du coste de 1 ouest, environ deux lieiies dudit rocher. Pour entrer au port dudit Nombre de Dieu, il vous faut laisser les isles du coste de 1 ouest et passer tout aupres dudict rocher, et vous verres sur la pointe, en entrant au port du Nombre de Dieu, un petit rocher dans 1 eau, de la grosseur d un moulin a vent, qui est tout environne d eau ; et ayant passe ce rocher, vous verres des battures que la mer bat la dedans, et en pourres passer si pres que vous voudres, cariln y a danger aucun. Et estant si avant que lesdites battures, vous verres les maisons de Nombre de Dieu, et si il y abon abril, derriere icelles battures sans que 1 artillerie de ville vous puisse endommager. Et donnes vous garde, qu entrant dans le port, vous ne passies trop loin desditcs battures, car du coste de 1 ouest, il y a une roche fort perilleuse, d autant qu il ne s en faut que trois pieds d eau qu elle ne soit a fleur de 1 eau. Loin d icellcs battures, environ la tierce d une moyenne, et par dessus la ville du Nombre de Dieu, vous verres une grande montaigne qui se diet la mon- taigne de Capyrre, laquelle apparaist de douze lieiies en pleine mer, et qui peut estre dans terre a deux ou trois lieiies du Nombre de Dieu. Or, parce que nostre route nous a chasse au Nombre de Dieu, et qu ailleurs a peine aurons nous la commo- dite de pouvoir en dire quelque chose, il me sera permis d en discourir icy. Le Nombre de Dieu est une ville comme j ay sceu et appris de certains vieux Mores qui ont este et demeure plus de cinquante ans esclaves la, bastie par un qui se nommoit Dom Diego Micuesse qui y fit dresser Fan mil cinq cens et sept un petit port ou maison de bois, le mieux qu il peut, pour se defendre contre les Barbares qui le molestoient. Depuis, on y continua les bastimens, si bien qu a present, elle tient rang entre les plus fortes et puissantes places de tout ce pays. Elle gist a deux cens quatre vingt dix huit degres trente minutes de longitude, neuf degres de latitude, etest assise pres de la marine, ayant sa longueur de Test a 1 ouest. Le chemin par lequel on i 7 8 ANDRE THEVET va de Nombre de Dios a Panama, passe au pied de la montaigne de Capyrre ou vous voyes ordinairement grande quantite de mulcts et quelques chevaux; et quanta chameaux et elephans, il ne s y en trouve un seul en toute la terre du Peru non plus quede lyons, tygres et autres animauxqui se trouvent au pays d Afrique et Asie. Les mulets desquels je vous parle, portent la marchandise du Nombre de Dios a Panama, etau retour de la ville de Panama, quiest a la mer du Sud ou Pacifique, emportent les thresors, or, argent, perles et pierreries qui viennent la des isles des Molucques et autres isles Orientales; mais ce n est pas sans grande affre, et pour ce que les frais sont grands pour faire conduire iceux mulets et chevaux de Panama i la ville de Nom bre de Dieu posee en la mer Oceane, encores qu il n y ait point distance de Tun de Tautre que d environ quatorze ou quinze lieiies, comme Ton pourroit dire de Paris aEstampes; d autant que la premiere journee, on trouve asses bon chemin. Mais quant vous passes plus avant, vous entres dans des bois qui durent jusques a la ville du Nom de Dieu. De faict, devers Test, asses pres du Nombre ou Nom de Dieu (ainsi 1 appele on), ily a quelques troupes de Mores noirs et autres bazanes fugitifs qui tiennent les bois et la campaigae et font mille maux. Les gou- verneurs du pays y ont envoie souvent des compaignies de soldats Espaignols pour les desnicher de la et les exterminer; mais ces gens desesperes ont este les plus forts, et se sont joincts avec quelques Barbares, qui estans du nombre des malcontans, se sont ligues a 1 encontre des Espaignols. Etaussi quand ilz en rencontrent un, son proces est faict et parfaict. Us le tuent, massacrentet taillent en pieces. Que si la terre est mal seure, la voye de 1 eau est encores plus dangereuse, parce que a my chemin, Ton rencontre une mauvaise riviere laquelle fait tant de tours et deretours, qu il faut demeurer plus de trois heures a la passer; et qui pis est, les naufrages y sont fort frequens, qui fait que les Espaignols aiment mieux s exposer aux courses et aguets des negres, que s abandonner a la mercy d un ennemy ISLE DU CHEF DE LA CAPTIVE 179 qui les peut tous d un coup engloutir. Quant ces foruscis de negres rencontrent les muletiers, ilz volent tout le butin et thre- sors, et laissent aller les esclaves Mores leurs allies qui menent les mulcts, sans leur faire mal s ils ne se veulent mettre avec eux. Quant a la ville de Nombre de Dios, la place est malsaine, specialement 1 hiver, partie a cause de la grande chaleur et vapeur pourrie qui sort de la terre, partie a cause d un marest qui 1 environne devers 1 ouest. Aussy y meurt il force gens; et quant aux maisons, elles sont pour la pluspart basties de bois, partie de Cannes. Lc port de ceste ville est devers le nord qui est asses grand pour tenir beaucoup de navires. Quant aux fruicts et herbages que Ton y a ported Espaigne. ceterrain mal- sain et pestilentieux en rapporte quelque peu, comme limons, orenges et des raiforts qui ne sont pas plus gros que la queue d une souris, des choux et des laitues, mais peu et bien petites et qui, avec toutcela, ne sont encore gueres bonnes. On y mene tout lereste de 1 isle Espaignole, de Cuba et de la province de Nicaragua comme du maiz, cazabi, chairs salees, porceaux, raci- nesde Bettalas. Toutle traffic des insulaires de nostre Chef de la Captive a Nombre de Dieu est de poissonpour le jour d huy. Autresfois ilz estoient aussi bien bandes centre les Espaignols comme les autres negres qui ne sont que pauvres esclaves qui, se sentans trop tyrannises par les Espaignols, ont secoue le jotig de leur cruaute, et leur ont taille depuis plus de besoigne de biais qu ilz n eussent peu presumer. Mais ces negres n ont pas si bien joue au seur comme ont faict nos insulaires qui ont 1 eau qui combat pour eux. Et qu ainsi ne soitetpour contanter 1 avantage de ceux qui voudroient preferer 1 avantage des negres de la terre du continent a celuy de ces insulaires parce qu ilz ont moyen de s enrichir du butin des Espaignols lesquelz ils devarizent, je suis bien contant de leur mettre en teste le capi- taine Testu qui apprendra a tous ceux qui font si grand casdu brigandage de ces negres, combien 1 aune en vaut et que ce n est (comme Ton dit) sans mouffles qu il faut s en approcher. i8o ANDRE THEVET Le cceur mesaigne (ala verite) quand je me remets avantles yeux le piteux desastre qui survint a ce bon capitaine, mon bon aray et 1 un des experts pilotes de nostre aage, avec lequel j a- vois fait un voiage en ces pays 1 an mil cinq cens cinquante un, et mil cinq cens cinquante cinq, celuy de Villegaignon. Donc- ques, comme Testu eust mis pied a terre entre Panama et Nombre de Dios, il fut adverty par certains de ces negres que les mulcts chargez d or et d argent estoient en chemin de venir de la ville de Panama, bastie en la mer du sud, comme j ay diet, et que si avec la flotte de ses gens il vouloit y entendre, aysement ilz pourroient enlever toutes ces richesses qui mon- toient plus de trois milions d or. A quoy Testu presta Faureille, accompaigne d un capitaine anglois qui aussy ne fut point trop malaise a se laisser chastouiller par 1 amorce de 1 or et argent dont ces mulets estoient porteurs. Et par cas fortuit, ces deux capitainesse rencontrerent, savoir 1 Anglois et le Francois au mesme endroit et lieu, ne scachant rien 1 un del autre. Ainsy Testu mit en terre vingt trois hommes des siens qui estoient dans son vaisseau, qui n estoit que de soixante et dix tonneaux, qui appartenoit a feu de bonne memoire le seigneur Philippe Strozzy, la vie duquel je vous ay mis dans mon livre des Hommes ilhtstrcsjcommQ aussi fit 1 Anglois et en telle compaignie, guides par ces Mores vont droit a ces mulets chasses par plusieurs esclaves et sans arrester se riient a tort et travers de ces mulets ausquels ils couperent jambes et jarrets au grand contentement des pauvres esclaves quivoyans que tant les Francois qu Anglois (ressemblans a des affames qui, sans discretion, fourrent toutes viandes en leur panse, quelque grossieres qu elles soyent) s a- musoient apresles mulets chargez d argent, leur crioient : He! a 1 or, seigneurs ! vous vous charges de plate ! sc,avoir d argent, comme s ilz les eussent voulu reprendre de ce qu ilz ne sca- voient pas choisir le meilleuret plus exquis ou bien qu ilz leur prophetisassent ce qui leur advint depuis, qu ils faisoient mal de s appesantir d argent, qui s en faloit beaucoup qu il respon- dit a la valeur del or. Advint que comme les Francois ct Anglois ISLES DU CHEF DE LA CAPTIVE 1 8 1 furent charges et battes de lingots et grosses pieces d or, las et recreus de 1 ennuy du chemin, cinquante soldats espaignols mal equippes au possible, qui tenoient escorte h ceste troupe de mulcts, commencerent a charger les nostres a coups de flesches, accompagnes seulement de quelque dixaine d arquebouziers tels quels, la pluspart tons deschaux qui avoient si bien four- rage. Testu avec huit arquebouziers tint coup et fit aller les plus charges devant, et luy demoura derriere ne craignant tels coquins. Advint que la fortune fut si contraire qu il tut atteint d une arquebousade que luy donna un Espaignol et fut depuis ha- bandonne, tant dessiens que desAnglois, et n y euthomme tue ny blesse que luy. Les autres qui fuirent de vistesse (comme quelques uns d entre eux rrTontconfesse), jettoient et cachoient dans la petite islette deshabitee, dans les sablons bien avant, la plus grande partie de leur or et tel en mit pour plus desoixante mil escuz tant ilz en estoient charges devant et derriere. TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS DE PERSONNES ET DE LIEUX Abreu fj. Gomez d ), voy. Go mez. Acosta (Gaspard d ), XVIII. Adam, 69, 70. (Terre d ), 54. Adventurier (Georges 1 ), voy. Georges. Aguana, port de Tile de Saint- Domingue, 94, 171. Aiguille aimantee (Variations de l ),XXI, XXII, n. Albuquerque (Alphonsed 5 ), XVI XVIII, 23 n. Aleaume de Rambures, matelot de la Pensee, 5 5 . Alfonce (Le capitaine) , 6 n., 711., 32 n. Allemands, en Afrique, XII ; con duits en Haity, 156. Almachapt, houe pour creuser la terre, 112. Almeida (D ), XVI, 31 n. Altibunico, riviere de Tile de Haity, 158. Ancone, Anconne (Port d ), dans File de Saint-Domingue, 90, 99, 169, 175. Anderson (J.), 71 n. Andouille (! ), ile, 40. Andripour (Indapour Jndrapour) XX n., 77,78n., 79,80, 83. Anglais (Les) en Guinee, XII ; a Indrapour, 78 n. ; en Haity, 156, 159, 164; a Panama, 180, 181. Angleterre (L 5 ), XII, 161. 84 TABLE ALPHABETIQUE Ango (Jean), armateur a Dieppe. I, IV, IX, X, XI, XXV. Anjouan (He d ), 42 n., 44 n. Anthone, voy. Southampton. Antilles (Les), IX, 14. Antoine, le Portugais du Sacre* voy. Portugais du Sacrc. Aprilocchio (Isles d ), 40 n. Arabcs, en Malaisie, XIII ; a Priaman, 79 n. Archipelague (L ) de Calicut, 47, 48. Arenes (lies d ), 105. Arnois (Aurigny), voy. Origny. Arou(Leradjad ), XVIII. Aru(Terred ),XXV. Ascension (He de), 23 n. Asseline (David), III. Atabalipa, 175. Atchin (Pointe d ), XVIII. Athiel, chretien abyssin, 60 n. Atienza (Pierre de), i6r. Atoll Pouwa Moloku (Atoll Pona Molubque), 49 n. Aurigny, voy. Origny. Auzenna (Province d ), au Perou, 172. Avanturee (L ), ile, 40. B Bagaboni, fleuve de 1 ile de Haity, 158. Bahar, Bahara, nom d un poids, 82 n. Bahuan, fleuve de 1 ile de Haity, 163. Bainoa, province de 1 ile de Haity, 158, 162, 163. Ballin (M.), II n. Barbier, page de la Penste, 57. Barbosa (Duarte), XVII. Barde (promontoire de), 40 n. Barous, port de Tile de Sumatra, XVIII. Barros, XVII. Baruth (lies de), 106. Bas (I/isle), 7 n. Basam (Royaume de), XIII, voy. Pasey. Basses (Entree des), XXV. Batak(Tribu anthropophage des), XIII. Batiment (lies de), 109, no. Batou (Groupe des iles), XXVI, 5911. Beata (Ile de la), 91, roo, 175. Beaufort (Ile), 40 n. Beausseron, trompette de la Pen- see, 56. Belle-Isle (Detroit de), XXV. DES NOMS DE PERSONNES ET DE LTRUX 185 Bendam, 82. Benyn (Le), XII. Bergeron (Pierre), 71 n. Betel (Le) (botre, boutir, sirih), 61 n. Bethencourt (Jehan de), u n. Binet, canonnier de la Petisee. 48. Blanches (Leslies), 93. Boline (La) 8 n. Bonan, en Haity, 160. Bonne Esperance (Cap de), XI. XIII 3, 4, 27, 41. Bonder (Pierre), n n. Boquillonne (La), ile, 40. Bou Bequier Raza, voy. Tue Biquier raza. Boucher (Nicolas), serrurier du Sacre, 58. Bouchet (Jean), IV, V, VIII. Bourbon (He), 34 n. Bout (Nicolas ), du Sacre, 14, 62, 70. Bouvet (Nicole^, matelot de la Pen see, 77. Breant, contre-maitre du Sacre, 35> 36. Brearou Leacarou, 54. Bresil (Le), IX, 17, 34 n. Bretons (Lcs), 14. Broccan, voy. Serres de Broc- can. Bugeder (Cap de), n n. Bullo (M. C.),XIVn. c Cabesse de la Captive, 176. Cabot (Jean), XV n., XXVIII n. Cabron, Calbron (Cau de), 99, 100, 174, 176. Cahai,voy. Halcahai. Caizimu, provincede 1 iled Haity, 158, 162, 163. Cajabo, province de Tile de Haity, 158. Calbron (Cap de), voy. Cabron, Calbroz (Cowes), 7 n. Calicut, 32 n.,47,49, 54. Camaron (Cau de), 114. Canaries (Les), 9-11 n., 161. Cannibales (lies des), 157. Capiro(Montagnede), 109, 177, 178. Cap Vert (lies du), XII, 12,1311., 159. Capyrre, voy. Capiro. Caramatexio (Le cacique), 163. Carbonniere (Montagnede), 107. TABLE ALPHABETIQUK Careyt (He de), 105, 106. Carez, voy. le precedent. Caribana (Pointe de), 107. Cartage (Bale et port de), 1 14. Carthagena, 101, 102, 103, 104, 105, 106, 176. Carder, XXV. Caspie (Mer), nom donne par les Chretiens au lac de Haguey- gabon, en Haity, 162. Casquet (He), 7. Catherine, femme indienne de Michel Diaz, 160. Cattinas (Pointe de), 108. Cau d Ingagne, de Cabron, etc. ; voy. Ingagne, Cabron, etc. Cauche (Francois), 34 n. Caura, barque des Indiens, 102; (Pointe de la), 103, 104. Cavalier (Jouan), 90. Cavesse de Cattinas, voy. Catti nas, Cabesse de la Captivite et Chef de la Captivite. Cephala (Gens de guerre de) , 60 n. Chabandaire (Le), (Chahbender), XXII, 2, 64, 65, 67, 68, 69, 76, 80. Chabot (Philippe de), XXI, XXII n. Chagry (Riviere de), in. Chan Tahmasp, XIX. Chandelier (Noel), matelot de la Tensk, 77. Charretier (Allain Chanier), VIII. Chasteaux (Baye des), XXV. Chef (Cabesse) de la Captive (He du), 176, 179. Chezagona (Golfe de), 167, 168. Chine (La), IX, XX. Chinois a Priaman, 79 n. Chioggia, XIV. Chiraz, XIX. Cibani, montagnes de 1 ile de Haity, 158. Cipangi (He), 156; montagnes, 158. Glamorgan (Jacques de), seigneur de Saane, XXVI. Cochin, XVI, XVII. Colao (Pays de), dans le Perou, 172. Colas (Robert), matelot de la Pensee, 8. Colinet Fayolle , argentier du Sacre, 58. Colmenar (Roderic), 170. Colomb ( Barthelemy ) , 159, 160. Colomb (Christophe), 156, 159, 160. Colomb (Dominique), pere de Christophe et de Barthelemy Colomb,, 1 60. Comores (Les iles), XIII, 42 n. Comorin (Cap), 49 n. Conception (La), en Haity, 160. Conti (Nicolo de ), XIV. DES NOM8 DE PERSONNES ET DE LIEUX 187 Cordeliers (Couventdes), dans La ville de Saint-Dominque, 165. Coribon, Coryton (Le), saline de 1 ilede Saint-Domingue, 97, , I73 * Coryton, voy. Coribon. Cowes, vov- Calbroz. Crainte (Les isles dej, 40. Cretin, poete, VIII. Crignon (Pierre), I, III, VI, VII, vm, ix, x, xxi, xxn, xxni, XXIV, XXV. Cuba (He de), 157, 179. Cubaho, en Haity, 158. D Dalrymple (He), 40 n. Damayan, en Haity, 158. Dapper, 18 n. Dartmouth, 6 n. Dauphine (He), voy. Madagascar. Daya, XVIII, XIX. Delisle, XXI n. XXII n. Demarquets, II n. VII n. Dermouth, voy. Dartmouth. Deybacques (He de), 93, 171. Diagons, montagne en Haity, 163. Diaz (Michel), d Aragon, 160. Dieppe, I, II n., Ill n., IV, VII, XI, XXI, XXII n., XXIV, XXV, XXVI, 1,3,4, 5,6- Done Marie (pointe de) 94 ; (mon tagne de) 94, 100, 171, 175. Dracq (Drake), capitaine anglais, 159. Dresauk (Jean), matelot de la Tensee, 45. Dubois (Voyage aux iles Dau phine et Bourbon), 34 n. Du Val, geographe, 34 n. Du Val (Pierre), poete, VIII. 1 88 TABLE ALPHABETIQUE Eguana, Eguagna, 97, 100, 173 : voy. Aguana et Yaguana. Emmanuel, roi de Portugal, XIV- XVII. Enchainee (L ), ile, 40. Erbanne, voy. Fortaventure. Escossois (Les). 75. Espaignole (Isle), voy. Haity. Espagnols (Les), n n., 14, 16, 87; a Saint-Domingue, 93, 98, 99, 102, 107, 156, 157, 158, 160, 161, 164, -165, 166, 167, 169, 173 1 J 74? i75;auPerou, 172; auNombredeDieu, 112. 178, 179, 181. Esperance, forteresse en Haity, 160. Estancelin (M.), I n., XXV, XXVIII, 8 n., 13 n., 14 n., 48 n., 49 n., 62 n. Ethiopiens (Les), 73 n., 74 n. Eugene IV, pape, XIV. Eve, 69. Eyries (M.), II n. Farcemue, voy. Portsmouth. Favre (Abbe), 82 n. Feques (Ile de), voy. Fuegos. Fer (lie de), 13 n. Ferllec (Royaume de), voy. Per- lak. Fernanbourg (Isle de), IX n. Fernandez (Valentim), XIV, XV n. Feu (Ile de), du groupe des iles du Cap-Vert, voy. Fuegos. Finistere (Le cap), 8. Flacourt (Etienne de), 34 n. Flament du Sacre (Le), 38, 39. Flinders (He), 40 n. Formetura (He), XXVI, voy. Parmentiere. Fort Avanture , Fortaventure , DES NOMS DE PERSONNES ET DE LIEUX 189 Fuertaventura, ile du groupe des Canaries, 9, 9 n.. n n. Forte (lie), 106, 107. Frailes (Les), Frailles, 92, 100, 175; Francais au Bresil, a Sumatra, IX; en Afrique, XII; a Saint- Domingue, 87, 93, 156, 171; a Panama, 180. France (Ile de), nom donne a Tile de 1 Ascension, 23. Francois I cr , III. Francois (Jean),, matelot de la Pen see, 5 1 . Francois (Le P. Rene), 8 n. Francoise (La riviere), 108, 176. Fuegos (lie de), 13, 17, 18 n. Galere deCarthagena, montagne. 104. Galere de Zamba, montagne, 103 . Garcia de Orta(D.), 61 n., 62 n. Garcia de Souza, XVI. Garuye (Guernesey), 7 n. Gemma Phrison, 172. Georges L adventurier, poete fran- cais, VIII. Gilles (Nicolas), matelot de la Pat sec, 77. Girava (Hierosme), 172. Godestel, voy. Dartmouth. Gomez d Abreu (J.), XVI. Goujet (Abbe), VIII. Goulard (Simon), 31 n. Grande Riviere, port de Tile Saint- Jacques du Cap-Vert, 12 n. Gratias a Dios (Pointe de), 114. Gravano (La), ile, 97, 173. Greban, auteur dramatique du xv siecle, VIII. Guaccaiarima, province de 1 ilo de Haity, 158, 165. Guanama, fontaine de la pro vince de Caizimu, en Haity, 163. Guare (Port de), 41 n. Guarizaca (lie de), 163. Guaziagua, fontaine de la pro vince de Caizimu, en Haity, 163. Guerillon (M.), Ill n. Guernesey, voy. Garuye. Guillaume, fils de Henri I, 7 n. Guillaume d Eu. matelot de la Pen see, 43. Guinee (Cote dej, IX. 190 TABLE ALPHABETIQUE H Hagueygabon (Lac>, en Haity, 162- Haity (Isle de) 155-168, 169, 170, 175, 179 ; voy. Saint- Dominigo. Halcahai, 97, 173. Hamilton (W.), 49 n. Hardy (M.), HI n. Harrisse (M.), XXV, XXVIII n. Hassoa, village en Haity, 91, 99, 100, 170, 175. Hattobelle (Rochers de), 92. Havre (Le), 7. Henri VIII, roi d Angleterre, III. Henriquez (Andre), XVIII, XIX. Heureuse (He), 158, 170. Heyne(B-), 7 1 n - Ilieronimo di San Stetano, XV. Higney (Pointe du), 157. Hinc (He de), voy. Wight. Hollandais (Les), a Ticou, 60 n. ; a Priaman, 79 n. Honorat de Savoye, voy. Villars. Hosburgh, 49 n., 50 n., Hosburgh (lie), 40 n. Houcia, fteuve de Tile de Haity, 1 60. Hougue (Cap de la), 6. Houivests (Les), 75 . Huice, Huich (He de), voy. Wight. lacche, riviere de 1 ile de Haity. 158. Ibrahim, gouverneur d Atchin, XVIII, XIX. Imma, riviere de 1 ile de Haity, 158. Indapour, Indrapour, voy. An- dripour. Indes (Les), XIV, XV, XVII, 6 1 n. Indes neerlandaises (Lesj, 56 n. Indiens, a Sainte-Helene et a DES NOMS DE PERSONNES ET DE LIEUX 191 Dieppe, XXVI, 3 ; a Saint- Domingue, 87, 102, 107, 160, 163, 165. Ingagne (Cau ou cap d ), 88, 99, 100. Ingaigne (Cap d ), voy. Ingagne. Isabelle (Ville d ), en Haity, 159, 160. Italiens, conduits en Haity, 156. Jaciga, fleuve de Tile de Haity, 158. Jacobins (Couvent des) dans la villede Saint-Dominique, 165. Jacquimo, port de 1 ile de Saint- Domingue, 92, 170. Jaguana(La), 171, voy. Yaguana. Jal(M.), 8n., 15 n. Jamai que (La), 157. Jarze (Jersey), 7 n. Java, 78, 79, 80, 82. Jave la mineure, voy. Sumatra, Jersey, voy. Jarze. Jesus-Christ, 70. Johanna (lie de), voy. Anjouan. Jomard (M.), 50 n. Juifs a Sumatra, 71 n. K Karinchi (Montagnes de), 78 n. Keiunito (Ilede), 171; voy. Rei- mito. 192 TABLE ALPHABETIQUE LaCroixdu Maine, VIII, XXI n. Laillet (E.), 34 n. Lancelot (Antoine), VII n. Lancelotte, Lancerote, ile du groupe des Canaries, 9, ro n., ii n. La Garde (Antoine de), 80. Leblanc (Vincent), 64 n., 65 n., 71 n., 82 n. Le Bouc (Robert) , bailli de Dieppe, II, IV n. Le Comte (Pierre) d Aust, roup- pier de la Pensee, 48. L Ecossois (Jacques), matelot du Sacre, 33, 35 , 37. Lefevre (Guillaume), XXVI. Legras (A.), 23 n. Le Make (Jehan), poete francais, VIII. Le Moyne de Lyre, poete fran cais, VIII. Le Page (Guillemin) matelot de la Pensec, 49. Le Paintre (Jean), de la Pensec, 67. Le Prevost (Thomas), poete fran cais, VIII. Le Roux (Jean), matelot de la Pensec , 79. Lescut (Ile), 113. Lima (Joao de), XVIII. Liogame, en Haity, 166, 167 1 68. Lobos (Cap de), 157. Lopez de Siquiera (Diogo), XVI. Loris (De), poete francais, VIII. Louise (lie), XX VI , 58, 59, 5911. Louise de Savoie, 59 n. Loups (Cap des), 157. Louve (Ile de la), 108. M Mace Deslandes, 34 n. Madagascar, I n. , XIII, XVI, XXVII, i, 30, 31, 33, 3411., 42. Madere (lie de), 14, 44. Maguana (Province dc), en Haitv, 163. Mahomet, 32 n., 52 n. DES NOMS DE PERSONNES ET DE LIEUX 193 Mahore (ile), voy. Mayotte. Maibe, voy. Ozama. Mainer (Giovan Jacobo), XV. Majeure (L isle),40. Major (N.), u n. Malabares (Les), 52 n. Malacca, XV, XVI, XVII, XVIII. Malaisie (La), XIV, XV, XX. Maldives (Les iles), I n., XIII, 4911., 5011., 52 n., 53. Male (Isle de), 53 n. Manancabo (Cote de), XXV. Manatj, poisson d un lac de 1 ile de Haity, 163. Manicongre (Pays de), XII. Marco Polo, XIII. Margot, oiseau de mer, 26 n. Margry (M.), In. Marguerite (Ile), XXVI, 58, 59, 5911. Marguerite de Navarre, 59 n. Marie (La Vierge), 70. Maroc, 9 n. Marot(Jehan), VIII. Marsden (W.), 71 n. Martyr (Pierre), 165. Masson (Jean) interprets de la Pensee, XXII, 50, 60, 62, 63, 80. Matitina (Ile), 155, 156. Mauderc (M e Pierre), astrologuc du Sacre, XXII, 42, 79, 80. Mayotte (lie de), 42 n. Megelicaraga, voy. le suivant. Mcgilica (Sultan), 60. Megiserus (Hieronymus), 34 n. Mery (Michel), maistre de la Pciiscc, 5, 32. Meschinot, poete francais, VIII. Metz de mer, 15, 148. Meuro, Meung (Jehan de), VIII. Micuesse (Don Diego), 177. Mine (La), montogne de 1 ile de Saint-Domingue, 91, 169. Miragavana (Montague de), dans Tile de Saint-Domingue, 94 ; voy. Miriguana. Miriguana (Port de), en Haity, 171 ; voy. Miragavana. Mochin (Jean), 78. Mocodon, Mochodon, 81. Mohammed (Le Sultan), a Ma lacca, XVI. Mokomoko, ville de Sumatra, 78 n. Molona (Maulana) , personnagc religieux chez les Musulmans, 68, 69. Molucque (La petite), 5 on.; voy. Atoll Poiuva Moloku. Moluque (lie), 53, 54. Moluques (lies), IX, XI. 82, r 7 S._ Momerie, composee par Parmen- tier, III. Monte-Christo, village de Tile de Saint-Domingue, 98, 174. Moor (J.-H.), 71 n. Moralite, composee par Jean Par- mentier. III. 194 Mores (Les), 14, 16, 32, 33, 34, 35,38, 71 n., 177, 178, i79 180. Moro Ermoso, port, 102. Morre (Moree) de Nicoise (La), rocher, 108, 109, 176. TABLE ALPHABETIQUE Mosanby (Mozambique), 42. Moussamoudou (ville d Anjouan) 44 n. Muller (S.), 71 n. N Napta, riviere de Tile de Haity, 158. Nativite (Plage de la), 157. Negres, a Saint-Domingue, 93, 94 9 6 > 99> l6 9> J 70, 173* 174; au Nombre de Dieu, no 112, 178, 179. Neiba, fleuve de 1 ile de Haity, 158. Newport, 7 n. Nicaraghoa , Nicaragua , 113, 114, 179. Nigua, riviere de 1 ile de Haity, 161. Nolloth (Le capitaine), 44 n. Nombre (Norn) de Dieu, ville, XXVI, 102, 105, 106, 108, 109, no, in, 176, 177, 178, 179, 180. Normands (Navigateurs) , au xvi siecle, XXV. Noun, Nun (Lecap), 9. Nova Gallego(Ioao de), 23 n. Novo (Nuevo), Reyno, 101, 102. O Ophir (Pays d ), 71 n. Orana (Golfe de), 107. Oranchaies (Les), 66, 69, 73, 81. Orang caya, 66 n. voy. le pre cedent. Orfacam, radja a Pasey, XVIII. Origny, 7, 7 n. Ormus (Terre d ), 54. Osorius (Jerosme), 3 i n. Ouessant, voy. Oysant. Ovando (Don Nicolas d ), 160. Oysant (Ouessant), 7. Ozama (Ozane), fleuve de 1 ile de Haity, 158, 160, [63, 164. DES NOMS DE PERSONNES ET DE LIEUX 195 Pacheco (Diogo), XVII, XVIII. Pacifique (Ocean), voy. Sud (mer du). Padang, 79 n. Palema (Port de), 99. Palesimonde, ancien nom de Sumatra, 71 n. Palinods (Les), II, II n. XXI n. Palme (He de), 161. Panama, 109, no, in, 178, 1 80. Pandoue (lie de), 50 n. Parian, voy. Portland. Parmentier (Jean), I-X, XIII, xx, xxi, xxn, xxm , XXIV-XXIX, i, 2, 3, 5,76, 77 n. Parmentier (Raoul), i, 2, 3, 66, 77- Parmentiere (lie), XXVI, 58,59, 59 n. .Pasey (Royaume de), XIII, XV, XVI, XVII, XVIII, XIX. Pavian (Rene), matelot de la Pen see, 43 , Pedir (Le royaume de), XV, XVI, XVII, XVIII,XIX,6on., 71 n. Pedrenas (Las), en Haity, 91, 169. Peiresc (M. de), 71 n. Pensec (La), navire de Jean Par mentier. I n., VI, XI, XIII, XXII, XXVI, 1,3,5,7, 32, 34,48, 79, 80. Perlak (Royaume de), XIII. Perez d Andrade (Fernando), XVII. Perou (Le), 157, 172, 175, 178. Perraud, traducteur de 1 ouvrage de W. Marsden, 71 n. Perse (La), 54. Peyton (Le capitaine Walter), 76 n. Pizarres (Les), au Perou, 172. Philippes de Kerhalet (C.), 23 n. Picot(Emile), VIII n. Pigne (Robert), II. Pine (He de), 108. Plastrier (Jean), pannetier du Sa- cre, i, 2, 3. Plate- Verte (He de), voy. Poulo Nyas. Pogge (Le), XIV. Poitiers (Parmentier a), IV. Polimban (Detroit de), XVIII. Pollet, matelot de la Pcnsce, 3 5 , 56. Pontane (Ville), 40 n. 196 TABLE ALPHABETIQUE Pontillon, matelot dc la Pcnsee, 44- Poole (Cap de), 7 n. Porlan, voy. le suivant. Portland, 6 n., 7 n. Porte de Nau, bale, 106. Port Neuf, en Haity, 166. Porto Bello, in. Porto de Plata, 98, 100, 174. Porto Real, dans Tile de Saint- Domingue, 98, 173, 174. Portsmouth, 6 n. Portugais (Les), IX, XV, XVI, XVII, XVIII, XIX, XX, 3, 14, 31 n., 156. Portugais (Le) , interpret du Sacre,XXII, 14, 43, 53, 67, 68, Si, 82. Poua Mollucque, 49 n.; voy. Atoll Pouwa Moloku. Poulo Kassi, 61 n. Poulo Nyas (He de), 56 n., 57 n. Poulo Pini (He de), 59 n. Poulo Rapie, 61 n. Poulo Tenga, 61 n. Pracel (Bane et riviere de), 40 n. Priame, Priaman (Pays de) , XX n., 3,76, 79. Priuli (Domenico), au Caire, XIX. Prontin Coule , matelot de la Pensee, 15. Puy de 1 Assomption de Notre- Dame, a Dieppe, II, XXI. Puy de la Conception de Notre- Dame, a Rouen, IV, XXI. Pyrard de Laval, 34 n., 49 n., 50 n., 52 n. Q Qisqueia, ancien nom de Haity, 156, R Radja Leila, XIX. Ramusio,XIV,XV,XXIV,56n., 62 n. Reimito (He du), 94 ; voy. Keiu- nito. Riviere Grande (La), 101. Roncinotto, XIX. Rouen, III, IV, XXI. Rouppier (Le) de la Pensee, 48. DES NOMS DE PERSONNES ET DE LIEUX 197 Saane (Vallee de la) , 49 ; (seigneur de),voy. Glamorgan. Sabandar, voy. Chabandaire. Sacre (Le), navire de Raoul Par- mentier, I n., VI, XI, XIII, XXII, XXVI, i, 2, 3, 5, 7, 13, 16, 19, 22, 25, 32, 33, 34? 35> 3<^ 3 8 > 4 2 < 5 5^, 57 58. 59, 67, 79. Saint-Bernard (lies de), 106. Saint-Dominigo (Isle de) (Saint- Domingue ou Haiti), XXVI, 87, 101, voy. Haity; ville 88, 89, 158, 159, 160, 162, 164, 168, 175 ; nomdonne a la riviere d Ozama, 164, 168. Sainte-Barbe (Eglise de), dans la ville de Saint-Dominigo, 89, 168. Sainte-Catherine (He), 88, 166; en Haity, 160. Sainte-Croix(Montagnede), 108, 109, 176. Sainte-Helene (He), XXVI, 3, 4- Sainte-Marthe (Province de) , 1 5 7 . Saint-Francois (Monastere de) , dans 1 ile de Saint-Domingue, 90, 168. Saint-Francois (Eglise de), 105. Saint-Jacques du Cap Vert (He), 12, 17; en Haity, 160. Saint-Jean (Ilede), 157. Saint-Laurent (He), voy. Mada gascar. Saint-Ma thias (lie), voy. Suma tra. Saint-Nicolas (Cap), 97, 173, -(port), 98, 100, 173, 175. Saint-Pierre (L ile), 40. Salluste, IV, VI, VII. Salmedine, bane de sable, 105, 176. Samana (He), 99. Sangue de Pacy, 78. Sannais, natif de la vallee de la Saane (Seine-Inferieure), 49. Sans-Raison (lamer), 41. Sant Jago dellaVega, 100. Sanuto (Livio), 13 n. Sapin (Guillaume), contre-maitre de la Pcnsee, 79. Saragoa (Golfe de) pres de 1 ile de Saint-Domingue, 96, 173. Sarobaru (lies de), 113. Sasi (M e Jean) , dit le Grand Peintre, 13. Saucher (F.-O.). XXVIII. 198 TABLE ALPHABETIQUR Saugar (Royaume de) , 71 n.; voy. Pedir. Sauvage (Abbe), III n. Savane (He de la), 88, 93, 166, 171,174. Savary (Jacques), IX. Savonne (Savanne), ile, 88; voy. Savane. Sego (arbre), 102. Selagan, riviere de Sumatra, 78. Senou (Riviere de), 107. Sept isles, 7 n. Serres de Broccan, montagnes, 113. Serres Nevades, montagnes, 101. Sicile (La), 157, 161. Siquiera, voy. Lopez de Siquiera. Smyths (Ile) ou Ile du Nord, 40 n. Soarez (Fernand), 31 n. Sofala, XX. Souchu de Rennefort (Urbain), 34 n. Soufrieres a File de Fuego, 17. Sous el Aqssa (Prov. de au Maroc), 9 n. Southampton, 6 n., Strozzi (Philippe), XXVIII, 180. Sumatra, In., IX, XI, XIII- XIX, XX, XXII, XXVII, i, 2, 3, 4, 54, 60 n., 70 n., 71 n., 78 n., 79 n. Sus (Sud), merde ou Pacifi- que, no, in, 178, 180. Tanah Ballah (He de), 57 n., 5911., Tanah Massa (lie de), 57 n., 59 n-, Tannah Ballah (Archipel de), XIII; voy. Tanah Ballah. Taprobane (Ile de), 55, 70, 71 n., 7411. Tarbe (M.), libraire a Sens, XXVIII. Taroge, maison du Seigneur a Carthagcna, 103. Tarthuga (Ile de), 107. Tasgualpa, Tasgoalpa, 114. Teboron (Cap), Tebouron, 88, 94, 100, voy. Tiburon. Terre-Ferme (Cote dc), IX. Terre-Neuve (lie de), IX. Testu (Le capitaine Guillaume Le), XXVII., 158, 179, 180, 181. Thevet, XI, XX, XXVII, 6 n., 7 n., 33 n., 41 n., 60 n., 64 n., 74 n., 75 n. DES NOMS DE PERSONNES ET DE LIEUX 199 Tholo, voy. Tolo. Thomassin, le boulanger de la Pensie, 58. Tibonicque, Tybonique (La), 97, 173- Tiboron (Cap), voy. Tiburon. Tibourons, poissons de la riviere de Saint-Dominigo, 89. Tiburon (Cap), Tiboron, Tybu- ron, 93, 157, 171, 175 ; voy. Teboron. Ticou, XX, XXI, XXII, XXIV, 2, 3, 60-64, 66-77. Timiamen, port, XVII. Timiang (Rochers de) , XVII. Tolo (Tholo), ville, 106, 107. Tosan, denomination pour Su matra, 71 n. Trahison (Cap de), 40. Truchillo, 114. Tue Biquier raza, 62. Turcs a Sumatra, 71 n. Tybonique, voy. Tibonique. Tyburon (Cap), voy. Tiburon. u Uraba (Province d ), en Haity, 169. Urabe (Golfed ), 157. Utile (L ), ile, 40. Vallestero (Michel), de Catalo- gne, 161. Varthema (Ludovico), XV, XVI. Vasse, matelot de la Pensee, 15, 32,35. 37- Veles (Cap de), 157. Velosa (Gonzale de), 161. Veraghe, Verague (Riviere de), in, ii2, 113. Verrier (Jehan le), ir n. Veth (M.), 56 n., 60 n., 79 n. Villars (Honorat de Savoye, marquis de), amiral de France, XXVI. Villegaignon, 180. Vitet (M.), I n. Vredenburg (Fort de), 79 n. 200 TABLE ALPHABETIQUE Wight (He de), 6, 6 n., 7 n. | Woody (He), 40 n. Y Yaguana, Jaguana (La), 94, 96. 171, 172, 173, i75> J 7 6 - Yule (Le colonel Henry), XIV n. Zamba (Bale de), 102 ; (Galere de), 103; (Pointe de),io3. Zapata (Golfe de), 106. Zeilnn (Terre de), 54. Zemel (Le sultan), XVIII. Zelande (La), 7. TABLE DES MATIERES INTRODUCTION I NAVIGATION DE JEAN PARMENTIER. Lcttre de Guillaume Lefevre i Discours de la navigation de Jean et Raoul Parmentier. . . 5 De la vie des habitants de Ticou, et de leurs moeurs et condi tions 73 NAVIGATION DE JEAN PARMENTIER. Second volume. . 85 Memoire de ce qui est contenu en 1 isle de Saint-Dominigo. . 87 La maniere comme Ton fait pour avoir du pain de ce pays. . 95 De ce qui s ensuit depuis la Riviere Grande jusques a Veragua. 101 La ville de Nombre de Dios no TRAICTE en forme d exhortatiqn, contenant les merveilles de Dieu et la dignite del liomme, compose par Jean Parmentier. 117 Les merveilles de la mer 122 La dignite de 1 homme 124 Les merveilles de 1 air 129 Les merveilles de la terre 131 PLAINCTE sur le trespas de deffunctz Jean et Raoul Parmentier, capitaines de la Tensee et du Sucre, en la navigation des Indes : faicte par eulx Fan Mil. D. XXIX, composee par Pierre Cri- gnon, bourgeois de Dieppe 139 EPITAPHIUM Joannis Parmenteirii qui in Samothracia periit, per Gerardum Morrhium Campensem 151 202 TABLE DBS MATIERES APPENDICE 153 Le grand Insulaire et Pilotage d Andre Thcvet, Angoumoisin. . 155 Isle de Haity ou Espaignole 155 Isle Beata 169 Isles du Chef de la Captive 176 TABLE ALPHABETIQUE 183 TABLE DES MATIERES . 201 A.NGEttS, t.MPlUMKlllE U U II b I N ET C lc , BUE GARMER, i. RECUEIL DE VOYAGES ET DE DOCUMENTS )>OUR SERVIR a rhistoirc de la Geographic depuis h XIII jusqua la fin du XFI e siecle. Public sous la direction de MM. Ch. SCHEFF.R, de 1 Institut, et H. CORDIER. Tire a 250 exemplaires dont 25 stir papier de Hollande. VOLUMES PUBLIES I JEAN ET SEBASTIEN CABOT Leur origineet leurs voyages. Etude d histoire critique, suivie d une cartographic, d une bibliographic et d une chronologic des Voyages au Nord-Ouest de 1497 a 1550, d apres des documents inedits. Par Henry HARRISSE. 1882, un be: u volume gr. in-8, avec un portulan reproduit en fac-simiU par PILINSKI. 25 fr. Le merne, sur papier verge de Hollande 40 fr. II LE VOYAGE DE LA SAINCTE CYTE DE HIERUSALEM Fait 1 an mil quatre cens quatre vingtz estant le siege du Grand-Turc a Rhodes ct re"gnant en France Loys unziesme de ce nom. Publie par Ch. SCHEFER. 1882, beau volume gr. in-8 16 fr. Le meme sur papier verge de Hollande 25 fr. Ill LES CORTE-REAL ET LEURS VOYAGES AU NOUVEAU-MONDE D apres des documents nouveaux ou peu connus, tires des archives de Portugal et d ltalie, suivi du texte inedit d un recit de la troisieme expedition de Gaspard Corte-Real, et d une carte portugaise de 1 annee 1502 reproduite ici pour la premiere fois. Par Henry HARRISSE. 1883, un beau volume gr. in-8, avec une photogravure et une grande carte chromolithographiee, en un etui. . 40 fr. Le meme, sur papier verg de Hollande 50 fr. IV LES NAVIGATIONS DE JEAN PARMENTIER Le Discours de la Navigation de Jean ct Raoul Parmentier dc Dieppe. Publie par M. Ch. SCHEFER. 1883, un beau volume gr. in-8, avec une carte fac simile 1 6 fr. Le meme, sur papier verge de Hollande 25 fr. Voyage a Sumatra, en 1529. Description de 1 isle de Sainct Dominigo. V. VI CHRISTOPHE COLOMB, son origine, sa vie, ses voyages, safamille. D apres des documents inedits tires des archives de Genes, de Savone, de Seville et de Madrid, par Henry HARRISSE. 2 forts volumes gr. in-8, avec cinq tableaux ge"ne"alogiques et un Corpus. (Sous presse.J ANGKRS, TYP. A. BL RDIN ET C" RETURN CIRCULATION DEPARTMENT 198 Main Stacks LOAN PERIOD 1 HOME USE 2 3 4 5 6 ALL BOOKS MAY BE RECALLED AFTER 7 DAYS. Renewls and Recharges may be made 4 days prior to the due date. Books may be Renewed by calling 642-3405. DUE AS STAMPED BELOW OCT 1 2 it. JU Mil 2005 JU 11 i | tUUJ OCT 2 4 2006 FORM NO. 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